Pandémie du Covid 19 : La peur monte à la prison centrale de Yaoundé
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La surpopulation carcérale rend impossible le respect des mesures de distanciation physique à la prison centrale de Kondengui à Yaoundé. Deux prisonniers témoignent de leur frayeur quotidienne d’être atteints par la maladie. 

Ce samedi 3 avril 2021, Pascal T, enseignant au lycée bilingue de Deido dans la ville de Douala est venu à Yaoundé rencontrer son père, âgé de 71 ans, en détention provisoire au quartier 8 à la prison centrale de Kondengui depuis quatre ans. Contrairement à son premier passage dans cette maison d’arrêt en 2019, le visiteur n’a pas pu serrer la main de son géniteur. Il n’a même pas pu entrer dans la cour principale. Ceci entre dans le cadre des restrictions prises par les autorités pénitentiaires pour réduire la propagation de la pandémie de Covid 19 : « L’accès à la cour intérieure de la prison m’a été interdite. C’est au niveau de la Cour d’honneur que j’ai pu rencontrer mon père, tout ceci après que je sois passé devant le dispositif de lavage des mains déployé au sein de la prison », explique Pascal T. 

La détresse des prisonniers Le paquet que l’enseignant a remis à son parent était constitué des antipaludéens comme le paracétamol, les Efferalgan et plusieurs autres produits contre la toux : « Mon père se plaint régulièrement de présenter les symptômes semblables à ceux du Covid 19, comme les maux de têtes, la fièvre et parfois il tousse abondamment. Il a déjà fait son test de Covid 19, le résultat était négatif dans un centre de santé de la ville. Mais ses symptômes reviennent constamment. Cela est justifié également par les mauvaises conditions de détention auxquelles il est confronté. Il dort dans une petite cellule avec plus de dix autres détenus au mépris de toutes les règles de distanciation physique. En plus dans leur quartier de nouveaux prisonniers arrivent chaque jour, car il suffit qu’un nouveau prisonnier entre avec le virus pour contaminer tous les autres détenus. 

On ne sait pas si ce sont des patients puisqu’ils n’ont pas été testés», ajoute Pascal. Amadou Vamoulké est journaliste et ancien directeur général de la chaîne nationale camerounaise Crtv. Il est détenu à la prison centrale de Kondengui depuis juillet 2016 pour coaction de détournement présumé des deniers publics entre 2006 à 2016, période pendant laquelle il a dirigé cette entreprise audiovisuelle. Le 31 mars 2021, il a écrit une lettre ouverte à Laurent Esso, ministre de l’Etat ministre de la Justice Garde des sceaux. Dans cette lettre ouverte, ce journaliste placé en détention provisoire depuis s’inquiète de la propagation de la pandémie dans son local: « Un troisième locataire de la cellule que je partage avec huit autres détenus vient d’être testé positif à la Covid 19 et amené à l’hôpital. Le deuxième est revenu dans notre cellule en étant porteur de sévères séquelles, avec des douleurs étouffantes à la poitrine. Ce dernier nous a rapporté que le premier, qu’il a laissé à l’hôpital, lui a appris que ses poumons sont endommagés à 40%. Je sais que ce mal mortel m’attend au tournant et pourrait m’emporter ; que le pire pourrait advenir et que vous pourriez être amené à redire les mots que vous auriez prononcés en apprenant la mort de Frédéric Ekande, un détenu que vous connaissez pourtant bien, mort survenue la veille de la fin de ses 12 ans de prison », peut-on lire dans cette lettre ouverte.   

Kondengui surpeuplée

Un responsable de la prison centrale de Kondengui explique ce 3 avril 2021 que plusieurs mesures ont été prises par la sous-direction de la santé pénitentiaire au ministère de la Justice pour éviter la propagation de la pandémie dans la prison centrale de Yaoundé. Parmi ces mesures, notre source cite entre autres : la désinfection des locaux des détenus, la réduction des fréquences des visites ,l’exigence du port de masque pour chaque visiteur et la pose des kits de lavage des mains dans tous les quartiers de la prison. Mais cela peut-il être suffisant alors que la prison centrale de Kondengui a vu sa population carcérale augmentée depuis la crise socio-politique anglophone qui sévit depuis 2016 dans deux régions du Cameroun. 80% des détenus attendent leur jugement. Les femmes, les personnes âgées représentent plus de 30% de cette population selon un communiqué publié en 2020 par la Commission des droits de l’homme du Barreau du Cameroun. 

Le même rapport relève que cette prison construite pour abriter 850 détenus en compte aujourd’hui presque 5000. Depuis mars 2020 que le Cameroun a enregistré les premiers cas de patients atteints de Covid 19, la situation de la pandémie dans les prisons préoccupent les organisations de défense des droits de l’homme et les avocats. 

Désengorger les prisons

Pour attirer l’attention des autorités gouvernementales sur la menace autour de cette maison d’arrêt, la Commission des droits de l’homme et des libertés du barreau du Cameroun a formulé le 26 mars 2020 les propositions pour désengorger en urgence certaines prisons. Dans cette sortie, la Commission des droits de l’homme du barreau relève sur la base du rapport du ministère sur les droits de l’homme qu’au 31 décembre 2018, les prisons camerounaises comptaient 31.815 détenus pour 17.915 places disponibles. Sur les 31.815 détenus ; 18.436 étaient en détention préventive : « Les mauvaises conditions d’hygiène et les services de santé pratiquement inexistants dans ces centres de détention nous amènent immédiatement vers une crise sanitaire et sécuritaire inévitable », relevait Me Christian Bissou, président de la Commission des droits de l’homme du Barreau du Cameroun. 

Le 25 mars 2021, le Premier ministre chef du gouvernement a présidé la réunion hebdomadaire du Comité interministériel chargé d’évaluer et de suivre la mise en oeuvre de la stratégie de riposte du gouvernement contre le Covid 19. La situation de la pandémie dans les prisons figurait comme le sujet principal de cette rencontre. Selon Laurent Esso, le ministre d’Etat ministre de la Justice et Garde des Sceaux, la situation est sous contrôle dans les prisons : « La situation reste particulièrement suivie. Au niveau des prisons, les gens sont plus conscients sur la possibilité de contamination que beaucoup de citoyens en ville », a déclaré le ministre devant les journalistes. Le 25 mars 2020, Michèle Bachelet, la Haute commissaire des Nations-Unies aux droits de l’Homme avait exhorté les pays à réduire le nombre de personnes en détention pour éviter une menace due à la propagation de la pandémie dans les prisons. Une étude gouvernementale menée dans 21 prisons sur les 70 que compte le pays, et dont les résultats ont été rendus publics lors de la réunion du Comité interministériel du 25 mars 2021, faisait état d’environ 700 détenus déjà contaminés. Le 18 avril 2020 au Cameroun, Paul Biya, le président de la République, a signé un décret portant commutation de peine à certains détenus. Mais les avocats estiment que cette mesure présidentielle n’a eu aucun impact positif pour désengorger les prisons. 

Défendre les droits des prévenus

Le pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels donne certaines obligations à l’Etat envers les détenus. L’article 12 de ce pacte précise : 1- Les Etats parties au présent Pacte reconnaissent le droit qu’a toute personne de jouir du meilleur état de santé physique et mentale qu’elle soit capable d’atteindre. L’Ensemble des règles minima pour le traitement des détenus, adopté par le Premier Congrès des Nations-Unies pour la prévention des crimes et le traitement des délinquants. Il est mentionné en ses points 84.2 et 86 que : « Le prévenu jouit d’une présomption d’innocence et doit être traité en conséquence. Les prévenus doivent être logés dans les chambres individuelles, sous réserve d’usage locaux différents eu égard au climat ». 

« Pour les malades qui ont besoin des soins spéciaux ; il faut prévoir le transfert vers des établissements pénitentiaires spécialisés ou vers des hôpitaux civils. Lorsque le traitement hospitalier est organisé dans l’établissement, celui-ci doit être pourvu d’un matériel, d’un outillage et des produits pharmaceutiques permettant de donner les soins et le traitement convenables aux détenus malades, et le personnel doit avoir une formation professionnelle suffisante », peut-on lire de nouveau dans l’Ensemble des règles minima pour le traitement des détenus. Me Hyppolite Meli, avocat au barreau du Cameroun s’inquiète chaque jour des conditions dans lesquelles les clients qu’il défend vivent dans cette prison : « Lorsque les détenus sont entassés dans un camion pour aller en audience au tribunal comment ils peuvent éviter d’être contaminés par la pandémie. Chaque semaine il y a au moins un décès par semaine dans la prison de Kondengui et étant donné que les autorités de la prison ne communiquent jamais sur les circonstances de ces décès il devient difficile pour nous de savoir les circonstances exactes de ces décès », explique le juriste.

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