Présidentielle au Congo: pourquoi la révision du fichier électoral fait polémique ?
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Présidentielle au Congo: pourquoi la révision du fichier électoral fait polémique ?

Le Congo se prépare à son élection présidentielle de mars sur fond de polémique au sujet des fichiers électoraux.

Après les débats suscités par la nomination des membres de la Commission nationale électorale indépendante (CNEI), c'est le lancement de la révision spéciale des listes électorales ce mois qui crée la controverse au sein de la classe politique.

Cette opération doit s'achever le 16 février en prélude au scrutin électoral de mars.

"La révision permet de faire une mise à jour de nos listes électorales générales et spéciales, c'est-à-dire de porter sur les listes tous les jeunes gens qui ont eu 18 ans accomplis depuis la dernière élection au suffrage universel direct qui a eu lieu en 2017, ceux qui auront 18 ans à la date du scrutin et toutes les personnes qui depuis toujours avaient négligé de se faire inscrire", déclare Henri Bouka, le président CNEI.

"Nous allons également remettre de l'ordre sur la liste, c'est-à-dire les personnes qui ont changé de circonscription administrative ou de domicile, tout cela sera pris en compte pour mettre bon ordre afin de permettre le déroulement du scrutin dans les conditions qui conviennent", assure le magistrat.

Sa nomination à la tête de la CNEI en décembre avait suscité un vent de polémique car Henri Bouka préside également la Cour Suprême du pays.

"La commission électorale, si nous étions sérieux, tu es président de la Cour suprême et tu deviens encore président de la Commission nationale de l'élection, cela suscite des doutes, la personne est juge et partie", affirme Anguios Nganguia Engambé, président du parti pour l'action de la République Mâ (P.A.R), une mouvance de l'opposition.

Révision ou remise à plat ?

Le processus de révision des listes électorales soulève également des interrogations du côté de l'opposition.

"C'est le ministère de l'Intérieur qui doit faire son travail, chaque mois, on doit savoir les jeunes qui doivent voter par les mairies, les districts, les arrondissements, ça ce n'est pas le travail de l'opposition. C'est un travail administratif", souligne Anguios Nganguia Engambé.

"Nous avons des soupçons au sujet des fichiers car à chaque fois que les listes électorales sont affichées, il y a beaucoup de noms qui sortent mais peu de gens qui partent voter et parfois les noms de gens qui sortent sont ceux de personnes décédées. Nous posons la question, ne fallait-il pas avoir une autre matrice au lieu de continuer avec le fichier actuel sur lequel nous avons constaté des irrégularités", explique l'opposant Guy-Brice Parfait Kolélas, chef de l'Union des démocrates humanistes (UDH-Yuki).

Selon lui, "le fichier actuel est mauvais". Lors du processus de concertation politique à Madingou qui s'est tenue fin novembre, l'opposition avait recommandé de procéder à un recensement administratif spécial afin de refaire totalement les fichiers plutôt que de procéder à une révision des listes électorales.

Mais selon la majorité présidentielle, ce scénario ne permettait pas l'organisation de l'élection présidentielle dans les temps.

"Les acteurs politiques, lors de la concertation de Madingou se sont accordés sur le fait qu'on ne pouvait procéder à un recensement général et être dans les temps [pour le scrutin de mars]. Pour respecter la constitutionnalité, on ne peut pas repousser les élections", objecte Ferréol Gassackys, député du Parti Congolais du Travail (PCT), le parti de la majorité présidentielle.

"Dès la semaine prochaine, au plus tard lundi, on va afficher le fichier que l'opposition prétend vicié ou corrompu et toutes les composantes politiques et la société civile auront la latitude d'aller vérifier ces listes", ajoute-t-il.

Pour Guy-Brice Parfait Kolélas, "c'était une promesse du gouvernement lors d'une concertation en 2017 à Ouesso que pour la prochaine élection présidentielle 2021, on devait faire un recensement. Mais nous avons constaté un refus du gouvernement, ils disent qu'ils n'ont pas le temps, alors que de 2016 à 2021 ils ont eu le temps de faire ce recensement administratif spécial".

Un reproche que rejette la majorité présidentielle.

Selon Ferréol Gassackys, l'organisation d'un recensement général de la population ne relève pas du Congo mais du ressort des Nations Unies.

"On ne pas aujourd'hui imputer ce tort à la République Congo", affirme le député.

"Nous demandions également qu'il y ait un audit du fichier électoral, effectué par l'Organisation Internationale de la francophonie, mais là aussi nous n'avons pas obtenu gain de cause", précise également Guy-Brice Parfait Kolélas.

Une autre disposition fait grincer des dents du côté de l'opposition.

Lors du prochain scrutin, les membres des forces de défense et de sécurité vont voter par anticipation quarante-huit heures avant les civils afin qu'ils puissent se consacrer à la sécurisation du vote le jour du scrutin.

Mais selon l'opposition, cela risque de favoriser les doubles votes.

"Comment va-t-on faire pour identifier ceux qui sont militaires, gendarmes, policiers, supplétifs et ceux qui ne le sont pas ? Certains supplétifs de l'armée n'ont même pas de numéro matricule et sont payés à la main, certains n'ont pas de carte militaire ni de carte professionnelle de policier ou de gendarme", observe Guy-Brice Parfait Kolélas.

Une crainte non fondée, selon le PCT.

"Le vote anticipé des forces de l'ordre se fait dans d'autres Etats, comme les Etat-Unis. Nous ne sommes pas les premiers. Au niveau de l'armée aussi, il y a une révision extraordinaire du fichier. L'armée, la police, comme les civils, tout le monde aura la faculté de voir ces listes et de vérifier. C'est transparent et il y a des voies de recours pour tout le monde", déclare Ferréol Gassackys.

Prêts à participer au scrutin

D'après ce représentant, les critiques de l'opposition reflètent le fait que cette partie de la classe politique n'est en réalité pas prête à aller aux urnes.

"En réalité, je pense que l'opposition n'a pas bien affûté ses armes et se sent un peu dépassée. Ils ont même proposé que l'on reporte les élections de deux ans ou même de plus, le temps d'effectuer ce recensement général et nous avons trouvé que c'était une aberration", soutient le député du PCT.

Malgré ces objections, les candidats de l'opposition n'envisagent pas de retirer leurs candidatures si le processus de révision des listes électorales ne leur apporte pas de satisfaction. Ils se disent prêts à aller malgré tout au vote.

"Nous maintenons notre candidature pour la simple et bonne raison que nous avons des soupapes de sécurité sur lesquelles nous nous accrochons. Dans les bureaux de vote, les candidats ont des délégués qui supervisent le vote et au sortir du bureau de vote, le délégué du candidat doit avoir en main le procès verbal du résultat par bureau de vote. La deuxième soupape de sécurité est que le 2ème vice-président de la Commission locale des élections, là où on centralise tous les procès-verbaux venus des bureaux de vote doit être normalement un membre de l'opposition", note le président de l'UDH-Yuki.

"Nous allons aux élections et celui qui gagne, il gagne", assure de son côté Anguios Nganguia Engambé.

Les candidats au scrutin sont en train de se déclarer. La prochaine élection présidentielle au Congo doit avoir lieu avant mars 2021, selon la Constitution.

Le président Denis Sassou Nguesso, âgé de 77 ans dont 36 au pouvoir, a été investi candidat ce vendredi par le PCT même s'il ne s'est pas exprimé sur son désir de se présenter.

L'opposition pourrait-elle aller vers une candidature unique pour faire face au candidat Denis Sassou Nguesso ? A ce stade, rien n'est moins sûr.

"Vous savez nous sommes des hommes, il y a des égos. Ce ne serait pas une mauvaise chose mais encore faudrait-il qu'on s'accorde", réagit Guy-Brice Parfait Kolélas.

"Moi, je ne m'accroche pas à être président de la République mais j'ai un projet de société qui peut sortir le Congo des difficultés dans lesquelles il est plongé : la décentralisation intégrale. Si un candidat me convainc qu'il peut porter ce projet et qu'il peut gagner, on signe un protocole d'accord, on s'allie et on y va. Mais si je ne trouve personne, j'irai jusqu'au bout", ajoute-t-il.

"Au Congo on n'aura pas de candidat unique, chacun doit aller se battre dans les urnes et on verra", affirme le président du PAR.

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