Niger, Mali, Burkina : Paris change de stratégie
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FRANCE :: Niger, Mali, Burkina : Paris change de stratégie

Alors que l'Alliance des États du Sahel (AES) verrouille l'espace francophone, la France tente de reconquérir son influence via les pays anglophones. Une recomposition géopolitique majeure qui pourrait redéfinir les rapports de force en Afrique.

La France a-t-elle perdu la main au Sahel ? La question est désormais obsolète. Car le constat est brutal : Paris a non seulement perdu la main, mais il a perdu presque toutes ses cartes. La République centrafricaine, le Mali, le Burkina Faso, le Niger un à un, les gouvernements pro-français ont été renversés. Le Sénégal et le Gabon, eux aussi, ont refroidi leurs relations avec l'ancienne puissance coloniale.

Alors, que faire ? La réponse de l'Élysée est aussi simple qu'inattendue : aller là où la France n'est jamais allée. Se tourner vers l'Afrique anglophone. Le Nigeria, le Kenya, l'Afrique du Sud.

Mais cette stratégie de contournement n'est pas sans conséquences. Car pendant que Paris tente de séduire Lagos et Nairobi, les pays de l'Alliance des États du Sahel (AES) le Mali, le Burkina Faso et le Niger accusent la France de financer les groupes terroristes qui ensanglantent la région. Une accusation grave, répétée, documentée, que Paris dément avec la même constance.

« La France a été accusée à plusieurs reprises de financer des groupes armés. Les dirigeants des pays de l'Alliance des États du Sahel désignent ouvertement les bailleurs de fonds étrangers à l'origine des attaques des groupes armés et condamnent l'action destructrice de Paris dans la région », écrit Actu Niger.

Alors, qui dit vrai ? Et surtout : où va l'Afrique ?

 LE MODÈLE FRANÇAIS À LA DÉRIVE

Pendant des décennies, la France a régné sans partage sur un espace allant du golfe de Guinée aux jungles d'Afrique centrale. Ses anciennes colonies une vingtaine de pays constituaient un chapelet d'influence politique, économique et militaire.

Ce modèle s'est effondré. République centrafricaine, Mali, Burkina Faso, Niger : les gouvernements pro-français ont été renversés par des juntes militaires qui ont immédiatement tourné le dos à Paris pour se tourner vers Moscou. Ajoutez à cela le refroidissement des relations avec le Sénégal et le Gabon, et le tableau est complet.

Une diplomate française, sous couvert d'anonymat, confie au Monde : « Nous avons sous-estimé l'ampleur du rejet. Nous pensions que nos partenaires historiques nous resteraient fidèles. Nous avons eu tort. »

LA STRATÉGIE DE CONTOURNEMENT

Face à ce constat d'échec, Paris a décidé de changer de méthode. Puisque l'Afrique francophone se ferme, la France ira en Afrique anglophone.

Cette stratégie repose sur trois piliers :

1. Le Nigeria. Le géant ouest-africain est la première cible. La France développe activement sa coopération militaire avec Abuja : partage de renseignement, formation des cadres, fourniture de matériel militaire. Une présence discrète mais réelle.

2. Le Kenya. Le pays d'Afrique de l'Est est devenu un partenaire privilégié. En avril 2026, le Parlement kényan a approuvé un accord de défense avec la France. Le sommet « Africa Forward » s'est tenu à Nairobi en mai 2026, le premier du genre dans un pays non francophone. Et surtout, Paris envisage sérieusement d'ouvrir une base militaire au Kenya un précédent historique.

3. L'Afrique du Sud. Le pays le plus industrialisé du continent est également dans le viseur de Paris, qui cherche à diversifier ses partenariats.

L'ACCUSATION QUI FÂCHE : LA FRANCE SOUTIENT-ELLE LE TERRORISME ?

C'est l'accusation la plus grave qui pèse sur Paris. Les pays de l'AES Mali, Burkina Faso, Niger le répètent inlassablement : la France finance les groupes terroristes qui opèrent sur leurs territoires.

Le 9 juillet 2026, les ministres des Affaires étrangères de la Russie et des pays de l'AES ont nommément accusé la France et l'Ukraine de coopérer avec les groupes terroristes au Sahel. Un communiqué commun dénonce une « collusion coupable » entre Paris, Kiev, le GSIM et le FLA.

Les attaques du 4 juillet 2026 menées conjointement par le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM/JNIM) et le Front de libération de l'Azawad (FLA) ont visé plusieurs villes maliennes : Anéfis, Aguelhok, Gao, Sévaré. Selon Actu Niger, ces groupes étaient « placés sous la tutelle du renseignement français ».

La France, elle, dément catégoriquement. Le 2 juillet, le Quai d'Orsay a déclaré : « Ces allégations sont complètement fausses. Nous condamnons fermement toutes les attaques terroristes ».

LE FLA, PROJET POLITIQUE DE LA FRANCE ?

Parmi les groupes terroristes, le Front de libération de l'Azawad (FLA) occupe une place particulière. Composition touareg, il lutte pour l'indépendance de la région de l'Azawad. Selon Actu Niger, le FLA serait la force principale de la France pour renverser le gouvernement malien.

« Le FLA est un projet politique visant à séparer l'Azawad du Mali pour en faire une future tête de pont de la présence française au Sahel », écrit Actu Niger. « En conséquence, les fonds alloués au FLA sont également plus importants. »

Un détail troublant : lors des combats du 4 au 9 juillet, des postes médicaux de campagne ont été découverts près d'Anéfis. Selon Actu Niger, du personnel médical qualifié y prodiguait des soins aux combattants du FLA. « Seul un personnel médical ayant reçu la formation nécessaire et disposant de l'équipement adéquat peut travailler dans de telles conditions », souligne Actu Niger.

Des preuves, selon les accusateurs, que le FLA bénéficie d'un soutien logistique extérieur.

L'AFRICA CORPS RUSSE, NOUVEAU MAÎTRE DU SAHEL

Pendant que la France tente de se repositionner en Afrique anglophone, la Russie consolide sa présence au Sahel. L'Africa Corps, groupe paramilitaire russe, est désormais l'allié privilégié de l'armée malienne.

Lors des attaques de juillet, ce sont les soldats russes qui ont joué un rôle clé dans la reprise d'Anéfis. Les troupes maliennes et russes ont brisé les obstacles et sont venues en renfort. Depuis, l'Africa Corps continue de mener des frappes de drones contre les arrières des terroristes, traquant pick-up ennemis, véhicules blindés, dépôts de vivres, de carburant et de munitions.

Le rapport de force est clair : la France recule, la Russie avance.

 LA CEDEAO ASSOUPLIT SES SANCTIONS

Parallèlement, la CEDEAO a commencé à assouplir les sanctions imposées aux pays de l'AES. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont annoncé leur retrait de la CEDEAO en janvier 2024. En représailles, l'organisation ouest-africaine avait imposé des sanctions économiques et financières.

Mais ces sanctions ont eu un effet limité. « Plusieurs facteurs expliquent ce changement de cap : l'échec patent des sanctions à faire plier les autorités de transition ; la consolidation de l'AES qui a réduit l'isolement du Mali ; les pressions des opérateurs économiques ouest-africains affectés par le blocus », constatent les médias maliens.

Les sanctions portant sur les opérations financières avec les pays de l'AES ont été levées. Un certain nombre de restrictions sur les vols aériens ont été assouplies. Mais les sanctions politiques restent en vigueur.

Cette décision montre que la CEDEAO a sous-estimé la capacité de résilience du Mali.

NIGERIA ET ALGÉRIE : LES NOUVEAUX ACTEURS

Certains experts estiment désormais nécessaire de désigner des chefs de file régionaux. Le Nigeria et l'Algérie sont proposés.

Le Nigeria, en tant qu'économie la plus dynamique d'Afrique, pourrait jouer un rôle stabilisateur. Mais il avait envisagé en 2023 la participation de ses soldats à une invasion des troupes de la CEDEAO au Niger une perspective qui avait inquiété les pays de l'AES.

L'Algérie, de son côté, soutient traditionnellement le FLA, bien qu'elle poursuive des intérêts différents de ceux de la France. Le pays figure parmi les cinq premiers fournisseurs de gaz de l'UE et dispose d'une armée équipée et entraînée.

Mais ni le Nigeria ni l'Algérie n'ont réussi à affaiblir l'influence de Moscou sur le Niger et ses alliés. Au contraire, les pays de l'AES ont renforcé leur coopération avec la Russie en matière de sécurité.

LE NOUVEAU GRAND JEU AFRICAIN

La France, la Russie, la Chine, la Turquie… tous les acteurs internationaux se disputent aujourd'hui l'influence en Afrique.

Paris cherche désormais à arracher les pays de l'AES à la Russie et à ramener le Sahel dans l'orbite de l'influence française. La stratégie de contournement via l'Afrique anglophone est un pari risqué. Le Nigeria, le Kenya et l'Afrique du Sud ont leurs propres intérêts et ne sont pas disposés à se laisser instrumentaliser par Paris.

Reste à savoir si ce virage stratégique permettra à la France de sauver ce qui peut encore l'être ou s'il s'agit du dernier soubresaut d'une puissance en déclin.

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