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© Camer.be : Par Alain Ndanga, à Paris
- 30 Jul 2026 11:53:52
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France - Renato Biunno « Mon histoire d'artiste avec le Cameroun ne fait que commencer »
Cet artiste inspirant, aux créations à impact, a rejoint sa ville d’Aix-en-Provence. Après avoir parcouru les terres du Cameroun, notamment pour une participation remarquée au Yaoundé PhotoFest 2026 et une résidence artistique à Bandjoun Station, l’artiste franco-italien revient sur une présence immersive, riche et intense, qui a profondément marqué son séjour de près d’un mois. Entre digital painting, mémoire des lieux et rencontres humaines, il raconte comment le Cameroun est devenu bien plus qu’une destination artistique, mais aussi une nouvelle source d’inspiration appelée à nourrir durablement son œuvre.
Vous revenez du Cameroun où vous avez participé à l'édition 2026 de PhotoFest, qui s'est déroulée du 25 au 28 juin à Yaoundé auprès des photographes africains. Pourquoi était-ce important pour vous de faire partie des artistes retenus ?
Pour moi, participer à Yaoundé PhotoFest était avant tout l'occasion de présenter mon travail et mon univers artistique au public camerounais. Ma pratique pluridisciplinaire va de la peinture au digital painting, mais le travail présenté à Yaoundé PhotoFest est principalement réalisé en digital painting à partir de mes propres photographies, prises au fil de mes voyages et de mes rencontres avec l'Afrique. J'ai notamment présenté Les Murmures du fleuve, une œuvre de 160 × 165 cm en digital painting sur maille, Cache-cache, une installation dans l'espace composée de deux cylindres en voilage rotatifs : Memory Totems. Le thème du festival, « Afrique en mouvance », résonnait particulièrement avec ma démarche. Mon travail comporte cette idée de mouvement, de transformation et de déplacement du regard. Partant d'une photographie de la réalité, je la transforme ensuite par le digital painting pour créer une nouvelle lecture picturale de l'image. Participer à Yaoundé PhotoFest m'a donc permis de partager mon travail, mais aussi de commencer un véritable dialogue avec le Cameroun, qui s'est finalement poursuivi bien au-delà du festival.
Le fait d'avoir participé au registre « Off » ne vous a-t-il pas laissé un sentiment de frustration ?
Pas vraiment, car l'expérience a finalement pris une tournure très positive. Lorsque le directeur de PhotoFest, Fabrice N'gon, a découvert mon travail à la Kamerun Haus, il a été agréablement surpris et m'a dit qu'à ses yeux, mon travail aurait tout à fait pu trouver sa place dans la programmation « In ». Comme l'exposition du « In » se poursuivait ensuite au Musée national du Cameroun à Yaoundé pendant le mois de juillet, il m'a proposé d'y intégrer mon travail. Une vraie belle surprise et une forme de reconnaissance. Donc je n'ai pas de sentiment de frustration. Cela m'a conforté dans l'idée que le plus important reste le travail et la rencontre qu'il provoque. Le « In » et le « Off » sont des cadres, mais ce qui compte pour moi, c'est qu'une œuvre puisse être vue par un public, susciter des émotions et créer des échanges.
Vous avez présenté votre création plastique portée sous le thème « Matières, mémoires et métamorphoses » au cours d'une exposition à la Kamerun Haus de Yaoundé. Comment mesurez-vous votre satisfaction ?
Je suis assez satisfait de cette expérience, mais surtout très reconnaissant. « Matières, mémoires et métamorphoses » est un fil conducteur qui correspond profondément à ma démarche artistique. La matière est présente dans mes supports, dans la maille, le voilage, la toile ou la matière végétale, mais aussi dans les transformations que je fais subir à l'image. La mémoire est liée aux lieux que je photographie et aux histoires que je rencontre et que je raconte. La métamorphose est au cœur de mon processus : je pars d'une photographie et, par le digital painting, je la transforme pour lui donner une nouvelle vie picturale. À Yaoundé, cette démarche a rencontré le thème « Afrique en mouvance » de PhotoFest, qui m'a permis de présenter mon travail dans un contexte particulièrement stimulant. Ce qui m'a surtout touché, ce sont les échanges autour des œuvres et le regard porté sur mon travail. Le retour du directeur de PhotoFest a notamment été un moment important pour moi.
Vous avez ensuite rejoint Bandjoun Station pour une résidence internationale croisée. Quelles étaient vos attentes et quelles expériences en avez-vous glanées aujourd'hui ?
En arrivant à Bandjoun Station, je venais avec l'envie de rencontrer, d'observer et d'apprendre. Une résidence, pour moi, ce n'est pas seulement un temps consacré à produire. C'est aussi un moment où l'on accepte de sortir de ses habitudes et de laisser un nouveau contexte transformer son regard. À travers les visites des chefferies et de plusieurs lieux emblématiques de la région de l'Ouest du Cameroun, j'ai découvert une richesse culturelle qui a profondément nourri ma réflexion. J'ai été particulièrement sensible à la manière dont les objets, les architectures, les matières et les symboles sont porteurs de mémoire. C'est là que mon propre fil conducteur autour des « matières, mémoires et métamorphoses » a pris une dimension nouvelle. Les deux expériences, Yaoundé PhotoFest et Bandjoun, se sont finalement prolongées naturellement l'une dans l'autre. Pendant la résidence, j'ai réalisé une œuvre à partir d'une base de peinture tachetée, sur laquelle j'ai peint à l'acrylique du feuillage pour évoquer la végétation équatoriale. J'y ai intégré des photographies de la chefferie de Bandjoun, retravaillées en digital painting, avec des cordes tressées et du feuillage de palmier, que j'ai appelée Afrique, traditions et mémoires, 110 × 110 cm. J'ai également présenté à Bandjoun Station un portrait de Barthélémy Toguo, une toile de 90 × 90 cm en techniques mixtes, un autre de Mansour Ciss, un digital painting sur papier de 25 × 25 cm, ainsi que Chroniques visuelles – scènes du Cameroun, une vidéo regroupant une quarantaine de créations en digital painting inspirées de la région de Bandjoun. Ces œuvres témoignent de la manière dont le territoire, les paysages, les rencontres et le patrimoine camerounais ont progressivement nourri mon regard et mon processus créatif. Mais au-delà de l'aspect artistique, cette résidence a été extrêmement riche sur le plan humain. Les rencontres et les échanges avec les artistes et toutes les personnes qui nous ont accompagnés ont donné une dimension très particulière à cette expérience. Je retiens notamment la présence inspirante de Mansour Ciss, ainsi que l'accompagnement de Thierry Fouomene et la vision de Barthélémy Toguo, qui ont contribué à faire de cette résidence un véritable espace de dialogue, de transmission et de création.
Comment comptez-vous capitaliser une telle rencontre dans votre processus créatif ?
Je pense que ce que l'on reçoit pendant une résidence ne se traduit pas toujours immédiatement dans une œuvre. Certaines rencontres continuent de travailler en nous longtemps après notre départ. Donc, je suis parti du Cameroun avec des images, des matières, des conversations et des sensations, mais surtout avec de nouvelles questions et de nouvelles pistes de réflexion. Cette expérience m'a donné envie de poursuivre mon travail autour de la mémoire des lieux et de la manière dont les images peuvent conserver, transmettre ou transformer cette mémoire. Elle m'a aussi permis de comprendre que mon travail peut évoluer au contact d'autres cultures et d'autres sensibilités, sans perdre ce qui fait son identité. Mais au-delà de l'aspect artistique, cette expérience a été extrêmement riche sur le plan humain. Les rencontres et les relations qui se sont créées sont, pour moi, tout aussi importantes que les œuvres produites. Je pense également que cette expérience ouvre de nouvelles perspectives et permettra de renforcer, dans les temps à venir, les liens que j'ai commencé à tisser avec le Cameroun. Certaines rencontres donnent envie de revenir, de poursuivre les échanges et d'imaginer de nouvelles collaborations. Je retiens bien sûr la présence inspirante du maître Mansour Ciss, ainsi que l'accompagnement de Thierry Fouomene et surtout la vision de Barthélémy Toguo. Je crois finalement que l'on ne capitalise pas seulement une résidence par les œuvres que l'on produit. On la capitalise aussi par les relations que l'on crée, les regards que l'on croise et les nouvelles directions que l'on commence à entrevoir. Pour moi, le Cameroun est aujourd'hui une étape importante dans mon parcours. Je suis arrivé avec mon univers artistique et je repars avec de nouvelles images, de nouvelles matières, une mémoire supplémentaire à transformer, mais aussi avec le sentiment que cette histoire avec le Cameroun ne fait que commencer.
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