CAMEROUN :: Drôle de créature :: CAMEROON
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  • Source : Le Jour
  • vendredi 15 novembre 2019 10:26:00
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Jacques Fame Ndongo ne fait rien comme les autres. D’abord dans la rhétorique. Chaque fois que le ministre d’Etat parle, il donne l’impression de vouloir nous en mettre plein les oreilles. D’être permanemment en mission d’exhibition, de séduction, question d’en boucher un coin à ceux qui douteraient de sa science. Avec lui, le mot est léché, le propos soigné, le ministre n’a guère de gêne à surjouer du jargon et du rébarbatif. La « gromologie », c’est décidemment son affaire.

Et quand on considère ses efforts incessants pour trouver la formule lumineuse et le mot qui tue, on se dit que le Prof est sans doute en manque de ses belles années dans les amphis théâtres. Mais quel grade veut-il donc obtenir lui qui tient les clefs du magister académique après avoir gravi toutes les marches de la reconnaissance universitaire ? Bon disons les choses plus trivialement (puisque nous sommes à mille lieux de la science du Grand Prof), mais qui donc Fame Ndongo veut-il épater ?

On s’est longtemps posé cette question avant que l’intéressé ne rende lui-même les clefs de ses contorsions sémantiques. Avant qu’il ne nous dise lui-même à qui il doit sa prodigieuse ingéniosité lexicale. « Nous sommes tous les créatures du président Paul Biya », a-t-il lâché un jour comme touché par la grâce d’une inspiration paroxysmique. D’une phrase venue d’ailleurs, le brillant professeur a revisité la mythologie du Dieu créateur pour installer son mentor sur le Très Saint Pinacle. Faire de Paul Biya le créateur d’un phénotype politique camerounais…

Elémentaire mais il fallait y penser. Ou plutôt il fallait être Fame Ndongo pour y penser. Car en matière d’hardiesse idéelle l’homme le dispute aux plus grands de ce monde. C’est à lui que l’on doit les fameux PB, ces ordinateurs portables dont nos étudiants sont si fiers. Des ordinateurs importés de Chine au nom de Paul Biya, l’idée n’était pas à la portée du premier venu. Et s’il y en a un qui mérite sa place auprès du Prince, c’est bien ce ministre d’Etat. Capable de nier à tue-tête l’existence d’un problème anglophone pour sauver la patrie en danger.

D’ériger Ebolowa en socle granitique du Rdpc en y organisant une chasse rangée à l’opposant. « Vous devez épousez la couleur locale, celle du Rdpc », a-t-il seriné à des populations dites allogènes après des émeutes survenues le mois dernier dans le chef-lieu de la région du Sud. Voilà qui s’appelle mouiller le maillot. En voilà un qui sait rendre la pareille à celui qui l’a créé. Drôle de créature tout de même.

15nov.
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