CAMEROUN :: Les prisonniers du président - Julienne Christelle Atso : “La prison ne me tuera pas” :: CAMEROON
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CAMEROUN :: POLITIQUE
  • Le Jour : Murielle Tchoutat
  • mardi 25 juin 2019 01:23:00
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CAMEROUN :: Les prisonniers du président - Julienne Christelle Atso : “La prison ne me tuera pas” :: CAMEROON

Du haut de ses 22 ans, l’étudiante en sciences politiques est aussi Secrétaire déléguée chargée des affaires de la femme au bureau départemental jeune du Mrc dans le département de la Menoua. Elle dit militer pour le changement au Cameroun.

Joviale et sereine sont les mots qui décrivent l’état d’esprit de Julienne Christelle Atso ce jeudi, 08 avril 2019. Assise au parloir du quartier des femmes, elle discute avec quelques détenues, profitant ainsi de la chaleur de voir leurs proches. Car, ce jeudi est jour de visite à la prison centrale de Yaoundé. Pour comprendre les raisons de sa présence dans ces lieux, il faut remonter au samedi, 26 janvier dernier. En tant que cadre du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc), Julienne Christelle Atso a été arrêtée et séquestrée par les forces de l’ordre dans la ville de Dschang alors qu’elle participait à la « marche blanche » organisée par son parti politique. Camer.be. « Nous avions organisé une marche pour faire des revendications et malheureusement, le sous-préfet de la ville a interdit l’évènement. Nous avions alors décidé de ne pas marcher. Seulement, il n’y avait pas d’électricité dans la ville depuis deux jours, ce qui nous a empêchés de signaler à nos militants que la marche était annulée », se souvient-elle. Les militants et sympathisants du Mrc de la Menoua ont tout de même marché pendant trente minutes, entonnant l’Hymne National et dénonçant les problèmes de la crise dite anglophone. « Durant la marche, nous étions encadrés par les policiers et forces de maintien de l’ordre. Après la marche, le sous-préfet de la ville a ordonné aux policiers de nous arrêter, ce qui a été fait. Sauf que parmi nous, il y a des personnes arrêtées alors qu’elles ne participaient pas à la marche », ajoute Julienne Christelle Atso.

Arrestation

Rouée de coups, tabassée et tirée au goudron, Julienne Christelle Atso décrit les circonstances de son arrestation comme étant les plus difficiles de son parcours jusqu’ici. « Étant la seule fille arrêtée à Dschang, j’ai dû passer la nuit assise au sol car il n’y avait pas de cellules disponibles pour moi. Tous les policiers qui entraient au commissariat me tapaient et m’insultaient », se lamente-t-elle. Privée de nourriture et d’eau, même la présence de Maitre Simh, avocat du Mrc n’a pas pu lui apporter son aide. Le lendemain aux alentours de 12 heures, elle sera conduite à la prison de Dschang où elle a pu se débarbouillée. Seulement, les conditions de détentions n’étaient pas fameuses. « Nous étions quatre femmes dans une même cellule et étions obligées à faire nos besoins dans un seau et attendre la permission des gardiens pour aller vider le seau. On pouvait ainsi passer la nuit avec les odeurs et toutes sortes de déchets humains », raconte Julienne Christelle Atso.

Le 28 janvier à 17 heures, Julienne Christelle Atso est interpellée ainsi que les autres militants arrêtés par le commissaire de la ville de Dschang. « Le Comissaire nous a dit que Maitre Simh va rencontrer de procureur pour voir si on peut nous libérer. Grande était notre joie qui malheureusement, a été de courte durée. A 18 heures, nous sommes chargés dans un car de l’agence de voyages Avenir avec des policiers armés jusqu’aux dents », relate-t-elle. Prise de panique, Julienne Christelle Atso dit avoir pensé au pire, surtout que toutes leurs interrogations restaient sans réponses de la part des policiers qui les escortaient. « Le voyage était stressant, surtout que nous n’étions pas autorisés à regarder par la fenêtre. L'info claire et nette. Nous avons voyagé avec la tête baissée et pas moyen de communiquer », indique-t-elle. C’est à son arrivée dans les locaux de la police judiciaire qu’elle va se rendre compte qu’elle se trouve dans la ville de Bafoussam. Elle va y passer trois heures, dans une cellule commune avec des hommes. A 22 heures, son périple vers une destination inconnue reprendra. Elle est conduite ainsi que les militants arrêtés dans la ville de Bafang dans un camion qui roulait à tombeau ouvert. « J’ai vu des hommes pleurer durant ce voyage et, cela m’a fait comprendre qu’ils sont plus fragiles que nous les femmes », rigole-t-elle. Une fois dans la ville de Yaoundé, Julienne Christelle Atso va passer deux jours au Commandement central des groupements mobiles d’intervention (Ccgmi) à Soa.

Sans nouvelles de sa famille durant quatre jours, elle a profité de la compréhension des policiers du Ccgmi pour pouvoir les joindre. Julienne Christelle Atso a dû faire face à beaucoup de courage et de détermination pour ne pas succomber. « J’ai pensé à ma mère et à ma famille, et je me suis dit que je dois me battre pour eux. Ma mère a eu un malaise lorsqu’elle a appris la nouvelle et jusqu’aujourd’hui, elle a du mal à marcher », affirme-t-elle. Surtout que dans sa famille, elle est celle sur qui reposent tous les espoirs. Car, à 22 ans seulement, Julienne Christelle Aso est déjà étudiante en Master 2 en sciences politiques. En plus, elle a arboré la casquette de professeur d’espagnol au lycée bilingue de Santchou. Pour elle, il est donc impératif de se battre pour offrir un avenir meilleur à ses proches. Pour ce qui est de son vécu quotidien à la prison centrale de Yaoundé, Julienne Christelle Atso occupe ses journées à travers des prières, la lecture, les cours de thérapie, la couture et la coiffure. Elle affirme que la prison « est un lieu de pénitence et de rétrospection qui corrige les gens ». A son arrivée en prison, elle a fait de semaine de maladie car, n’était pas habituée au rythme de celle-ci. Aujourd’hui, elle se dit mieux insérée et adaptée qu’il y a trois mois. « Au début, j’étais égarée. Je me demandais comment je vais m’en sortir, surtout que je faisais face au mépris des anciennes détenues », dit-elle.

Vie sociale

Née un 1er juillet 1997 à Santchou et domiciliée à Dschang, Julienne Christelle Atso est étudiante en Master 2 en sciences politiques. Elle a fait ses études primaires et secondaires dans sa ville natale. Titulaire d’une licence en anglais, français et espagnol, elle a déjà reçu plusieurs recompenses. Notamment un diplôme de jeune leader de l’Institut Friedrich Eibert et deux primes en poesie en Espagne. Elle le dit justement avec un air fier « la poésie c’est ma passion, et je compte bien écrire des oeuvres ». Julienne Christelle Atso rejoint le Mrc en 2017. Elle est tout d’abord adhérente. Ensuite, elle trouve en ce parti politique une richesse immense, qui lui donne envie d’y être cadre. « Le Mrc est le seul parti politique qui m’a fait rêver. Ses convictions et sa vision à travers les actions qu’il mène m’ont poussé à y adhérer fièrement », se réjouit- elle.

25juin
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