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CÔTE D'IVOIRE :: Abobo doit choisir entre le parachutage politicien et le sacerdoce politique (2ème partie) :: COTE D'IVOIRE
CÔTE D'IVOIRE :: POINT DE VUE
  • Correspondance : Franklin Nyamsi Wa Kamerun, Professeur Agrégé De Philosophie, Citoyen D’Abobo Depuis 28 Ans
  • vendredi 03 août 2018 14:32:49
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CÔTE D'IVOIRE :: Abobo doit choisir entre le parachutage politicien et le sacerdoce politique (2ème partie) :: COTE D'IVOIRE

Dans la vie, il ne faut pas louper son mariage. Mais dans sa ville, il ne faut pas se tromper de maire. Comme nous l’avons précédemment établi dans l’acte I de la présente réflexion publié le 2 août 2018, le pouvoir municipal d’Abobo, constitué de trois ministres du régime actuel, a lamentablement échoué, malgré une pluie de près de 200 milliards de francs Cfa, à donner à la commune-phare et martyre d’Abobo, la prospérité, la sécurité, la santé, les infrastructures éducatives, culturelles, économiques et industrielles de premier choix que cette agglomération de bientôt 2 millions d’âmes mérite de toute urgence.  Dans ces conditions, les abobolais et les abobolaises sont invités à choisir le 13 octobre 2018 entre la continuité du régime municipal défaillant, incarnée par le ministre d’Etat Hamed Bakayoko, et le renouvellement de la municipalité par une équipe disponible, dévouée, compétente et crédible, dont la figure de proue est incontestablement le député Koné Tehfour, citoyen imbibé de l’âme d’Abobo.    

           D’un côté, le parachutage politicien, opération autoritaire et inféconde par laquelle un régime, au mépris des bases populaires de son propre parti, impose des candidats à des communes qu’ils ignorent et où ils ne vivent pas. Et c’est ainsi que naissent des maires indifférents au quotidien de leurs administrés en Côte d’Ivoire, uniquement présents autour des grandes manœuvres budgétaires, et systématiquement absents face aux grands défis sociaux, économiques, culturels et politiques pour lesquels ils se sont souvent faits élire par forcing. Maires essentiellement jouisseurs et suffisants, qui tiennent les communes pour des héritages et les gèrent comme des foires patrimoniales, Profiteurs du Bien Public.

        De l’autre côté, le sacerdoce politique, véritable service du politique pour le peuple, dans la participation quotidienne à sa vie, la recherche et la mise en pratique de solutions consensuelles, éprouvées par l’expérience et la compétence du vécu des gens. Et c’est ainsi que naissent les élus du peuple, véritablement dévoués à la recherche du bien-être des citoyens, attachés à vaincre la pauvreté, l’insécurité, le chômage, la sous-éducation, l’enclavement et la promiscuité, l’exclusion, la violence et l’indignité morale. Maires véritablement exigeants envers eux-mêmes, conscients que leur échec entraînerait le malheur de la multitude, Lutteurs du Bien Public.

Tel est l’antagonisme en jeu, la dichotomie qui trace en perspective la ligne de front entre deux visions antinomiques de la politique en Côte d’Ivoire. Que les citoyens ne s’y trompent pas, sinon, ils s’en mordront les doigts !

            La présente tribune est donc consacrée à examiner les forces et faiblesses des deux principales candidatures à la mairie d’Abobo,  celle du parachuté Ministre d’Etat Hamed Bakayoko et celle de l’élu de terrain abobolais Koné Tehfour, afin d’éclairer la lanterne des électrices et électeurs de cette commune comme de toutes autres les communes ivoiriennes où le parachutage politicien sera confronté le 13 octobre 2018 au sacerdoce politique.

Que cherche le ministre d’Etat Hamed Bakayoko, député de Séguéla, dans la Commune d’Abobo ?

            En début juin 2018, le RDR décide d’investir le ministre d’Etat, ministre de la défense Hamed Bakayoko comme candidat à l’élection municipale du 13 octobre 2018 à Abobo.

A première vue, on reconnaîtra que ce parti a parfaitement le droit, conformément à la constitution, d’investir les candidats de son choix dans les communes de son choix. Pourtant, un œil plus scrutateur ne manquera pas de s’interroger avec raison : ce parti ne possède-t-il pas d’autres cadres disponibles, compétents et qui plus est, suffisamment imbibés de la vie et des problèmes d’Abobo pour candidater efficacement à cette élection ? Et c’est là que le bât blesse. Ici se dévoile le déficit de démocratie et de vision politique dans les partis au pouvoir dans notre Afrique contemporaine.

Non seulement, l’ancien exécutif municipal du très occupé Ministre-maire Adama Toungara comprenait une adjointe disponible, Madame Peuhmond Jeanne, mais sur le terrain depuis de longues années, travaille et écume le courageux et énergique député Koné Tehfour, au four et au moulin de toutes les batailles du quotidien des abobolais. Quid de ces cadres avertis et autrement plus disponibles ?

Devant l’intrigue de cette désignation urbi et orbi d’Hamed Bakayoko, pourtant député de Séguéla dans le Woroba, on ne peut que s’intéresser davantage aux propos de l’intéressé lui-même qui lancera tranquillement en mi-juin 2018 sa candidature à Abobo, en pleine journée d’inondations meurtrières dans Abidjan. Ses propos révèlent véritablement l’incongruité de la procédure :

« J’assume d’être parachuté à Abobo…Dans l’armée, quand la situation est difficile, on envoie les paras, alors j’assume d’être parachuté à Abobo »[1], affirme le ministre d’Etat, ministre de la défense le 9 juillet 2018.

Alors questions : Si la situation est difficile à Abobo comme le dit Hamed Bakayoko, n’est-ce-pas parce que la formule qui consiste à affecter des élus cumulards de postes politiques à la tête de nos grandes communes a justement montré ses limites ? Comment Hamed Bakayoko croit-il pouvoir être plus disponible que l’ex-ministre du pétrole et de l’énergie du Président Ouattara ? Et pour rester dans la métaphore de la parachute, comment Hamed Bakayoko peut-il ignorer qu’un para-commando fait d’abord ses preuves dans une rude formation de terrain, avant d’être affecté au combat ? Dans quelle municipalité l’actuel ministre de la défense aura-t-il fait ses preuves avant son parachutage à Abobo ?

Hamed Bakayoko ajoute, à Abobo-Baoulé, le mardi 10 juillet 2018 :

« Je ne viens pas à Abobo ajouter un titre à ma carte de visite ! Non, j’ai le souci du bien-être de tous. Je suis conscient des défis du développement à Abobo. »[2]

            Alors, encore, questions : Comment Hamed Bakayoko croit-il pouvoir servir les abobolais, alors qu’il leur dit d’emblée qu’ils ne lui apporteront rien de nouveau ? L’argument de la carte de visite n’est-il pas un acte de condescendance, voire l’expression d’un complexe de supériorité d’Hamed Bakayoko envers les citoyens d’Abobo, une commune qui regorge d’ingénieurs, de médecins, de professeurs, d’artistes, de grands commerçants, d’architectes, bref, de toutes sortes de gens compétents qui n’ont rien à envier à la carte de visite essentiellement provisoire d’un ministre du gouvernement ? Mais mieux encore, comment le ministre d’Etat Hamed Bakayoko peut-il nous dire qu’il a le souci du bien-être de tous en voulant cumuler le poste très accaparant de maire de la commune la plus peuplée de Côte d’Ivoire, Abobo, avec le poste hautement préoccupant de ministre d’Etat, ministre de la défense de toute la République de Côte d’Ivoire ?

           Abobo requiert un maire capable d’affronter au quotidien, les défis de sa réorganisation administrative municipale, de la sécurité, des transports, des marchés publics, de la jeunesse, des infrastructures de santé, d’éducation, d’industrialisation, de la lutte contre le chômage, de la lutte contre l’abandon des enfants, etc. Un maire disponible à plein temps. Pas un intermittent du sempiternel spectacle politicien qui a justement retardé cette commune cruciale!

 Comment donc, par le seul acte précipité et spectaculaire d’achat d’une maison à Abobo courant juillet 2018,  le ministre Hamed Bakayoko prétend-il pouvoir gérer cet épais dossier communal en même temps qu’il remplirait ses obligations de ministre d’Etat, ministre de la défense, résumées ici sur le site de son ministère ? Examinons ces lourdes charges ministérielles :

« ATTRIBUTIONS DU MINISTRE CHARGE DE LA DEFENSE
Le Ministre chargé de la Défense est responsable, sous l’autorité du Président de la République, de l’exécution de la politique de Défense et en particulier, de l’organisation, de la gestion, de la mise en condition d’emploi et de la mobilisation de l’ensemble des Forces Armées ainsi que de l’infrastructure militaire qui leur est nécessaire. Il assiste le Président de la République en ce qui concerne leur mise en œuvre.  Il a autorité sur l’ensemble des Forces Armées et est responsable de leur sécurité.

Pour l’exercice de ses attributions, le Ministre chargé de la Défense dispose d’une Administration Centrale et de deux organes de commandement constitués par l’Etat-major Général des Armées et le Commandement supérieur de la Gendarmerie Nationale.

Le Ministre chargé de la Défense préside le Comité de coordination de la Défense en abrégé, CCD.

Le Comité de coordination de la Défense est chargé du suivi de la mise en œuvre des mesures prises par le Gouvernement et le Conseil Restreint de Défense.

Il comprend :

·         L’Inspecteur Général des Armées ;

·         L’Inspecteur Général de la Gendarmerie Nationale ;

·         Le Chef d’Etat-major Général des Armées ;

·         Le Commandant Supérieur de la Gendarmerie Nationale ;

·         Le Contrôleur Général de l’Administration et des Finances de la Défense ;

·         Les Chefs d’Etat-major de l’Armée de Terre, de l’Armée de l’Air et de la Marine Nationale ;

·         Le Chef de Cabinet Militaire ;

·         Le Directeur Général des Affaires Stratégiques, qui assure le secrétariat.

Le Comité de Coordination de la Défense peut inviter toute personne ressource à prendre part à ses travaux. »

Source : http://defense.gouv.ci/ministere/role_mission

            Comment peut-on avoir des charges aussi importantes, et prétendre se mettre à la disposition de la Commune d’Abobo au même moment ? Prendre la défense du territoire ivoirien au sérieux, c’est s’y consacrer exclusivement. Prendre les soucis d’Abobo au sérieux, c’est aussi s’y consacrer exclusivement. On ne peut efficacement jouer sur ces deux tableaux !  

La candidature du ministre d’Etat Hamed Bakayoko aux élections municipales du 13 octobre 2018 à Abobo comporte donc trois tares majeures :

L’improvisation politicienne, puisqu’il s’avoue lui-même parachuté politique à Abobo, alors même qu’il est député de Séguéla

L’autoritarisme partisan, puisque des cadres RDR de terrain ont été injustement éconduits pour lui faire de la place

Le dilettantisme politique, puisqu’on ne peut pas sérieusement et efficacement être maire d’une Commune aussi surchargée et en même temps à la tête d’un ministère hautement stratégique de la République.

Et ce disant, qu'on ne vienne pas encore nous dire que nous avons injurié quelqu'un. Rien n'est ici, ad hominem! Tout est dit ici ad rem. C'est notre fonction critique d'intellectuel politique que nous exerçons.

            Dans ces conditions, la raison et le cœur d’Abobo doivent résolument battre pour une autre manière de faire la politique. C’est dès lors inévitablement l’offre de l’Honorable Koné Tehfour, que nous examinerons à présent.  

Ce sera l’objet de la 3ème et dernière partie de notre réflexion. Affaire à suivre encore ! Tenons bon, amis de la démocratie de proximité! 


[1] https://www.afrique-sur7.fr/398080-abobo-hamed-bakayoko-parachute-abobo . Et comme l’écrit Gary SLIM, le 9 juillet 2018 : « Il faut aussi noter que dans cette commune d’Abobo s’entre-déchirent plusieurs clans pour la succession de Adama Toungara. La commune la plus peuplée de Côte d’Ivoire va être le lieu où le ministre de la Défense va tester sa popularité à l'occasion de cette élection décisive. »
[2] http://www.ivoirematin.com/news/Politique/municipales-a-abobo-hamed-bakayoko-laquo_n_43616.html

03août
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