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© Camer.be : Paul Moutila
- 28 Jul 2026 16:07:39
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Cameroun - Outrage à Biya : Hiram Iyodi dénonce une justice qui « n'honore pas la démocratie »
Hiram Iyodi, opposant camerounais, appelle à la libération de Patrick Mengue, condamné à six mois de prison pour un commentaire allusif sur la mort du président du Sénat.
L'opposant Samuel Hiram Iyodi dénonce la condamnation de Patrick Mengue à six mois de prison ferme pour un commentaire sur les réseaux sociaux, estimant que cette décision « n'honore pas la démocratie » camerounaise.
« Seigneur, tu te rapproches déjà de la cible, encore un effort s'il te plaît. » Ce simple commentaire publié sur les réseaux sociaux après le décès de l'ancien président du Sénat a valu à Patrick Mengue, un jeune Camerounais, six mois de prison ferme. Le tribunal de première instance de Yaoundé l'a reconnu coupable d'outrage au président de la République Paul Biya, estimant que ce message visait indirectement le chef de l'État.
Une décision qui a provoqué une onde de choc dans l'opinion publique. Et qui a poussé Samuel Hiram Iyodi, figure de l'opposition et candidat à la présidentielle de 2025, à prendre position. Pour lui, cette condamnation est disproportionnée, et la place de Patrick Mengue « n'est pas en prison ».
Six mois de prison pour une prière : le parcours judiciaire de Patrick Mengue
Patrick Mengue, un jeune Camerounais, a été condamné le 27 juillet 2026 à six mois d'emprisonnement ferme par le tribunal de première instance de Yaoundé.
Les faits remontent au 11 avril 2026. Ce jour-là, Patrick Mengue partage une publication d'un lanceur d'alerte annonçant la mort de l'ancien président du Sénat, Marcel Niat Njifenji, décédé à 92 ans. En commentaire, il écrit : « Seigneur tu te rapproches déjà de la cible encore un effort STP ».
Pour les autorités judiciaires, ce message vise indirectement le chef de l'État, Paul Biya. Interpellé deux jours après sa publication, le 13 avril, il est placé en détention provisoire le 24 avril.
Au-delà de la peine de prison ferme, le tribunal a également condamné Patrick Mengue à une amende de 28 000 FCFA, aux dépens fixés à 15 000 FCFA, et a ordonné la confiscation de son téléphone portable. En détention depuis le 24 avril, il a déjà purgé une partie de sa peine et pourra sortir le 24 octobre 2026.
La défense dénonce une « justice qui n'a pas été indépendante »
La décision du tribunal a suscité l'indignation des avocats de Patrick Mengue. Me Batam Nkolong, l'un de ses conseils, estime que son client n'a fait qu'exercer son droit à la liberté de culte reconnue par la Constitution.
« Cette condamnation est absurde. Le président de la République devrait se battre pour que la justice devienne de plus en plus indépendante », a-t-il déclaré devant la presse. Pour lui, « la vérité n'a pas été dite, le tribunal n'a pas été indépendant ».
Me François Nguini Mebenga, un autre membre du collectif d'avocats, affirme que « le dossier était vide » et que le ministère public s'est appuyé sur des « éléments vides » pour requérir la charge. « En matière pénale, il n'y a pas d'implicite, il n'y a pas d'interprétation ».
La défense a annoncé son intention de saisir la Cour d'appel pour contester ce verdict.
Hiram Iyodi : « La place de Patrick Mengue n'est pas en prison »
C'est dans ce contexte que Samuel Hiram Iyodi, président du Mouvement patriotique pour la prospérité du peuple (MP3) et candidat à l'élection présidentielle du 12 octobre 2025, a pris la parole.
Dans une déclaration publiée le 28 juillet 2026, il appelle à la libération immédiate de Patrick Mengue. Il estime que « les conditions d'interpellation et de détention de M. Mengue, autant que la qualification des faits, n'honorent pas notre démocratie ».
« Le propos allusif de M. Mengue peut en effet donner lieu à diverses interprétations », reconnaît-il. Mais il s'interroge sur « la nécessité et la proportionnalité de ces réponses pénales ».
« La Constitution du Cameroun garantit la liberté d'expression », rappelle-t-il, ajoutant que ses « restrictions doivent toutefois demeurer exceptionnelles, nécessaires et proportionnées ».
Et de conclure, dans une formule qui résume son combat : « La place de Patrick Mengue, comme celle de plein d'autres… n'est pas en prison ».
Un délit flou qui interroge la liberté d'expression
L'affaire Patrick Mengue est emblématique d'un phénomène qui s'amplifie au Cameroun. Les poursuites pour « outrage au chef de l'État » se multiplient. Une vingtaine de cas similaires auraient été traités par la justice depuis le début de l'année 2026, selon plusieurs sources judiciaires.
Pour Cyrille Rolande Bechon, de l'ONG Nouveaux droits de l'Homme, la peine de six mois d'emprisonnement est un « message pour faire peur aux Camerounais ». « Il n'y a rien qui justifie cet emprisonnement, si ce n'est tout simplement un besoin de punir, de réprimer, de faire peur aux citoyens, de dire qu'on a l'appareil judiciaire qu'on peut utiliser à tout moment ».
La loi camerounaise punit sévèrement l'outrage au chef de l'État, un délit qui reste flou dans son application et qui donne une large marge d'interprétation aux juges. « Critiquer publiquement Paul Biya reste un exercice risqué au Cameroun, même sous une forme anodine ».
Un appel à la clémence et au dialogue
La prise de position de Hiram Iyodi s'inscrit dans un contexte politique tendu. L'opposant, qui a obtenu la 8e place à l'élection présidentielle d'octobre 2025, milite pour une recomposition de l'opposition et pour le respect des libertés fondamentales.
Dans sa déclaration, il insiste sur un principe fondamental : « La justice ne doit jamais se transformer en instrument d'intimidation politique ».
Il invite les autorités judiciaires et politiques à reconsidérer cette décision, estimant qu'un apaisement contribuerait à renforcer le dialogue et le respect des libertés fondamentales. « Une République forte n'est pas celle qui emprisonne les paroles qui dérangent, mais celle qui sait leur répondre par le droit, la mesure et le débat ».
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