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© Camer.be : Paul Moutila
- 23 Jul 2026 13:36:28
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CAMEROUN :: Cabral Libii : « Sauvons André Blaise Essama » :: CAMEROON
« Face à la maladie, les divergences s'effacent devant notre commune humanité. » C'est par ces mots que le député Cabral Libii, président du PCRN, a interpellé les autorités camerounaises pour qu'André Blaise Essama, militant emprisonné à New Bell, bénéficie sans délai des soins médicaux qui lui sauveraient peut-être la vie. Une prise de position qui dépasse les clivages politiques pour toucher à l'essentiel : la dignité humaine.
Il y a des moments où la politique s'efface devant l'humain. Où les divergences, aussi profondes soient-elles, cèdent le pas à une évidence : la vie d'un homme est en jeu. Cabral Libii, député et président du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN), vient de le rappeler avec force. André Blaise Essama, activiste connu pour son combat contre les symboles coloniaux, est détenu depuis plusieurs mois à la prison centrale de New Bell. Il souffre d'un diabète sévère qui a provoqué une infection chronique. Sans soins spécialisés et urgents, il risque l'amputation.
« Face à la maladie, les divergences s'effacent devant notre commune humanité. J'appelle les autorités compétentes à garantir sans délai au compatriote André Blaise Essama l'accès aux soins requis, dans le respect de la dignité humaine et de l'État de droit », a déclaré le président du PCRN.
Un appel qui résonne comme une mise en garde. Car derrière l'urgence médicale, c'est tout le système judiciaire et pénitentiaire camerounais qui est interpellé.
QUI EST ANDRÉ BLAISE ESSAMA ?
André Blaise Essama, surnommé « le combattant », est une figure du militantisme camerounais. Né le 28 avril 1976, il s'est fait connaître depuis le milieu des années 2000 pour son combat contre les symboles de la colonisation française. Il a multiplié les actions contre la statue du général Leclerc à Douala, qu'il a décapitée à plusieurs reprises pour réclamer son remplacement par des figures de l'histoire nationale et panafricaine.
Son militantisme lui a valu de nombreuses arrestations. En 2020, il revendiquait déjà avoir été arrêté au moins 78 fois en dix-sept ans. Il a parfois passé jusqu'à six mois en prison et a été sommé de payer plusieurs millions de francs CFA d'amendes.
Mais sa dernière arrestation, le 7 novembre 2025, est d'une nature différente. Elle intervient au lendemain de la prestation de serment de Paul Biya, dans la foulée de la présidentielle du 12 octobre 2025. André Blaise Essama est arrêté sans mandat, sans convocation, sans avocat. Son motif d'arrestation : avoir dénoncé publiquement les violences post-électorales et appelé à un deuil national après la mort de plusieurs citoyens.
UNE DÉTENTION AUX ALLURES IRRÉGULIÈRES
Placé d'abord en garde à vue administrative pour quinze jours sur instruction du gouverneur du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, aucun mandat de dépôt régulier n'aurait ensuite été notifié pour justifier son maintien en détention.
Son dossier a depuis été transféré devant le tribunal militaire de Douala, une juridiction que ses avocats jugent incompétente pour juger un civil. Les charges retenues par le juge d'instruction militaire incluent l'apologie de crimes de pillage, l'atteinte à la sûreté de l'État et la rébellion.
La traduction de civils devant une juridiction militaire au Cameroun constitue une violation de plusieurs textes internationaux ratifiés par Yaoundé : la Déclaration universelle des droits de l'homme, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, et la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples. Une procédure d'habeas corpus engagée par Maître Fabien Kengne, avocat d'Essama, n'a pas empêché l'escalade vers le tribunal militaire.
L'ÉTAT DE SANTÉ CRITIQUE
L'état de santé d'André Blaise Essama inquiète sérieusement ses proches et son entourage juridique. Détenu depuis plusieurs mois à la prison centrale de New Bell, il souffrirait d'un diabète sévère à l'origine d'une infection chronique qui menace aujourd'hui l'intégrité de ses membres inférieurs.
Son conseil, Maître Fabien Kengne, a alerté sur le risque d'amputation en l'absence de soins spécialisés et urgents. Une vidéo intitulée « André Blaise Essama : la course contre la montre pour éviter l'amputation » a d'ailleurs été diffusée sur Equinoxe TV, témoignant de l'urgence de la situation.
Cette dégradation de la santé survient dans un contexte de détention déjà jugé irrégulier par la défense. L'absence de soins appropriés en prison ajoute une dimension tragique à une situation juridique déjà préoccupante.
L'APPEL DE CABRAL LIBII
C'est dans ce contexte que Cabral Libii a pris la parole. Le député et président du PCRN, pourtant en désaccord politique avec l'activiste par le passé, a choisi de dépasser les clivages.
« Face à la maladie, les divergences s'effacent devant notre commune humanité. J'appelle les autorités compétentes à garantir sans délai au compatriote André Blaise Essama l'accès aux soins requis, dans le respect de la dignité humaine et de l'État de droit. »
Un appel fort, qui rappelle que la santé et la vie d'un citoyen ne devraient jamais être instrumentalisées par des considérations politiques ou judiciaires. Cabral Libii, élu député en février 2020 et candidat à la présidentielle d'octobre 2025, utilise sa position pour interpeller directement les autorités.
Cet appel intervient alors que l'état de santé d'André Blaise Essama suscite de nombreuses réactions au sein de l'opinion publique. Des voix s'élèvent pour dénoncer ce qu'elles considèrent comme un abandon.
LE SCHÉMA RÉPRESSIF
Le cas d'André Blaise Essama s'inscrit dans un schéma répressif identifiable. Selon une analyse publiée par Camer.be, quatre étapes se succèdent :
Première étape : l'empêchement préventif. La commissaire du 4e arrondissement de Douala l'avait déjà bloqué le jour du scrutin, l'empêchant de surveiller les opérations de vote à Deido.
Deuxième étape : l'arrestation arbitraire sans base légale.
Troisième étape : le placement en garde à vue administrative, un mécanisme qui contourne les garanties judiciaires ordinaires.
Quatrième étape : le renvoi devant le tribunal militaire de Douala, une juridiction incompétente pour juger des civils.
« Chaque étape est une violation, et leur enchaînement révèle une stratégie délibérée de neutralisation judiciaire des voix contestataires », conclut l'analyse.
LA DIMENSION POLITIQUE
Cette dernière arrestation d'André Blaise Essama se distingue des précédentes. Elle s'inscrit dans la vague de répression visant les personnalités et soutiens ayant affiché leur adhésion à la candidature d'Issa Tchiroma Bakary lors de la dernière présidentielle, aux côtés de figures comme Djeukam Tchameni ou Anicet Ekane.
Le procès devant le tribunal militaire d'André Blaise Essama et de Nzepang Siakam Scotty Winner constitue un test pour l'État de droit camerounais. La question est désormais posée : un civil peut-il être jugé par une juridiction militaire pour des actes politiques ?
L'URGENCE HUMANITAIRE
Au-delà des considérations juridiques et politiques, il y a une urgence humanitaire. André Blaise Essama risque de perdre un membre, peut-être sa vie, faute de soins appropriés.
Cabral Libii l'a rappelé : « Face à la maladie, les divergences s'effacent devant notre commune humanité. » Un appel qui dépasse les clivages partisans pour toucher à l'essentiel.
La question est désormais entre les mains des autorités. Accorderont-elles les soins requis à un homme dont la santé se détériore chaque jour un peu plus dans une cellule de New Bell ?
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