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© Camer.be : Toto Jacques
- 20 Apr 2026 10:33:05
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Agents fictifs au Parlement camerounais : 150 fantômes, des millions envolés :: CAMEROON
Un audit qui fait trembler le Palais de Verre
150 agents fictifs. C'est le verdict brutal de l'audit ordonné dès le 14 avril 2026 par Théodore Datouo, nouveau Président de l'Assemblée nationale du Cameroun. Ces salariés fantômes n'ont jamais mis les pieds dans l'institution. Ils touchaient pourtant, chaque mois, un salaire prélevé sur les impôts des Camerounais.
Le comptage physique qui dévoile l'étendue du système
L'audit de l'Assemblée nationale du Cameroun a été lancé moins d'un mois après l'élection de Théodore Datouo, le 17 mars 2026. Le principe est simple : vérifier physiquement la présence de chaque agent inscrit sur les fichiers du personnel.
Le résultat dépasse les scénarios les plus pessimistes. Sur 150 agents fictifs identifiés, 97 étaient rattachés au Cabinet de l'ancien président de l'institution, Cavayé Yéguié Djibril qui régnait sur le perchoir depuis plus de trois décennies. Les 53 restants se dissimulaient au sein du Secrétariat général.
Cette opération s'inscrit dans le cadre de la démarche nationale connue sous le nom d'Opération COPPE Comptage Physique des Personnels de l'État. Mais sa portée symbolique ici dépasse de loin un simple exercice administratif.
Trois décennies de clientélisme institutionnalisé
La géographie de la fraude révèle une logique implacable. La concentration massive des agents fantômes dans le Cabinet de Cavayé Yéguié Djibril n'est pas le fruit du hasard. Elle dessine le profil d'un clientélisme organisé au sommet même de la représentation nationale.
Le mécanisme est classique dans sa structure, mais inédit par son ampleur institutionnelle : des noms inscrits sur les registres de la fonction publique, des comptes bancaires actifs, des virements mensuels réguliers sans qu'aucune présence physique ni aucune mission réelle ne soit jamais exigée.
La proximité avec le sommet du pouvoir législatif fonctionnait comme un accès privilégié à une rente injustifiée, financée directement par le contribuable camerounais.
Comment fonctionne la fraude aux agents fictifs
Un agent fictif se définit comme un individu inscrit dans les fichiers officiels de la fonction publique, percevant une rémunération régulière, sans exercer aucune fonction réelle ni occuper aucun poste identifiable.
Dans le cas de l'Assemblée nationale, les salaires ne se perdaient pas dans le vide. Quelqu'un les encaissait. Qui percevait les émoluments de ces 150 comptes ? C'est précisément la question que l'opinion publique camerounaise pose désormais avec force.
L'audit administratif a identifié les noms. Il n'a pas encore désigné les bénéficiaires réels. C'est là que s'arrête le travail de la commission et que devrait commencer celui de la justice.
Finances publiques et crédibilité de l'institution
La radiation de ces 150 agents fictifs allège mécaniquement la masse salariale de l'Assemblée nationale. Les économies mensuelles représentent plusieurs dizaines de millions de francs CFA une première restitution symbolique à l'État.
Mais l'enjeu à moyen terme est autrement plus structurant. Si aucune suite judiciaire n'est donnée, le signal envoyé sera celui de l'impunité durable. Le néo-président Datouo a engagé sa crédibilité sur cette rupture. Sans procès, sans identification des bénéficiaires réels, l'opération risque de n'être qu'un nettoyage de fichiers sans lendemain.
C'est la refonte complète des mécanismes de contrôle de la fonction publique camerounaise qui est en jeu. Le Parlement peut-il se transformer en modèle de transparence budgétaire pour l'ensemble de l'administration ? La réponse à cette question définira une partie du legs du nouveau président de l'institution.
La justice, seule réponse à la hauteur du scandale
Théodore Datouo a ouvert un dossier que ses prédécesseurs avaient soigneusement ignoré. Il a montré que l'audit était possible, que les fantômes pouvaient être nommés. Mais débusquer est une chose. Sanctionner en est une autre.
Le vrai test de cette rupture sera judiciaire. L'argent public détourné pendant des années au cœur même de l'institution chargée de voter les lois cette réalité exige des comptes, pas seulement des radiations.
Le Palais de Verre a commencé à se nettoyer. La question qui reste ouverte est la suivante : les fantômes d'hier seront-ils jugés demain, ou l'impunité camerounaise trouvera-t-elle encore une fois le moyen de survivre à ses propres scandales ?
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