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© Camer.be : Toto Jacques
- 30 Mar 2026 02:40:43
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Violence scolaire au Cameroun : une enseignante agressée par son proviseur en pleine réunion :: CAMEROON
Le 28 mars 2026, dans un lycée public camerounais, un proviseur a frappé une enseignante à la tête avec une bouteille de bière. En pleine assemblée générale. Devant témoins. Et s'en est vanté. Ce n'est pas un fait divers. C'est un signal d'alarme sur l'état de l'autorité dans l'éducation nationale.
Le déroulé des événements et leurs acteurs
Le 28 mars 2026, au Lycée Technique de Dziguilao, dans la région de l'Extrême-Nord du Cameroun, une enseignante identifiée sous le nom de Mme Kaltoufaya a été violemment agressée en pleine assemblée générale de l'établissement.
L'agresseur est le proviseur Djongmo Dourandi, responsable hiérarchique direct de la victime. L'agression a eu lieu alors que Mme Kaltoufaya prenait la parole pour critiquer la gestion de l'établissement. Les coups ont été portés à la tête à l'aide d'une bouteille de bière. L'enseignante a été évacuée d'urgence vers un établissement hospitalier.
Selon les informations disponibles, le proviseur aurait, après les faits, affiché publiquement sa certitude d'échapper à toute sanction.
Pourquoi cet acte est le symptôme d'une dérive plus profonde
L'agression physique d'une enseignante par son supérieur hiérarchique ne surgit pas du néant. Elle s'inscrit dans un contexte précis : celui de la violence institutionnelle dans les établissements scolaires camerounais, où la parole critique est perçue comme une menace, et non comme un droit.
La cause tient à une conception verticale et autoritaire de la gouvernance scolaire. Dans ce modèle, le proviseur dispose d'un pouvoir quasi discrétionnaire sur son personnel. Les mécanismes de recours syndicats, inspections académiques, délégations régionales existent sur le papier. Leur effectivité, notamment dans les régions éloignées comme l'Extrême-Nord, reste insuffisante.
Le fait que l'agresseur se soit vanté de son impunité administrative au Cameroun n'est pas une bravade isolée. C'est le reflet d'une expérience accumulée : celle de responsables qui ont observé, au fil des années, que les actes de violence ou d'abus de pouvoir dans l'enceinte scolaire restaient rarement sanctionnés de manière ferme et visible.
Comment l'impunité se construit et se reproduit
L'impunité dans l'éducation nationale camerounaise se définit comme l'absence de sanctions effectives et proportionnées pour les responsables d'établissements qui commettent des abus envers leur personnel ou leurs élèves. Ce mécanisme fonctionne selon une logique systémique.
Premier niveau : la géographie de l'isolement. Le Lycée Technique de Dziguilao est situé dans l'Extrême-Nord, région périphérique à distance administrative des centres de décision. Les signalements d'abus y arrivent plus tard, sont instruits plus lentement, et aboutissent moins souvent.
Deuxième niveau : la culture du silence. Les enseignants qui témoignent contre un supérieur s'exposent à des représailles professionnelles mutations, notations défavorables, blocages de carrière. Mme Kaltoufaya a payé le prix de sa parole publique de la manière la plus brutale qui soit.
Troisième niveau : l'absence de jurisprudence disciplinaire visible. Lorsque des sanctions sont prononcées, elles sont rarement rendues publiques. L'opacité des décisions entretient la conviction que rien ne change, même quand des mesures sont prises.
Ce que cette affaire change, ou devrait changer
Dans les semaines et mois à venir, la pression publique générée par cette affaire constitue une opportunité de rupture. Le ministère de l'Éducation nationale du Cameroun est directement interpellé. Une réponse rapide, ferme et transparente suspension immédiate du proviseur, ouverture d'une enquête administrative, accompagnement de la victime enverrait un signal fort à l'ensemble du corps enseignant.
Son absence enverrait le signal inverse : que les déclarations d'impunité du proviseur étaient fondées.
La protection des enseignants au Cameroun face aux abus hiérarchiques conditionne directement l'attractivité du métier et la qualité de l'enseignement. Un enseignant qui vit sous la menace de représailles physiques ou professionnelles n'enseigne pas dans les meilleures conditions. Ses élèves en paient le prix.
La mise en place de mécanismes de signalement anonymes, d'inspections indépendantes régulières et d'une jurisprudence disciplinaire publique sont des réformes accessibles. Elles nécessitent de la volonté politique, pas des budgets astronomiques.
Qui protège les enseignants quand l'institution faillit ?
Mme Kaltoufaya a exprimé une critique. Elle a reçu des coups. Son agresseur a célébré son impunité. Cette séquence résume un dysfonctionnement que le silence institutionnel ne peut pas effacer.
La vraie question posée par cette affaire n'est pas juridique. Elle est pédagogique, au sens le plus profond du terme : que transmet une école dont les dirigeants résolvent les désaccords par la violence ? Et que reste-t-il de l'autorité morale de l'institution quand elle protège ses bourreaux plutôt que ses victimes ?
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