Crise anglophone: Peur dans la ville de Eyumojock
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Voici plus de sept ans déjà que les populations des régions du sud-ouest et du nord-ouest du Cameroun mènent une fronde contre le pouvoir central de Yaoundé. L'origine remonte à une grève des syndicats d'enseignants et des avocats qui a progressivement dérivé en conflit armé entre divers groupes séparatistes et l'armée camerounaise. Malgré des appels pressants au dialogue , la crise s’est enlisée. Reportage à Eyumodjock, commune du Cameroun située dans la région du Sud-Ouest et le département de la Manyu. À la frontière avec le Nigeria, région du sud-ouest .

La tension est à son comble dans la ville de Eyumojock. Quelques boutiques et magasins qui avaient ouverts leurs portes depuis des années ont subitement refermés les portes. Et pour cause, la crainte d'être saccagé et les marchandises emportées par les activistes sécessionnistes.

Depuis quelques jours et cela toutes les nuits, des tracts sont déversés dans les grands carrefours et lieux les plus fréquentés afin de demander à la population de rester chez elle.

Au cœur de la ville de Eyumojock, les quartiers comme Mamfe Road, Up station, Mile 8, etc., ont subi ces jours, des échanges de coups de feu dans la nuit, plusieurs commerces ont été attaquées.

Selon ces inconnus «ces commerces ne respectent pas les villes mortes». Des tracts anonymes ont également été envoyés à certains conducteurs de Taxis et Moto pour avertissement. Sur ces bouts de papier, les auteurs menacent de «s'attaquer à leur domicile et famille s'ils ne respectent pas les mots d'ordre de boycott lancés».

Afin de prévenir tout débordement menant à une escalade des actes de violence et de vandalisme dans la ville, l'on aperçoit depuis lors et sans succès, le déploiement des forces de l'ordre sur les grands axes routiers de la ville.

Petit couac, ces forces de l'ordre évitent les coins des quartiers les plus reculés comme le reporter de camer.be a pu le constater du côté de Mile 8 et même Bonge Road. Pas une trace des hommes en tenue à Ibo quarter

Avec les menaces qui se font de plus en plus ressentir, la peur s'est de nouveau installée à Eyumojock . Une situation qui a obligé plusieurs habitants de la ville de fuir les troubles pour trouver refuge ailleurs ou des zones dites plus sûres. On redoute qu'à l'allure des choses, cette ville risquera de se vider de ses fils.

Selon certains témoignages, à Eyumojock, c'est depuis au mpoins sept ans que la  quasi totalité de la population étant appauvrie par la crise sociale ambiante quitte la localité pour aller se réfugier au Nigéria.

Elève à NCSS (National Comprehensive secondry school, ndlr) depuis un an, Efosi a aujourd’hui bien du mal à reconnaître sa ville en raison de séquelles de la crise anglophone avec la paralysie des activités. « La ville de Eyumojock est en train de mourir parce que les villes mortes et les destructions des infrastructures ont transformé le paysage. A l'école, pour ceux qui y vont, la peur ne cesse de gagner les esprits ».

Cette jeune fille, artiste de cabaret, regrette amèrement ce qui arrive à sa localité où elle naquit il y a de cela 26 ans : « A partir de 20 heures, auparavant j'allais au Cabaret pour chanter. Maintenant, c’est le contraire. C’est comme si nous sommes à l’internat ».

Pour l'enseignant Fonying, au-delà de la seule ville de Eyumojock, c’est tout le Cameroun anglophone qui se meurt : « Oui, c’est la mort de la partie anglophone du pays, plus rien ne se passe. Ça n’aide personne. A l'école publique francophone de Eyumojock où j'enseigne depuis plus de 15 ans, ce sont les sacs de sable qui jonchent les barrières car nous avons peur d'être attaqué à tout moment par des radicaux, nous confie cet enseignant

Beaucoup de promoteurs immobiliers ont perdu de la clientèle à Eyumojock

Les maisons sont vides parce que les étrangers et les francophones s’en vont, même certains anglophones qui avaient des affaires ici sont allés ailleurs. Nous vivons dans une ville morte nous confie un chef d'entreprise de E'Town (Eyumojock Town) qui a requis l'anonymat.

La situation pousse de nombreux résidents à quitter Eyumojock et sa région pour les villes voisines situées au Nigéria.

Il y a six mois à peine, Cletus était encore moto taximan à Eyumojock. Mais avec la persistance de la crise dans sa ville, ce père de famille de 45 ans s’est vu contraint de s’installer avec son outil de travail 44 kilomètres plus loin, dans la première grande ville nigérianne.

« Je suis moto taximan, je suis à Dikom au Nigeria mais ma famille est restée à Eyumojock, explique-t-il. Je suis ici à cause de la crise qui perturbe énormément le secteur des transports au Cameroun»

Si sa femme et ses six enfants sont toujours à Eyumojock, il dit envisager de regrouper toute la famille avec le soutien de son fils aîné installé depuis 2 ans en Belgique à cause de cette crise anglophone,

« Si la crise se poursuit, je pense que nous allons tous partir du Cameroun. » Comme Cletus, ils sont des centaines, voire des milliers à avoir fait le choix de Dikom située juste de l'autre côté de la frontière dans l'État de Cross River au Nigéria. Des familles entières avec, souvent, en tête des préoccupations, le souci de scolariser les enfants..

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