-
© FB : Jean Pierre Bekolo
- 07 Aug 2025 09:15:04
- |
- 2538
- |
CAMEROUN :: Conseil Constitutionnel, mythe d’une justice sans dialogue et miroir d’un pays figé :: CAMEROON
Essayons de relire la séquence du Conseil Constitutionnel à la lumière de la thèse de Fabien Eboussi Boulaga, « Le Mythe et le Dialogue chez Platon »
Grâce à la retransmission non-officielle des audiences du Conseil Constitutionnel par NajaTV, les Camerounais ont entrevu, le fonctionnement d’une des institutions clés de notre démocratie. Le Conseil Constitutionnel a été pour beaucoup une scène d’un mensonge national.
Mais ce que nous avons vu allait bien au-delà d’une simple procédure juridique. C’était, un affrontement entre le Cameroun que nous avons et le Cameroun dont nous rêvons.
Deux Cameroun irréconciliables : celui de la jeunesse, incarnée par des avocats brillants, éloquents, porteurs d’un espoir démocratique vibrant, et celui, figé, presque engourdie par les formes et les symboles d’un ordre hérité, d’une vieille élite accrochée à ses privilèges, bien décidée à ne rien céder.
Beaucoup veulent déjà tourner la page, passer à autre chose, parler des élections du 12 octobre. Mais comment oublier que ce sont ces mêmes juges du Conseil Constitutionnel que nous venons de voir à l’œuvre qui devront désigner le prochain président ? Qui, honnêtement, les imagine prononcer un autre nom que celui de Paul Biya ?
Mais la question que pose ce procès si on s’en réfère à la Grèce antique qui inspire ici Eboussi, le théâtre auquel on a assisté au conseil constitutionnel fut-il un mythe ou plutôt un dialogue?
Que dit la thèse de Fabien Eboussi Boulaga, « Mythe et Dialogue chez Platon » ?
Eboussi, dans ce travail d’une grande rigueur, distingue deux régimes de pensée : le mythe, qui est la forme close du récit, codifiée dans l’écrit, et le dialogue, qui est l’ouverture de la parole, l’échange vivant et évolutif.
Dans cette perspective, le mythe, tel que le développe Platon et que le reprend Eboussi, est avant tout le lieu du mensonge bien formulé, de la parole qui fascine sans interroger. Le mythe est le récit qui prétend tout expliquer, qui impose un ordre sans discussion, et qui éloigne l’individu de ses responsabilités. Il est le fondement d’un pouvoir qui ne s’ouvre ni à la contradiction, ni à la remise en question.
Le dialogue, à l’inverse, est la parole vivante. Celle qui interroge, qui reçoit et donne des raisons, qui circule entre les interlocuteurs. Eboussi le dit clairement : « la vie, c’est le dialogue », c’est-à-dire une parole ancrée dans l’oralité africaine, où la vérité se construit dans l’échange et non dans l’énoncé figé. La parole est ici acte de justice : elle « cherche à rétablir l’ordre, à venir en aide à la justice, à restaurer l’harmonie de l’échange et de la compensation ».
Or, que s’est-il passé au Conseil Constitutionnel ? Nous avons assisté à une mise en scène du mythe : une justice sans vérité, une parole sans réponse, un simulacre de débat. Ces hommes, coiffés à l’européenne, drapés dans les formes coloniales du droit, ont récité une fiction écrite d’avance. Ils ont trahi non seulement la jeunesse, mais aussi leur propre culture. Aucun d’eux n’aurait pu jouer cette pièce dans son propre village. Là-bas, on parle, on palabre, on cherche la vérité ensemble. Ici, ils se sont tus.
Eboussi le disait déjà : c’est l’écriture introduite par la colonisation qui a permis le mensonge, la séparation d’avec nos responsabilités, la fascination de l’autorité sans dialogue. Le passage de la parole à l’écrit, loin de nous émanciper, nous a figés dans une posture d’imitation. Et dans cette imitation, nous avons perdu la possibilité d’être justes, d’être vivants.
Ce que nous avons vu au Conseil Constitutionnel, c’est le triomphe du mythe sur le dialogue. Le mensonge sur la vérité. La victoire du Cameroun que nous avons, sur le Cameroun dont nous rêvons. Pourtant on aurait espéré comme le défend Eboussi que dans le mythe il y ai un peu de dialogue et vice versa.
Au vu de ce qui s’est passé, les résultats du 12 octobre risquent fort bien d’être, comme le dit Eboussi, la vérité d’un Cameroun qui se ment et donc d’un Cameroun condamné au chaos.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi dans la rubrique POINT DE VUE
Les + récents
Paul Biya, un président aveugle, sourd, muet.
Aïcha Kadhafi lance un avertissement à l'Iran : « Négocier avec l'Occident mène à la destruction »
Gaëlle Enganamouit : l'ancienne Lionne Indomptable serait devenue maman de jumelles
10 rapatriés des États-Unis libérés après une détention secrète et discriminatoire
Quand Célestin Monga passait au crible la politique du Renouveau de Paul Biya dans le Messager
POINT DE VUE :: les + lus
Cameroun,33 ans de pouvoir: Les 33 péchés de Paul Biya
- 10 November 2015
- /
- 106446
LE DéBAT
Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- 17 December 2017
- /
- 229851
Vidéo de la semaine
évènement
