L'apprentissage de la langue chinoise au Cameroun
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L'apprentissage de la langue chinoise au Cameroun :: CAMEROON

Depuis dix ans, le système scolaire a largement pris le relais de l’Institut Confucius pour l’enseignement du mandarin, qui séduit de plus en plus de jeunes.

« Ni hao ! », lance Etienne Songa aux cinq étudiants présents au cours de conversation en mandarin. « Ni hao », lui répondent-ils en ouvrant leur cahier. Malgré l’absentéisme qui ampute l’effectif de dix-sept étudiants, l’ambiance est studieuse. « Ici, les élèves sont des travailleurs, explique M. Songa. Ils composent avec leur charge de travail mais sont très motivés. »

Ce jour-là, dans l’un des petits boukarou (pavillon) de l’Institut des relations internationales du Cameroun (IRIC), situé sur les hauteurs de la capitale camerounaise Yaoundé au milieu des pins, des hibiscus et des ravilas, on débrouille les subtilités du présent continu : « Wo zaï shankè ne », « Je suis en train de faire cours », plaisante le professeur, qui est aussi coordonnateur des activités de langue et de culture chinoise de l’Institut Confucius local.

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La majorité des adultes qui suivent ce programme spécialement conçu pour eux travaillent dans les ministères ou la fonction publique comme employés, cadres ou ingénieurs et voient leur formation entièrement prise en charge. En maîtrisant le mandarin, ils espèrent trouver un meilleur poste, intégrer l’une des 172 entreprises chinoises présentes au Cameroun (selon les données de l’Institut national de la statistique datées de 2018) ou carrément s’expatrier.

« La Chine me fait rêver »
« La Chine me fait rêver. J’aime sa culture, ses films. Elle défend la richesse de ses traditions. C’est un pays parti de rien qui a réussi à se développer tout seul », explique Larissa Bilounga, 27 ans, venue en uniforme de gendarme. La jeune femme aimerait devenir traductrice dans la coopération sino-camerounaise. « Si je bosse bien mon mandarin, ajoute-t-elle, je pourrai demander une bourse. M’installer en Chine avec mon mari et mes deux enfants ne me fait pas peur ! »

A ses côtés, Ernest Nyambot, 28 ans, employé au secrétariat d’Etat à la défense, voit dans l’apprentissage du chinois une possibilité de « booster sa carrière ». Marie-Théophile Sanama, elle, vise plus loin que ses responsabilités au sein des affaires générales de l’IRIC et voudrait faire « du business avec les Chinois » pour s’assurer une retraite confortable. « C’est une semaine passée à Shanghaï pour un séminaire sur l’éducation qui m’a décidée, se souvient la quinquagénaire au boubou bariolé, qui finance elle-même sa formation. Il faut compter 100 000 francs CFA (152,44 euros) par trimestre, une somme bien supérieure au revenu mensuel moyen (73 188 francs CFA).

Depuis la création de l’Institut Confucius de Yaoundé en 2007 − deuxième du continent après celui du Kenya en 2005 −, le mandarin a le vent en poupe. En 2015, son directeur, Yu Guoyang, évaluait à plus de 30 000 le nombre d’étudiants formés depuis son ouverture et celles des annexes de Douala et de Maroua, précisant que, « le nombre d’inscriptions augmentait de mille élèves par an ». Des chiffres qui se sont érodés au fil de la crise du Covid et la fermeture provisoire des classes. Les professeurs chinois n’ont pas encore eu le feu vert de Pékin pour revenir au Cameroun et continuent d’enseigner via WhatsApp.

« Même si les cours à distance en ont découragé certains, ce n’est que conjoncturel, assure Didier Nama, docteur ès mandarin et linguistique appliquée, diplômé de l’Université des langues et des cultures de Pékin, aujourd’hui enseignant à l’Ecole normale supérieure (ENS) de Maroua. La tendance des inscriptions est franchement à la hausse. Mais aujourd’hui, ce n’est plus l’Institut Confucius qui porte l’essentiel de l’enseignement du mandarin, c’est tout le système d’éducation. »

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