PREDICATION DU DIMANCHE 24 OCTOBRE 2021 Rév. Dr Joël Hervé BOUDJA
FRANCE :: RéLIGION

FRANCE :: PREDICATION DU DIMANCHE 24 OCTOBRE 2021 Rév. Dr Joël Hervé BOUDJA

 Textes : Jérémie 31, 7-9 ; Hébreux 5, 1 – 6 ; Marc 10, 46b - 52  

Dans la vallée du Jourdain, la magnifique oasis de Jéricho, célèbre pour ses baumiers et ses lauriers-roses (Sir 24, 14), est le lieu où les voyageurs bifurquent vers l’ouest et entament la dure montée qui les conduira à la capitale. Pâque est maintenant toute proche et c’est en foule, dans l’allégresse et les chants, que les gens suivent ce Jésus annoncé comme le messie. Ah que l’espérance est violente ! Jéricho, est la 1ère ville que les Hébreux, menés par Josué, rencontrèrent en entrant dans la Terre promise et on connaît le célèbre et légendaire récit de sa conquête où les 7 liturgies finirent par provoquer l'écroulement des remparts de la cité (Josué 6). Aujourd'hui Jésus, d'une simple parole, détruit les voiles opaques qui empêchaient Timée de voir. Chers frères et sœurs, Permettez-moi de commencer par vous poser une petite une question.

Savez-vous ce qu'est l'ochlophobie ?  Je vois que personne ne lève le doigt, alors je vais vous donner la réponse. L'ochlophobie est la peur de la foule, tandis que l'agoraphobie est simplement la peur des grands espaces. Les ochlophobes voient dans la foule un poids, ils voient dans le regard des autres une compression, voire une oppression. Et un des symptômes de l'ochlophobie, curieusement, est que ceux qui en souffrent finissent par ne plus distinguer clairement ce qui les entourent. Leur vision est comme troublée !  Parce qu'ils ne voient que la foule, ils ne se voient plus eux-mêmes comme sujet. Dans le récit d'évangile que nous venons d'entendre, l'aveugle Bartimée semble dans un premier temps confronté au poids de cette foule versatile, qui veut d'abord le faire taire. Il est sur le bord du chemin, comme s'il était ochlophobe. Enfermé dans son manteau de victime, il ne voit pas. Il ne peut voir, comme si le poids écrasant de la foule l'empêchait d'avoir un regard personnel sur sa réalité, comme si la seule vision acceptable était celle de la masse.

Toutes et tous, nous pouvons parfois à des degrés divers, souffrir du poids de la masse versatile, être victimes des opinions, des majorités, de ce que nous n'avons pas choisi.  Nous pouvons parfois nous trouver sur le bord de la route, à cause des clichés d'une identité qui nous serait imposée. «Oh celui-là, c'est uu «Oh, celle-là, c'est une véritable.

Je vous laisse remplir les blancs. «Celui-là, c'est bien le fils de Timée…». Il y a toujours comme un désajustement entre ce que nous sommes vraiment et ce que nous sommes pour les autres. Mais aujourd'hui, que nous sortions de Jéricho avec la foule, ou que nous soyons assis au bord du chemin comme Bartimée, nous avons à nous relever pour quitter ces visions obliques, qui peuvent soit nous limiter, soit enfermer les autres, afin d'acquérir une vue droite pour marcher sur le chemin ouvert par Jésus. Nous relever, c'est-à-dire partir sur notre propre chemin d'humanité. Dans le récit, Bartimée passe par une série de renaissances. Il est décrit tout d'abord comme ‘’mendiant aveugle’’, puis comme un ‘’aveugle’’, puis comme ‘’homme’’. Si on reprend le fil du récit, une fois l'appel lancé par Jésus, il n'est plus décrit comme mendiant, peut-être parce qu'il a été entendu. Mais, bien plus, une fois son manteau tombé, il n'est plus présenté comme aveugle. Il devient homme.

C'est finalement son manteau qui lui couvrait la vue. Le manteau des clichés, le manteau de victime, le manteau de ceux qui sont en marge et que la foule n'intègre pas. Notre chemin d'humanité passe donc par une série de renaissances. Nous avons donc à laisser tomber notre manteau, nos manteaux. Au temps de Jésus, le manteau était un des seuls bien propres dont on ne pouvait être dessaisi, et qu'il était interdit de prendre en gage plus d'un jour. Le manteau est donc le symbole de ce que la foule considère comme le bien propre, mais qui n'est finalement qu'une identité de superficie, imposée de l'extérieur, et que Jésus ne nous invite pas à subir. Aujourd'hui, sur notre chemin d'humanisation, nous sommes invités à faire confiance, c'est-à-dire sortir de notre identité donnée par les autres, pour faire naître une identité toute personnelle donnée à l'autre. C'est cette route de confiance et de foi que nous sommes invités à suivre. Dès lors, dans le récit, ce qui sauve Bartimée n'est certainement pas le regard progressivement positif de la foule, qui reste versatile ! Nous avons à découvrir que comme Bartimée, ce qui sauve est toujours la confiance d'une relation personnelle. C'est cela qui nous donnera notre véritable identité, dans laquelle l'authenticité et la vulnérabilité feront tomber nos manteaux.  C'est en s'ouvrant à l'autre en tant qu'autre, et non aux autres en tant que groupe que nous pouvons nous relever.

«Que veux tu, que je fasse, pour toi?», nous dit Jésus. Dès lors, quittons l'ochlophobie qui peut sommeiller en nous, pour entrer dans l'ouverture et l'amour de l'autre en tant que sujet. L'amour d'autrui en tant qu'autre, l'inverse de l'ochlophobie, n'est pas l'haltérophilie même si nous avons tous des poids à relever. En réalité, l'antidote de l'ochlophobie, c'est l'ouverture à l'altérité d'une relation personnelle, l'allophilie : l'amour de l'autre en tant que prochain, dans sa différence personnelle.

Soyons alors des allophiles, des hommes et des femmes qui découvrent que ce n'est qu'en se dévoilant qu'ils peuvent marcher sur le chemin de la relation à l'autre, afin de passer chaque jour d'une identité donnée par les autres à une identité du don à l'autre.   Bien-aimés dans le Seigneur, Quand j'étais petit, je rêvais d'une moto. Mais hélas, mes parents nous avaient déjà signifiés même à l'âge de 8 ans qu'il n'était pas question qu'une mobylette voire une moto entre un jour dans leur maison. Pas de mobylette, pas de moto. Hélas pour eux, déjà à cette époque j'aimais avoir le dernier mot. Puisque je ne pouvais pas avoir de moto, il ne me restait qu'à en fabriquer une.

C'est ce que je fis avec quelques pinces à linge et des cartes à jouer. J'accrochai donc avec les pinces les cartes aux fourches du vélo. Les cartes frottant les rayons des roues, cela faisait vraiment le bruit d'une moto même s'il me fallait encore pédaler. Vous auriez entendu le bruit des motos des enfants du quartier. Un vrai tintamarre. Et nous criions de bonheur sur nos engins supersoniques. On criait, on criait à en énerver les grands qui nous demandaient de nous calmer. Pourtant qu'est-ce que c'était gai de pouvoir crier de la sorte. Aujourd'hui encore je trouve le cri important. N'ayez pas d'inquiétude, même si aujourd’hui j'ai un vélo, je ne viendrai pas perturber votre tranquillité. Non mes cris ont changé. Ils sont plus variés. Il y a les cris de joie, les cris de bonheur. Le cri, c'est un peu la vie ; n'attend-on pas que le bébé crie lorsqu'il naît pour se rassurer que sa respiration se mette bien en route ? Il y a aussi les cris liés à la surprise, à l'étonnement : le fameux "boum fais-moi peur" en cas de hoquet. Il y a également les cris de colère.

Ceux-là je les aime moins, même si j’en fais parfois. Je trouve qu'ils font très peu éduqués. Puis il y a aussi les cris de révolte, d'incompréhension. Ces derniers sont importants, essentiels. Osons crier ce qui nous dérange, ce qui nous paraît impossible, incompréhensible. Nous sommes en droit de tenter de comprendre pour mieux vivre avec nos souffrances. Le cri fait bien partie de la vie. A l'image de celui entendu dans l'évangile de ce jour. Comme Bartimée, nous ne voyons pas Dieu. Il n'est pas visible comme tel à nos regards. Il vit au-dedans de nous, au plus profond de nos êtres. Nous devons donc crier vers lui pour qu'il nous entende. Notre cri dans la foi doit faire écho en Dieu et cela ne peut se vivre que dans la confiance et l'espérance. Il n'y a rien de pire que de découvrir que notre cri n'a comme unique réponse le silence, le vide.

(Un peu à l'image du GSM qui est coupé, comme s'il fallait que l'autre réponde toujours quand nous le souhaitons). Crier vers Dieu tant sa joie que son désarroi n'est pas déplacé mais réalité de ce qui peut nous habiter. Le cri est de la sorte une invitation à ne pas se taire, à ne pas nous enfermer dans une spirale de questions restées sans réponse. Il est appel. Un appel de la vie à la vie. Une nécessité nous permettant tout simplement de continuer à respirer. C'est un échauffement qui nous fait du bien, le départ d'une démarche. En effet, Bartimée ne s'est pas simplement contenté de crier. Il s'est levé et puis il a dû se taire pour pouvoir se diriger et partir à la rencontre de Jésus, celui-là même qu'il reconnaissait comme Fils de David, c'est-à-dire Fils de Dieu. Selon cette dynamique évangélique, un cri ne peut s'enfermer dans un cri, sinon il devient une plainte lancinante, une paralysie d'enfermement sur soi et ses problèmes. Un cri se dit, un cri se crie et puis silence.

Au cri, suit l'écoute attentive, le désir de percevoir la brise légère qui conduit immanquablement à Dieu. Il devient cette respiration entendue comme invitation à se lever, à avancer et partir à la rencontre du Fils sur notre propre chemin. Dieu le Fils, nous accompagne sur la route de nos vies malgré tous les bruits existants. Il se tient près de nous, en nous. Et il attend, il attend patiemment notre cri, celui du désir de le rencontrer, de le découvrir, de l'aimer.

Dans cette rencontre, dans cet apaisement, Jésus le Fils nous guérit de nous-mêmes, c'est-à-dire de tous nos aveuglements, de toutes ces certitudes ancrées en nous ainsi que de toutes nos duretés, nos intransigeances. Il nous désaveugle de tout ce qui nous encombre pour nous éclairer de la vraie lumière, l'unique. Celle qui illumine les êtres que nous sommes. Une lumière merveilleuse qui conduit au bonheur mais au bonheur en Dieu. Alors si parfois nous avons l'impression que nous vivons un peu trop dans nos ombres, que l'amour n'est pas au cœur de nous-mêmes, que nous n'arrivons pas à nous réconcilier, que nous nous enfermons dans nos nocturnités, retournons-nous vers Bartimée et crions avec lui vers le Christ pour qu'il nous dise : "va, ta foi t'a sauvé". Alors nous aussi nous verrons.

Amen.   

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