Grogne sociale : Après Akom 2, voici Minta !
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Les chefs traditionnels de cet arrondissement situé dans la Haute-Sanaga donnent 15 jours au gouvernement pour rétablir l’électricité dans leur localité.

Les populations de Minta, dans le département de la Haute-Sanaga (Centre), promettent « d’en découdre » avec le concessionnaire du service public de l’électricité, Eneo Cameroon S.A, « si rien n’est fait » dans l’optique du rétablissement de l’électricité dans cet arrondissement. Dans une correspondance incisive adressée le 11 octobre dernier au Premier ministre avec ampliations au secrétaire général de la présidence de la République (un fils de la localité), au gouverneur de la région du Centre, entre autres personnalités, les chefs traditionnels de 1er et 2e degrés de cette unité administrative disent leurs populations excédées par l’incurie des dirigeants face à leurs plaintes au sujet de l’absence totale d’électricité dans leur localité depuis 17 ans. Ces revendications interviennent moins de deux semaines seulement après que les populations des villages situés le long de la route Ebolowa-Aloum, dans la région du Sud, ont crié leur colère et obtenu du gouvernement le déblocage en urgence de 200 millions Fcfa pour l’électrification de leur localité.

Elles avaient détruit plusieurs ponts en bois et abattu des arbres sur la voie publique, rendant impossible la circulation pendant toute une journée. Une mission interministérielle conduite par le ministre de l’Eau et de l’Energie, Gaston Eloundou Essomba, et le ministre d’État, ministre de l’Enseignement supérieur, Jacques Fame Ndongo (en tant qu’élite du coin), avait été dépêchée sur le terrain pour négocier la levée des barricades. Dans la foulée de la promesse gouvernementale d’électrifier ces villages situés entre Ebolowa et Akom 2, les autorités ont rassuré les populations quant au lancement prochain des travaux de bitumage de l’axe Ebolowa-Akom 2-Kribi (180 kilomètres), projet vieux de plus 50 ans et qui nécessite 180 milliards Fcfa de financements.

Si certains créent un lien de causalité entre la promptitude des pouvoirs publics à satisfaire les revendications formulées par ces populations, ou du moins les promesses faites dans ce sens, et l’appartenance du président de la République, Paul Biya, à la région du Sud, lecture pour le moins biaisée au vu du niveau d’enclavement de cette partie du pays dont le fils est chef de l’État depuis bientôt 40 ans, il n’en demeure pas moins que la proactivité du gouvernement sur ce dossier peut avoir ouvert la boite de Pandore. Avec l’effet amplificateur extraordinaire des réseaux sociaux, le risque est grand que ce type de revendications fassent tache d’huile, dans un pays où la réalité en termes de satisfaction des services sociaux de base peine à trouver un minimum d’équilibre dans les centres urbains, tandis qu’elle demeure catastrophique dans l’arrière-pays.

Première dame

Dans son rapport 2019 de suivi de l’Objectif de développement durable (ODD) 7 publié l’an dernier, la Banque mondiale indique que le taux global d’accès à l’électricité au Cameroun est passé de 41% en 2000 à 61% en 2017. Dans le détail, 93% des personnes installées dans les zones urbaines ont accès à l’énergie électrique contre à peine 21% en milieu rural. Pour ce qui est de l’eau potable, moins de 60% de la population en zone urbaine y a accès. En 2019, l’ONG African Center for Advocacy (ACA) révélait qu’en valeur absolue, près de 9 millions de Camerounais n’ont pas accès à un service d’eau potable. La situation est plus dramatique dans l’arrière-pays. Illustration : dans le Nord, 80% de personnes boivent une eau d’origine douteuse provenant principalement de sources non aménagées. Même en matière de services d’aménagement, l’explosion de la demande sociale est réelle.

Elle a davantage été accélérée par la crise multiforme que traverse le Cameroun depuis quelques années, laquelle a fortement réduit la marge de manœuvre du gouvernement en matière d’investissement public. Après l’exemple d’Ebolowa, la revendication absolument légitime des chefs traditionnels de Minta, si elle venait à trouver un écho favorable sous 15 jours, est d’autant plus susceptible d’inspirer les populations d’autres localités du pays qu’elle vient du département d’origine de la première dame, Chantal Biya, et du ministre d’État secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh, entre autres piliers du pouvoir.

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