"LE DIVORCE" THEME DE LA PREDICATION DU JOUR PAR LE REV. DR JOËL HERVE BOUDJA
FRANCE :: RéLIGION

FRANCE :: "LE DIVORCE" THEME DE LA PREDICATION DU JOUR PAR LE REV. DR JOËL HERVE BOUDJA

Textes : Marc 10, 2-16

Ce passage d’évangile comme beaucoup d’ailleurs, est riche de contrastes. Il y est question de prescription, d’endurcissement, de mise à l’épreuve mais aussi d’attachement, d’union, d’accueil, d’embrassade, d’imposition des mains… Alors que nous allons réfléchir à la question du divorce, il est bon de considérer cette double atmosphère qui se dégage du récit, et spécialement la douceur et l’accueil de l’autre… puisque c’est à elles que depuis le commencement Dieu nous appelle dans la bienheureuse différence sexuelle.  

Or les pharisiens ne se situent pas dans cette dimension. Par leur question, ils ne cherchent pas à ouvrir un avenir mais à refermer un piège, comme souvent. Cf. la femme adultère.

Ce n’est pas tant la situation de détresse d’autrui qui les intéresse que de pouvoir mettre Jésus en défaut et de pouvoir l’accuser de blasphémer, de s’opposer à la religion. Le légalisme et la morale ne savent pas ce qu’est l’amour ! Et nous le savons, il y a des manières de lire la bible qui ne se font pas selon l’Esprit d’amour et de compassion de Dieu pour son peuple, mais selon un esprit de jugement et de condamnation. Dans quel état d’esprit lisons-nous la bible ? *** Les pharisiens ont clairement choisi leur méthode de lecture et ils l’expriment dès leurs premiers mots : « Notre loi… »

Or nous le savons, la loi n’est pas la vie, le principe n’est pas la réalité, la théorie n’est pas la pratique ! S’il suffisait de faire une loi pour que tout s’arrange, cela se saurait ! Notre société n’a jamais fait autant de lois sans résultats, montrant ainsi son impuissance à aborder humainement les questions qui font problème. Dès lors que l’on cherche à se réfugier derrière le texte, la loi, on fait l’aveu d’un terrible désintérêt pour l’homme. Or, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ceux qui se perdaient dans les situations concrètes de leur vie ! Il n’a exclu personne mais, comme à ces petits enfants qui viennent vers lui et qu’il accueille avec tendresse, il a tendu la main à tous ceux qui venaient à lui.

C’est lui aussi qui a résumé la loi, figée en principes et règles, en un seul verbe, actif et vivifiant : le verbe « aimer » ! On peut être contre le principe du divorce tout en étant, en même temps, capable de reconnaître qu’il y a des situations de couple qui sont devenues tellement faussées que le divorce est pour eux une « solution » meilleure que celle de rester ensemble.

Dieu ne nous condamne pas à rester toute notre vie avec une personne qui nous détruit ou ne nous aime pas.  Et quitte à vous choquer, je crois même que dans certaines situations particulières et douloureuses, le divorce est ce qu’il peut y avoir de mieux pour une personne, même une renaissance, une résurrection. *** Les pharisiens interpellent donc Jésus au sujet de la loi. Ce n’est ni la première, ni la dernière fois qu’ils le feront. Rappelez-vous : Un jour, alors que les Pharisiens reprochaient à ses disciples d’arracher des épis de blé pour les manger le jour du Sabbat, Jésus a dit que celui-ci avait été fait pour l’homme et non l’homme pour le Sabbat (Marc 2, 23- 28). Cela signifie que la loi du Sabbat n’avait pas été établie par Dieu pour qu’on en fasse un commandement d’une rigidité telle qu’on en arrive à ce que l’homme soit toujours dans la crainte d’en avoir fait trop ce jour-là, etc., au lieu que le Sabbat serve l’homme, le soulage et le libère.

Il en est de même avec tout commandement de l’Écriture… aussi en ce qui concerne les paroles de Jésus vis-à-vis du mariage et du divorce. L’humain n’a pas été créé pour le mariage, dans le sens qu’il n’est pas supposé devenir prisonnier du mariage, quelles que soient les situations qu’il se retrouverait à vivre, mais c’est le mariage qui a été créé pour participer au bonheur et à l’épanouissement de l’humain. Faut-il alors rester dans cette situation lorsque le projet de vie et de bonheur que Dieu a pour l’homme n’y est plus respecté ? Dieu ne nous condamne pas au mariage ! D’ailleurs, il n’y a pas, à proprement parler d’institution du mariage dans la bible mais la valorisation de la relation amoureuse, de l’harmonie entre l’homme et la femme. Et le récit des commencements nous montre déjà combien cela est difficile entre Adam et Eve !

Combien ce désir de Dieu pour l’homme, d’un bonheur partagé, est si vite compromis… *** Justement, plutôt que de se laisser embarquer dans des discussions sans fin de casuistique (la casuistique est cette partie de la théologie morale qui s’occupe des cas de conscience), Jésus, après avoir fait un détour par Moïse, pose la question des commencements, en remontant au récit de la création. Mais avant de parler des commencements, écoutons cette question de Jésus : « Que vous a prescrit Moïse ? » Et les pharisiens de réciter fièrement une réinterprétation de la loi de Moïse. Comme eux, nous nous enfermons souvent dans nos conceptions, qui sont là pour régler les questions, assurer notre manière de faire, empêcher la vie de parler, figeant les choses dans le statu quo. L’autre est alors un objet que je manipule selon les règles que j’ai posées.

Quelle ouverture y-a-t-il si je commence par poser la question du permis ou pas permis : un cadre de jugement et de condamnation préexiste alors qui fige tout de la relation… En faisant référence à Moïse, Jésus situe cette loi dans le champ de l’histoire. Cela veut dire très clairement que ce qui, un jour, a été, peut, un autre jour, changer. Le passé n’est pas aujourd’hui et aujourd’hui n’est pas demain.

Pour que la parole reste vivante et parle au cœur-même de la vie des hommes, il faut l’interpréter et parfois aller plus loin ; oser risquer une parole qui dérange et bouscule, comme le Christ a si souvent su le faire, sans pour autant abolir la loi mais en la relisant toujours à l’aune de l’amour et de la grâce de Dieu ! La loi ? Oui, mais elle est relative, elle n’est ni première, ni dernière ! C’est ce que montre Jésus en remontant plus haut, plus profond : à l’origine, au commencement.

Là, il n’est plus question de règles mais d’un appel à la vie, d’une promesse, d’un amour, d’une réalité qui nous vient sous la forme d’un don… de la part de Dieu. Alors, oui, Dieu a voulu le couple et la naissance d’un couple est un acte de création riche en promesse de vie, de bonheur, d’amour et de joie. Et le divorce, un acte de décès avec son cortège de souffrance, une fin douloureuse… mais Dieu lui-même a dû s’y résoudre avec son peuple. Relisez les prophètes et vous découvrirez… que Dieu, lui aussi, est un divorcé ! En effet, Il déclare : « …J’ai répudié l’infidèle Israël à cause de tous ses adultères, et je lui ai donné sa lettre de divorce… » (Jérémie 3, 8) Ceux qui ont le jugement trop facile vis-à-vis de toutes les personnes divorcées devraient faire un peu plus attention, car elles risquent de se trouver en porte-à-faux avec Dieu lui-même.

Si on les écoutait, certaines d’entre elles estimeraient peut-être que Dieu ne peut plus exercer Ses responsabilités… car Il est divorcé. Ça fait réfléchir !... *** Mais, rétorqueront certains, Jésus a quand même été très clair au sujet du mariage : « Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a unit ! » Certes, oui, mais c’est oublier que l’on ne bâtit pas une doctrine sur un verset.

Et qu’il y aura toujours un autre verset pour relativiser nos affirmations et nos principes. Prenez, cet autre verset où Paul s’adressant aux chrétiens leur dit que : « Si quelqu’un ne prend pas soin des siens, et principalement de ceux de sa famille, il est pire qu’un infidèle. » (1 Timothée 5, 8) Combien de conjoints ne prennent pas soin de leur famille, la détruisent par leur caractère, leur jalousie, leur égoïsme, etc., brisent leur conjoint et leurs enfants, écrasent leur personnalité et leurs rêves, et sont pour eux une malédiction au lieu d’une bénédiction. J’exagère ? Oh que non ! La question se pose : si l’on ne devait pas se marier avec un « infidèle » doit-on rester à vie avec quelqu’un qui est, d’après la Bible, pire qu’un infidèle ? *** Lorsque Jésus dit : « Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni », il nous montre dans quelle direction aller.

Mais pour qu’un couple marche, il faut que les deux soient dans cette disposition de ne pas séparer ce que Dieu a uni. Et non pas dans la disposition seulement de ne pas se séparer, mais dans celle de faire fonctionner le mariage. La séparation physique n’est souvent que la conséquence de la séparation affective et spirituelle qui est déjà intervenue bien avant. Beaucoup de gens pensent mettre en application le commandement de Jésus de ne pas séparer ce que Dieu a uni, parce qu’ils continuent de vivre sous le même toit, même s’ils n’ont plus rien en commun. Mais aux yeux de Dieu, vu ce qu’ils vivent, la séparation de l’unité d’esprit, d’âme et de corps a eu lieu depuis longtemps.

On peut essayer de se cacher la réalité, on peut essayer de la cacher aux autres, on ne peut pas la cacher à Dieu. Et il ne vaut mieux pas car cela nous fait sortir du projet de Dieu pour nous : à savoir que nous soyons heureux de vivre et de se savoir aimés… comme des enfants ! Que ce soient les blessés de la vie ou ceux qui jugent les autres, tous sont invités à redevenir comme un petit enfant : simple, heureux de vivre, ouvert à la vie, à l’avenir et au bonheur ! Dieu nous encourage tous à redevenir comme un enfant, confiant en son amour riche en consolation et en paroles qui relèvent et nous réinscrivent dans la vie. Car rien n’est jamais définitif.

A chaque mort fait suite un matin de Pâques. A chaque échec, la promesse d’un lendemain nouveau. « Si vous ne redevenez comme un petit enfant… » Le Christ nous invite lui-même à nous approcher de lui, à nous laisser toucher et bénir, à nous laisser redire l’amour inconditionnel de Dieu et son désir de vie pour chacun. Rien ne peut empêcher Dieu de bénir ceux qui viennent à lui. Les disciples veulent écarter les enfants qui viennent vers Jésus, mais Jésus se fâche.

Rien ne saurait être un obstacle trop grand pour nous séparer de lui. L’important c’est de venir à lui et d’être ouvert ! « Celui qui n’accueille pas le royaume (une nouvelle qualité de vie) comme un petit enfant n’y entrera pas ! » Comme un enfant, cela veut dire, à la manière d’une naissance, d’un commencement nouveau, d’une promesse d’avenir et de vie ! Celui qui n’accueille pas le royaume comme un avenir, comme un devenir, comme une promesse d’amour, celui-là ne peut pas entrer dans le « royaume », dans ce désir de bonheur et de vie que Dieu a pour l’homme. Mais pour « entrer », il faut se mettre en marche, accepter d’avancer, de se mettre en mouvement, de changer, de faire confiance aussi. Il faut se déplacer, aussi dans ses jugements, dans son cœur et dans sa tête, il faut pousser les portes qui enferment et séparent, il faut croire que Dieu fait toute chose nouvelle pour soi-même et pour les autres.

Amen 

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