LA DEPUTE NOURANE FOSTER ET SES POLICIERS: QUE RETENIR? PAR CALVIN DJOUARI
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FRANCE :: LA DEPUTE NOURANE FOSTER ET SES POLICIERS: QUE RETENIR? PAR CALVIN DJOUARI

Tout est merveilleusement petit dans notre pays. Une élue de la nation qui humilie un agent de l’ordre, et qui se fait elle-même humilier par la suite, nous rend tous hébétés. Nous sommes en plein cœur de la ville de Bafoussam. Semble-t-il, non loin de là, la communauté musulmane est rassemblée.

Un dispositif de sécurité est posé pour empêcher que le passage des voitures ne trouble la séance de prière qui s’y déroule. Arrive la députée Nourane Foster dans une voiture blanche en compagnie de son mari qui veulent passer par là. « Une prière est en cours… ils sont nombreux… le moindre dégât retomberait sur notre tête… nous avons reçu les ordres de ne laisser passer aucun véhicule… on vous suggère de contourner cette voie, pour vous rendre à l’autre bout du chemin » disent les policiers à l’honorable.    

La députée se présente et refuse de faire ces contours. Elle demande à passer avec injonction. Paradoxalement elle n’admet en aucun cas qu’elle soit empêchée par des policiers de continuer son chemin. « Elle est députée » répète-t-elle à chaque fois. Le ton des deux côtés monte.  Il faut noter que la barrière ici, est comme un arrêté préfectoral ou une circulaire. Donc, c’est valable pour tous ceux qui sont présents en ce moment dans la ville. Les policiers ont reçu des ordres, et ils obéissent à ces ordres.

S’ils laissent passer une voiture et par la suite un incident se produit, ils seront sanctionnés. Voilà devant eux, une députée. Mais ce n’est pas parce qu’elle est députée qu’un dégât ne peut s’y produire.  Malgré l’obstination des policiers, elle veut foncer, pendant qu’on trimballe son mari, ce qui n’est pas une bonne chose.  Mais l’esprit mégalomane des députées femmes va passer à l’offensive. « Pas possible » crie-t-elle.    

Le policier représente la puissance publique, il a reçu l’ordre, et le député qui joue sa personne, et son personnage met en avant son statut. Tous deux souffrent du même supplice en même temps qu’ils sont consternés. Les policiers sont des agneaux grillés, ils ne respectent que leur instinct.

Quand les femmes ont le pouvoir ça peut les troubler, les rendre folles, il y a des étincelles de la résurrection du passé qui resurgissent en elles. Pour elle, l’immunité parlementaire qu’elle détient aux yeux du peuple ne peut être celle du policier. Elle ne craint rien, alors il faut agir. Elle sort de son véhicule et échange durement avec les policiers. Son attitude a fait le policier lui dire « député de macouille » ainsi donc, le policier ne s’adresse plus à un seul député mais à tout le corps législatif.   Ici il se pose un petit problème de pouvoir. Qui a raison ? Les policiers sont généralement des personnes hostiles. Ils n’ont pas de conscience, leur conscience, c’est l’assurance de leur chef. La députée représente le peuple qui l’a élue, c’est elle qui élabore les lois, elle doit savoir respecter les lois, puisqu’au Cameroun la loi est impersonnelle.

Or pour elle, le fait d’être députée lui donne le droit d’outrepasser les règles dictées par la société.  Et c’est là qu’entre en jeu ce que la science nous a appris. Le pouvoir est une chose étrange, il n’est pas fait pour les petits d’esprits, il doit être encore entretenu et l’assurance du pouvoir, pour ne pas perturber l’ordre public, est la durée. Donc la maturité. Le pouvoir a besoin d’être structuré autour des idées matures, c’est la grande difficulté des leaders africains qui ont eu le pouvoir tôt. Ils ont été héroïques, mais on les a toujours vite écartés.

On sent dans l’attitude de la députée sa soif du pouvoir. « Je suis députée », c’est dire que vous devez vous mettre au garde-à-vous, je passe. Alors le policier lui rappelle simplement, et qui est un grand enseignement, « si tu ne te respectes pas, on va vous manquer du respect », jusqu’à ce niveau-là, il n’y a aucun problème. Nourane est une femme pugnace, sûre d’elle. Elle n’a de leçon de courage à recevoir de personne. C’est quand elle sort de sa voiture, déterminée, que les gestes indignes se produisent. Elle pousse avec dédain l’un des policiers, et dégage la table de la route, ce qui oblige le policier à la bousculer vigoureusement. En effet, ce n’est pas glorieux ce qu’on a vu ni pour l’une, ni pour l’autre.    

Les policiers il faut le reconnaitre, sont des personnes simples d’esprit, calmes, humains et quand tu parles calmement ils t’écoutent. Ils t’aident même, ils te rendent service, si un policier te refuse un service, c’est qu’il ne peut pas. J’aurai été à la place de la députée, je me serai présenté, je les aurais félicités pour ce temps valeureux qu’ils passent sous le soleil afin de protéger les citoyens, je les aurais « foirotés » pour afin poursuivre ma route telle qu’ils m’avaient indiqué. Toute la ville aurait entendu parler de mon geste, mon nom serait chanté, la prochaine campagne électorale garantie parce que je sais qu’au commissariat les petits policiers ne cousent pas leur bouche. Les élus doivent montrer le bon exemple.  

Oublier à un jour, ce pourquoi on avait demandé à être voté est la tragédie du roi Christophe. Nourane Foster est pourtant une belle députée, la fine fleur de notre hémicycle, une plante du PCRN, une brune bien bâtie aux yeux noisettes ; seulement elle est un peu sans retenue quand elle arrive devant un policier. Quand on est députée chaque citoyen est une personne, il faut le respecter.

Quand on veut tester une personnalité d’honneur, ou une personnalité puissante, on la met en face des choses simples. Elle se serait retrouvée devant les commissaires, elle n’aurait pas agi de la même façon.   Restons là et que cela nous instruise jusqu’à la prochaine gaffe humaine, qu’on ne peut prévoir quand elle arrivera, mais qu’on sait qu’elle arrivera toujours, afin qu’elle serve à ceux qui ne connaissent que les théories philosophiques, et ignorent la pratique humaine.

Dans un pays compliqué comme le nôtre, le député comprendra un jour que son pouvoir s’arrête là où commence celui d’un policier.   

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