Jean Michel Nintcheu : « Il faut densifier considérablement la notion de séparation des pouvoirs »
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« Il faut d'abord intégrer le fait que la mise en sommeil des Constitutions en Afrique n'est que la conséquence des dictatures propres aux règnes civils anachroniques qui présentent la triste particularité d'instituer les méthodes d'autoritarisme pour se maintenir au pouvoir à tout prix et à tous les prix.

Dans ces pays de démocrature où il y a toujours des élections dont le vainqueur est connu d'office à savoir le président sortant, la Constitution n'est qu'un bout de papier rempli d'encre qui abrite le pouvoir personnel d'un seul individu. Quand bien même d'autres pouvoirs y sont mentionnés, il y a toujours un écart considérable entre la lettre de la Constitution et la réalité politique. 

Très souvent, ces constitutions sont le fait des cortèges d'arrangements sur fond de duplicité et de mesquineries entre de petits groupes. Pour que la Constitution ne se résume plus à de l'encre sur du papier, elle doit être généralisée et impersonnelle. Il faudra rendre impossible toute modification de la constitution ayant pour finalité de remettre en question le principe de limitation des mandats présidentiels ,ensuite l'arrimer aux normes internationales en matière de démocratie et des droits de l'homme qui se résument à extirper les germes d'instabilité et les gangrènes potentiellement explosifs du présidentialisme qui y sont contenus. Pour endiguer la dérive monarchique du pouvoir présidentiel, il faut densifier considérablement la notion de séparation des pouvoirs.

Y ajouter la Déclaration universelle des droits de l'homme et du citoyen pour permettre à tout citoyen de pouvoir contester toute violation de la Constitution qui se fait de manière à servir et à protéger uniquement les intérêts du Prince ou/et d'un groupuscule agrégé autour de sa personne. 

La protection du juge constitutionnel doit être renforcée. En dehors des cas d'empêchement dûment constatés, le mandat du juge constitutionnel doit être illimité. Les procédures de révision de la Constitution doivent permettre au justiciable de contester la constitutionnalité de la loi fondamentale qui lui est applicable au cas où elle porte atteinte aux droits et libertés que la Constitution lui garantit. Il faudrait à cet effet faire sauter la disposition de l'inconstitutionnalité "verrouillée" pour permettre de faire échec au principe de l'incontestabilité de la loi promulguée. Dans nos pays africains, la première démarche de stabilité consiste à mettre sur pied une conférence constitutionnelle - regroupant toutes les forces politiques et la société civile qui comptent-qui va faire des propositions qui seront soumises au peuple pour adoption par voie référendaire et non par voie parlementaire dont les résultats seront connus d'avance. 

Le peuple doit directement s'exprimer sur la Constitution qui est la loi fondamentale d'un pays. La procédure parlementaire doit être proscrite en cas de révision de la Constitution liée au mandat et aux prérogatives du Président de la République. Encore que dans le contexte actuel de la plupart des pays africains, la règle c'est la démocrature qui est en réalité une dictature revêtue des oripeaux d'élections régulièrement truquées par les monarques régnants.

Au Cameroun notamment, aucun esprit rationnel ne peut prétendre que l'Assemblée nationale représente le peuple et le Sénat, les collectivités territoriales décentralisées. Évidemment pour que tout ce qui précède soit possible sans effusion de sang, il faudrait tout d'abord une culture politique, une culture constitutionnelle des constituants qui seront désignés à cet effet, une culture de démocratie et de la primauté du droit sur les considérations personnelles. 

Seul le peuple souverain qui a le dernier mot pour peu qu'il s'y engage, peut contraindre toute la classe politique dans ce sens. Aucune armée au monde, fût-elle surpuissante, n'a jamais eu raison d'un peuple déterminé ». 

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