Mais qui se cache derrière les bendskineurs ?
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Depuis que je vis à Douala, je suis déjà monté sur près de dix mille motos qui ne m’appartenaient pas. Et je commence à mieux connaître les gens qui se cachent derrière les bendskineurs…

Il y a les anciens diplômés

C’est certainement la minorité. Mais à chaque fois que je monte sur un bendskin, le chauffeur va toujours me répéter : « ne me vois pas comme ça sur la moto hein, je suis un ancien diplômé supérieur. »

C’est généralement faux ! Mais force est de constater que depuis que Paul Biya est au pouvoir, le nombre de bendskineurs ne fait que s’accroître. Car les jeunes qui avaient obtenu leur licence ou leur maîtrise (on dit aujourd’hui Master) ou leur doctorat ou leur agrégation se retrouvent régulièrement au chômage, et la plupart se réoriente vers le mototaxi. Il n’est donc pas inenvisageable de rencontrer des bendskineurs qui sont des ingénieurs agronomes, et qui étaient vraisemblablement prédestinés à un meilleur avenir…

Il y a les débrouillards

Les débrouillards sont les plus nombreux. Ce sont ceux qui racontent leur vie (privée, évidemment) à tous les passagers qu’ils transportent. Ce sont ceux qui fantasment sur les jolies filles qui les interpellent et qu’ils essaient toujours de baratiner. Ce sont ces motomans qui font des enfants avec des call-boxeuses en général, et ce sont aussi ceux-là qui enfilent de gros blousons et cela quelle que soit la température incandescente de l’extérieur…

En un mot, ce sont certainement là les vrais bendskineurs : ils sont jeunes, ils sont sales, ils ont une mauvaise odeur, ils n’ont pas une très bonne haleine et ils n’ont pas non plus de permis de conduire. En général ils sont toujours prêts pour la bagarre, et dans ces cas-là ils sont incroyablement solidaires. Ils ont un instinct grégaire qui les amène à se protéger les uns les autres ; car ils ont bien compris que malgré leur indispensabilité dans notre cité, eh bien ils demeureront toujours les marginalisés de notre système.

Il y a les pères de famille

Moi, je me demande ce qu’ils foutent encore là ! Mais dans un pays où le taux de chômage bat tous les records, et où les pensions de retraite et de vieillesse sont distribuées à tête chercheuse, certains vieillards camerounais n’ont vraiment pas la possibilité de pouvoir choisir.

Alors parfois, je monte sur un bendskin, et je tombe sur un septuagénaire. Parfois, je monte sur une moto et je me retrouve à l’arrière d’un arrière-grand-père ! Parfois je stoppe un bendskineur qui aurait pu avoir l’âge de mon grand-père qui est décédé depuis 1973, et puis je constate que ce chauffard n’a même plus assez d’énergie pour pouvoir bien diriger sa propre moto.

Mais hélas, il y a aussi ces pères de famille ! Ils roulent lentement, ils ont de vielles motos bancales en général, et ils ne sont pas très exigeants sur les tarifs que vous leur proposez. Et moi je me pose la triste question de savoir : jusqu’à quel âge vont-ils continuer à exercer un métier aussi difficile et aussi dangereux ?

Il y a aussi les braqueurs

C’est également une minorité invisible. Mais je reste prudent tout de même, chaque fois que je veux emprunter un bendskin à partir de 18h30. Je sais que les braqueurs pseudo-bendskineurs sont très nombreux, ici, au Cameroun. Je sais qu’ils agressent souvent à partir de la tombée de la nuit. Je sais qu’ils transportent leurs passagers dans un coin très obscur de la ville de Douala, et puis qu’ils les poignardent là-bas si ceux-ci tentent de leur opposer la moindre résistance… Tsuip !

Les braqueurs-bendskineurs, on les reconnaît à travers leurs motos qui ont des guidons volontairement bien déformés. Et avec leurs jeux de phares qui clignotent rapidement et qui sont parfois très aveuglants. Et aussi parce que sous leurs gros blousons bien épais, ils y dissimulent généralement de longs couteaux tranchants, ainsi que des pistolets automatiques. Voilà pourquoi je n’aime pas trop bâcher dans la nuit, que j’examine systématiquement le visage de celui qui souhaite me transporter avec insistance, et que je n’aime pas souvent monter derrière une moto lorsque je suis déjà en état d’ivresse…

Cameroun : mais qui se cachent derrière les bendskineurs ?

Donc, depuis que je vis ici à Douala, je suis déjà monté sur environ dix mille motos qui ne m’appartenaient même pas. Et je commence à apprivoiser les individus qui se masquent derrière les bendskineurs…

Mais qui se cache derrière les motos-taxis ? On peut y retrouver des fonctionnaires qui essaient de compléter leur maigre salaire, ou alors des investisseurs comme Pierre La Paix Ndamè qui cherchent aussi à multiplier leur argent de poche.
Qui se cache derrière les motomans ? On peut y retrouver des anciens prisonniers qui sont en liberté conditionnelle, ou encore des anciens commerçants qui se sont subitement retrouvés dans la faillite.
Mais qui se cache réellement derrière la population des bendskineurs, puisque les gens arrivent de tout le Cameroun pour venir pratiquer ce « métier-là », ici, à Douala.

Et c’est pour ça que quand moi je monte derrière un bendskin, les chauffeurs me racontent toujours cela : « Ne me vois pas comme ça sur la moto hein, je suis marié et père de quatre enfants », « Je suis en train de vouloir commencer une formation en électromécanique », « Je viens de lancer le chantier de construction de ma maison à Logbaba. »
Et finalement, personne ne se cache derrière les bendskineurs, puisque ces gens-là m’ont toujours déclaré qu’ils ne comptaient pas terminer leur vie dans cette profession ignominieuse…

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