DIEUDONNÉ TANGUEP WANDJI : Mon 06 avril à moi
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Dieudonné Tanguep Wandji : J’ai risqué ma vie

Le gendarme à la retraite donne sa version des faits du coup d’Etat manqué du 06 avril 1984 où il déclare avoir posé un acte de bravoure qui mérite une reconnaissance. 

En 1984, vous étiez gendarme et en fonction à Yaoundé. Que vous rappelle le 06 avril ?
Le 06 avril 1984, il y a eu une tentative de coup d’Etat. J’étais l’un des principaux acteurs qui a participé à déjouer cette action qui menaçait la paix au Cameroun. Yaoundé était paralysée. Je m’étais impliqué. J’ai risqué ma vie. J’avais 34 ans à l’époque. Ce coup d’Etat qui a avorté a été préparé avant 1984. J’ai eu des informations et je rendais régulièrement compte à mes supérieurs en 1983. L’impact déclencheur de cet évènement a eu lieu en septembre 1983 lorsque le président de la République a convoqué le congrès de l’Union nationale camerounaise (Unc) pour devenir président. Un bataillon de l’armée a pris ses quartiers au « Carrefour Melen » avant le lever du jour non loin de là où l’escadron blindé de l’ex-Garde républicaine avait sa base. Le rapprochement de ce bataillon m’a semblé suspect et pouvait bloquer ce corps d’élite qui devait protéger le président de la République en cas de problème. J’ai rendu compte une fois de plus à mes chefs. Quelques temps après, il m’est revenu qu’on a vu une trentaine de prêtres dans une chapelle à Ahala et tous parlaient le fulfulde. J’ai vite compris que c’était de faux prêtres. Lorsque j’ai eu l’information sur le coup d’Etat, j’ai rendu compte aux chefs. Le coup d’Etat devait avoir lieu le 20 mai 1984. 

Le 06 avril n’était donc pas la date initiale ?
Ceux qui préparaient le coup d’Etat voulaient cribler la tribune présidentielle de balles. Selon mes informations, il y a eu changement parce que tous n’étaient pas d’accord sur la méthode (forte ou douce). Le camp favorable au coup d’Etat sans effusion de sang l’a emporté après un vote. Ayant ces informations, j’ai rendu compte à un garde rapproché du président qui s’appelle Paul Samba. Il est aujourd’hui à la retraite. Je lui ai dit que le coup d’Etat pourrait avoir lieu à tout moment. 

Le jour dit qu’avez-vous concrètement fait ?
Le 06 avril, vers 04h 25, j’ai entendu le premier coup de feu. J’habitais l’escadron mobile N°1 vers le Lycée Leclerc. J’ai fait la formation militaire à mon niveau pour mieux intervenir en cas de guerre. J’étais dans la gendarmerie. Aucun chef n’était présent. Yaoundé était paralysé. De nombreux officiers sont allés se cacher. Il n’y avait que les gendarmes au camp. Je suis sorti pour voir ce qu’il se passe. Il y avait les chars qui montaient et descendaient. Un de ces engins était conduit par un commissaire et ça m’a semblé bizarre. Le char voulait bombarder la maison d’un général. Je me suis approché et j’ai échangé avec ledit commissaire. Il a décroché et quelques minutes après, j’ai vu un des véhicules du général en question, j’ai dit au caporal qui le conduisait d’aller dire à son chef qu’il y a coup d’Etat qu’il doit chercher à se protéger parce qu’il est recherché. Le soir du 06, lorsqu’on a indiqué dans le discours que c’est la gendarmerie qui a organisé le coup d’Etat, j’ai été choqué. J’ai rassemblé quelques camarades et j’ai pris le commandement le week-end (du 06 au 08 avril). J’ai donc décidé de me rendre à Obili dans le quartier général des assaillants. 

Une fois sur les lieux, je me suis introduit dans le grand bâtiment, j’ai vu plusieurs officiers retenus dans des chambres. Il y avait également les deux épouses d’un général. Après j’ai fait le tour. J’ai vu un mortier qu’ils étaient en train d’alimenter. Dans leur garage, il y avait au moins 300 gendarmes captifs. Il y avait aussi une centaine de postes de contrôle et les sentinelles avaient des armes lourdes. Yaoundé était dans la psychose. Femmes et enfants avaient regagné le camp. L’armée régulière avait déployé des équipes. Yaoundé était fortement militarisée. Après cette infiltration, je suis rentré au camp et j’ai fait le rapport toute la nuit avec des croquis qui indiquaient les positions. J’ai indiqué comment l’armée régulière pouvait opérer sans causer des pertes en vies humaines. Le lendemain matin (07 avril) j’ai envoyé le rapport à la délégation par un commandant que je connaissais très bien. Il se rendait à la délégation et j’en ai profité. Je lui ai dit qu’il faut que ça aille vite à la présidence de la République parce que les assaillants risquent de mettre leur plan à exécution. Mes consignes ont été respectées, le pire a été évité et le camp adverse a capitulé. C’est moi qui enregistrais ces capitulations et qui faisais le tri. Mon chef direct étant absent pendant les évènements n’est revenu que lundi. Je lui ai fait le rapport. Il a été entendu et plus tard promu. Même celui à qui j’ai remis mon rapport pour la délégation a été promu. Moi j’ai été oublié jusqu’aujourd’hui. C’est injuste. 

Pourquoi parlez-vous d’injustice alors que c’est un devoir de servir son pays ?
C’est un devoir sauf que c’est comme si les chefs ont récupéré mon action. J’ai sauvé la nation grâce à Dieu. En plus, c’est un droit et non une faveur. Dans le règlement militaire, il est prévu qu’en temps de guerre, les militaires qui font acte de bravoure doivent recevoir une médaille de vaillance avec récompense et une citation. Le décret 2007/199 du 07 juillet 2007 qui régit ce règlement dans les forces de défense prévoit en ses articles 92, 93, 94 que tout militaire en service qui pose un acte de bravoure soit récompensé. Durant tout mon service j’ai voulu que le sort soit réparé en vain. Même étant à la retraite depuis 2008, j’ai adressé plusieurs correspondances au chef de l’Etat sans aucune réponse. 

Qu’est-ce que vous espérez ?
Je veux que mon sort soit réparé. Un an après mon départ à la retraite, j’ai été appelé par Dieu. J’ai été récompensé par une institution américaine. J’ai 70 ans, je suis aujourd’hui pasteur et j’ai été doublement décoré par cette institution. Je suis Dr Honoris Causa comme militaire modèle et comme meilleur pasteur des églises de réveil au Cameroun. Awards de l’Excellence : vie chrétienne et vie militaire. 

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