ECRITURE: THEODORA PENDA ATTIREE PAR LES CONTES D'AFRIQUE
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FRANCE :: ECRITURE: THEODORA PENDA ATTIREE PAR LES CONTES D'AFRIQUE

THEODORA PENDA est une auteure  que j’ai connue après la parution de son livre de contes « LES VOYAGES INCROYABLES DE TIK’A KULE. »   Je n’ai, dès lors, cessé d’être conquis par sa plume, les émotions et la sensibilité qui s’en dégagent. C’est pourquoi j’ai eu envie aujourd’hui d’échanger avec elle, pour la présenter à notre grand public si attiré par les contes d’Afrique.  

 Bonjour THEODORA PENDA. On a une question rituelle qu’on pose à toute première rencontre avec une auteure. Peux-tu te présenter à notre public ?

Bien volontiers ! En quelques lignes, je suis camerounaise originaire de la ville de Douala, maman d’une adolescente de 17 ans bientôt. Nous sommes installées à Nice depuis 2012. Auparavant, nous avons vécu à Milan pendant trois ans. Je travaille pour l’Académie de Nice, en tant qu’Assistante d’Education.

  Une camerounaise vient de gagner le prestigieux prix Goncourt des lycéens. Quel commentaire cela t’inspire en tant qu’écrivaine ?

Peu importe d’où l’on vient, lorsque le talent est reconnu, il faut le récompenser. Pour le Cameroun en particulier, c’est un réel motif de fierté. Je souhaite pour notre pays, que d’autres exemples suivent.

Selon toi, pourquoi les femmes sont plongées dans l’écriture ces dernières années ?

 Les femmes ont toujours écrit. L’histoire nous apprend que le premier texte de littérature mondiale remonte IIIe siècle avant notre ère et est attribué à une poétesse et scribe mésopotamienne, En-Hedu-Ana, Cependant, les femmes écrivaines n’étaient pas reconnues en tant que telles car les hommes, tout-puissants, ont tardé à leur admettre l’esprit. Si on constate qu’elles sont de plus en plus présentes dans la littérature, c’est tout simplement parce qu’elles se réapproprient la place qui leur est due.

L’auteur est le mieux placé pour parler de son livre. Peux-tu nous présenter ton recueil de contes ?

 « Les voyages incroyables de Tik’à Kulè » est un recueil de contes de la jungle et de la savane. Il présente ce que le Cameroun a de plus beau : ses forêts. Si les histoires sont imaginées, le décor qui leur a servi de cadre est bien réel. J’ai choisi uniquement les espaces protégés par les organismes de protection de l’environnement, nationaux et internationaux. Certains sont classés patrimoines mondiaux de l’Unesco, à l’instar de la forêt de Korup, dans le sud-ouest. Autre réalité, je donne la voix à un célèbre narrateur aujourd’hui disparu : Célestin Tiki Kullè le diseur-virtuose, qui avait l’art incomparable de « dire » l’épopée fondatrice de la culture Sawa du Cameroun, « Jeki la Njamb’a Inono. »  Dans mon livre, le vieux narrateur fait un voyage initiatique qui traverse le Cameroun du Sud au Nord, et emprunte les chemins de brousse. Il en revient plus éclairé, car auréolé de faveurs secrètes.

Dans quel genre s’inscrit-il ? poétique et prosaïque ?  

Je dirai que l’œuvre est largement écrite dans un style poétique, c’est-à-dire de la poésie en prose.

Qu’est-ce qui te plaît tant dans ce procédé d’écriture ? 

Je recherche avant tout de la musicalité. On dit que la langue française n’est pas musicale. On peut obtenir des sons agréables en faisant se côtoyer des mots qui s’harmonisent bien.

J’ai constaté que dans ton univers littéraire, il y a une réelle recherche dans le choix des mots, des figures de style. Tu fais très attention aux mots dans tout ce que tu écris ?

 Oui, absolument. J’ai besoin de « voir » et « d’écouter » ce que j’écris. C’est de cette manière que le lecteur se construira un imaginaire, voyagera, sentira, entendra. Le plus beau compliment que l’on puisse me faire, c’est de me dire par exemple « quand je te lis, je t’entends ».

Souhaites-tu écrire un message, réveiller les consciences ou simplement faire des contes comme tout autre livre du même genre ?

 Pour l’instant, je n’ai pas le projet de faire de la littérature engagée, même s’il existe de nobles causes. J’aime bien le genre court, il est donc tout à fait possible que d’autres contes suivent. Toutefois je n’exclus pas des romans.

Quand écris-tu ? As-tu un rituel d’écriture ?

 J’écris quand je peux et hélas pas aussi souvent que je le souhaiterais. J’ai une vie extrêmement laborieuse, l’écriture serait un luxe. Je n’ai pas de rituel d’écriture. Trop contraignant. Je déteste vivre au rythme des choses.  J’écris quand j’ai le temps et si je suis inspirée. Comme je ne suis pas prolixe, j’écris lentement. Je peux écrire dix lignes en deux semaines, ou rien du tout pendant des mois. En outre je suis rarement satisfaite, si bien que je me corrige sans cesse.

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Mon monde intérieur. Je vis avec mes semblables, mais je ne suis pas toujours avec eux. C’est cela la magie de l’imaginaire. Cette liberté absolue de créer un univers de s’y retirer et d’en revenir. Comme un appel irrésistible d’un ailleurs tout à la fois proche et lointain.

Rédiges-tu un plan à l’avance ou glisses-tu tes doigts sur la feuille puis sur le clavier ?  

Incontestablement, je fais courir mes doigts d’abord sur la feuille, puis sur le clavier, sans savoir où je vais. Et pour cela, j’ai toujours un carnet ou mon agenda, au cas où il me viendrait   à l’improviste un titre, un groupe de mots ou une phrase. Pour une de mes écritures en cours, vers la vingtième page, je me suis hasardée à un plan. Impossible de m’y tenir. Je fais des rencontres sur la page blanche et rien n’est plus, tout à coup, géométriquement tracé.

Quels sont les auteurs qu’on trouve dans ta bibliothèque ?

Je veux dire tes cinq livres de chevet.  Cinq sur le chevet, c’est plus qu’il n’en faut. A ce nombre, ils trouvent leur place dans ma bibliothèque. J’admets qu’il m’arrive de lire deux ou trois livres à la fois, au gré de mes intérêts du jour. En ce moment, je relis l’œuvre majeure de Bernardin de St Pierre, « Paul et Virginie ». Et comme je suis fascinée par les habitants de la brousse, je lis aussi le best-seller du forgeron allemand Wohlleben « le réseau secret de la nature ». Dans ma bibliothèque, on trouve surtout de la littérature classique française, romans et poésie.  

L’écriture peut-elle être considérée comme une arme de combat ?

Oui, cela est tout à fait possible, si l’écrivain a quelque chose à défendre ardemment. Mais j’aime à penser que l’écriture adoucit le monde, lui offre une nouvelle respiration, comme une bouffée d’oxygène salvatrice.

Théodora dis-moi : est-ce qu’il existe une écriture féminine ?

 Je ne pense pas. Il existe des femmes qui écrivent. La différence entre écriture masculine et féminine est-elle tranchée ? Palpable ? Peut-être bien qu’avec la douceur de caractère qui singularise la femme de l’homme et les mille passions qui agitent son cœur, notre écriture reflète-t-elle notre capacité à traduire les émotions d’une manière particulière ?

Le livre est considéré comme une carte qui guide l’Homme sur le sentier de la vie, ton livre répond- il à cet idéal ?

Je n’écris pas pour répondre à un idéal. J’écris quand je ressens le besoin de partager avec le lecteur ce qui m’anime de l’intérieur. C’est un acte de générosité. Je reconnais néanmoins qu’à l’école de la vie, le conte est la parfaite allégorie qui instruit en douceur.

Si un critique contemporain te déclare : « les contes ne sont plus d’actualité, je n’ai rien à voir avec cela, en tant que lecteur d’aujourd’hui » que lui réponds-tu ?

Les choix de lecture ne se discutant pas, je me garderai fort de discuter les siens. Cependant, l’oral a précédé l’écriture, et nous nous en sommes bien portés. Les moments de contes sont des moments de rassemblement, de liens. Il serait préjudiciable de s’en priver.

Une jeune fille de 15 ans vient te dire : « je veux me lancer dans l’écriture », que lui conseilleras-tu ?

Je ne lui donnerai aucun conseil et je ne lui cacherai pas la vérité : « beau projet. Tu souffriras, tu pleureras, tu sueras sang et eau et si tu as de la chance, tu seras fière de toi ».

Quels sont tes attentes littéraires dans les trois prochaines années ?

J’ai plusieurs écritures en cours, je souhaite faire aboutir l’une d’elle jusqu’à l’édition.

Es-tu une grande lectrice ? Quels sont les livres qui t’ont façonnée ?

Très tôt, j’ai été une dévoreuse de livres, je ne le suis plus par manque de temps. Quand je n’étais qu’une enfant, mon père inondait la maison de livres. J’ai lu tous les livres jeunesse qu’on pouvait trouver dans les centres culturels français, mais il m’en fallait plus. Malheureusement à cette époque, dans mon pays, il n’y avait pas de bibliothèques.  Alors à dix ans, je me suis mise à piocher en cachette dans le répertoire de mon père. J’ai lu tout ce qu’il a lu et il était grand lecteur. Du classique français et d’autres auteurs, toute la collection de Gérard de Villiers (SAS) ainsi que celle de Frédéric Dard (San Antonio), et même des romans érotiques. C’est surtout la bibliothèque paternelle qui m’a donné la passion des mots.

 Votre mot de fin

Ouf ! C’était plutôt une longue interview ! Rires

 Je te remercie d'avoir répondu très sincèrement à nos questions. 

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