Le masque de la crise anglophone : LA CONFÉRENCE DE FOUMBAN
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La "République du Cameroun" telle que nous la connaissons aujourd'hui repose sur une escroquerie, un peu comme l'arnaque du règne de Robert Baratheon dans la célèbre série de Georges R. R. Martin : "Game Of Thrones". 

Pour faire simple, disons qu'avant même de s'attarder sur les derniers événements de 2016 (la sauvagerie policière envers les avocats et enseignants manifestant pacifiquement) qui ont mis le feu aux poudres et radicalisé pour de bon une partie de nos frères anglophones, il convient de revenir aux sources lointaines du problème pour comprendre comment nous en sommes arrivés là. Et l'un des éléments déclencheurs du drame fut la fameuse conférence de Foumban, bien avant notre "ère.".

L'ISCARIOT À MA TABLE

Si vous vous rendez dans le NOSO et interrogez les habitants sur cet événement, vous constaterez que la plupart en gardent un souvenir plutôt amer. Que ce soit la génération actuelle qui en a pris connaissance par le récit, ou la génération qui l'a plus ou moins vécue, les deux régions qui constituaient autrefois le Southern Cameroon n'ont toujours pas digéré le cynique braquage dont fit preuve Yaoundé à cet instant crucial de l'histoire.

Les faits :

La conférence de Foumban se tient du 17 au 21 juillet 1961 dans la ville éponyme (c'est-à-dire du même nom). Elle regroupe la délégation du Southern Cameroon sous la houlette de son premier ministre John Ngu Foncha, et la délégation de la partie francophone conduite par Amadou Ahidjo. Le but est ici de fixer les règles et modalités à la lumière desquelles devra fonctionner la nouvelle République Fédérale à venir.

 En effet, quelques mois plus tôt, (le 11 février 1961), s'est tenu un référendum (très douteux) sous l'impulsion des Nations Unies, qui a vu les deux parties du Cameroun britannique (Northern et Southern Cameroon) prendre des sentiers différents. La première ayant choisi de s'agrafer au Nigeria, la seconde opte pour un ralliement à la République du Cameroun, sous la forme d'une fédération à deux États. Les colosses irrégularités constatées lors de ce "plébiscite" vont constituer la première cassure dans le mariage entre Yaoundé et Buea (alors capitale du Southern Cameroon depuis 1949).
 
Par ailleurs, on oublie souvent de préciser qu'entre le référendum du 11 février et la conférence du 21 juillet, il s'est tenu une rencontre intermédiaire, sous forme de meeting inter-partis entre les différentes mouvances de la zone anglophone, avec l'objectif de discuter des revendications à poser sur la table lors de la conférence de Foumban face aux francophones. Cette rencontre a lieu du 26 au 28 juin 1961 et sera appelée le " Consensus de Bamenda", ville où elle se tient.
Une bonne idée en somme. Toutefois, l'histoire rapporte que John Ngu Foncha, présent à ces pourparlers, va soigneusement garder pour lui le fait qu'Ahidjo lui a déjà présenté (courant mai) une copie de son projet constitutionnel, qu'il a conçu avec l'aide de la métropole française, et qui prévoit la fédération comme une simple transition vers un État unitaire final à moyen terme. Foncha, fervent défenseur de la cause fédérale (au contraire de radicaux comme Emmanuel Endeley qui rêvait d'un rattachement au Nigeria), va garder secret cette information pour des raisons inconnues.

Évidemment, de nos jours, nombre de ses pairs contestent cette anecdote et la réfutent en bloc. Soit ! Mais les conséquences de ce silence inavoué vont s'avérer graves, sinon gravissimes.

LE RIDEAU TOMBE 

La conférence de Foumban voit donc un Ahidjo bien préparé à l'avance et avec une constitution préfabriquée, face à des challengers totalement pris par surprise, et qui n'ont que cinq jours pour prendre connaissance du texte à eux soumis. Quant à la conférence en elle-même, parmi les principales clauses retenues figurent : la fixation d'une date (le 1er octobre donc), la configuration du drapeau (deux étoiles sur le vert), l'hymne national, de même que l'adoption d'une fonction de vice-président (qui sera occupée par le premier ministre du Southern Cameroon) élu au suffrage universel.

Il est également entendu que la fédération ne saurait être remise en cause. Sauf que dans l'absolu, les jeux sont tellement en faveur d'Ahidjo que ce dernier n'aura aucun mal à balayer ces résolutions lors de sa deuxième attaque surprise : le référendum du 20 mai 1972 !  C'est ainsi qu'au terme d'une autre pièce politique très douteuse, l'on passe subitement à la République Unie du Cameroun, avec la disparition de la deuxième étoile, pourtant symbole du fédéralisme.

Fidèle à son banditisme brutal, Paul Biya ira encore plus fort dans le machiavélisme, puisqu'il ne se donnera même pas la peine d'organiser un référendum, même factice. Un simple décret en 1984 fera sauter le terme "unie", pour revenir à l'appellation de départ : " République du Cameroun", comme si rien n'avait changé ! Les anglophones développeront dès lors un sentiment désagréable d'avoir été "digérés" dans l'estomac de l'immense partie francophone, avec la méfiance que l'on connait jusqu'à ce jour.

L'écrivain et historien Enoh Meyommesse revient d'ailleurs fort bien sur ce qu'il appelle un " marché de dupes", dans son ouvrage bilingue intitulé : " Les 3 complices du problème anglophone aujourd'hui", paru le 26 août 2016.

EN DÉFINITIVE : 

Initialement, j'ai toujours été opposé à l'organisation politique d'un État en fonction de son passé colonial. Lors de la chute du mur de Berlin en 1989, l'Allemagne où je vis n'a pas adopté la division Est-Ouest qu'avait subie Berlin lors de la guerre froide entre le communisme du Pacte de Varsovie et l'empire occidental pro-OTAN. Elle s'est bâtie sur  une fédération à 16 États, conformes à ses besoins et ses aspirations. Ainsi, je n'étais pas du tout hostile à la proposition du regretté Bernard Ndjonga du CRAC (Croire Au Cameroun), qui proposait une construction nationale basée sur les propriétés agro-industrielles de chaque région, plutôt que sur des langues étrangères.

Cela dit, il conviendra toujours de retracer l'historique des catastrophes actuelles pour saisir leur origine et mieux appréhender leurs solutions. Sur le plan politique, Biya a hérité de l'esprit abusivement centraliste de son prédécesseur, dans la volonté d'absorption d'une région qui se voulait autonome tout en étant le Cameroun. A coups d'enfumage, de tacles arriéres et de forcing administratif, Yaoundé avait déjà posé les bases légales du mépris de sa propre parole. Mépris qu'il n'a fait que consolider en 2016 en répondant bestialement au cri de détresse de ceux qui constataient un début de viol juridique (OHADA vs Common Law), venant s'ajouter au viol politique longtemps consommé.

Un Gang de Malfrats dont la pérennité du jacobinisme et l'étouffement de la dissidence est le carburant depuis un demi siècle. C'est dans le même ordre d'idées que le supposé "Grand Dialogue National" fut la plus grosse plaisanterie des 20 dernières années. Autant vous dire que la crise anglophone ne sera jamais résolue sous ce régime. 
O grand jamais ! 

Sur le dossier du NOSO, le changement de tête (et donc de paradigme) à Yaoundé sera le commencement de la sagesse.

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