PREDICATION DU DIMANCHE 13 DECEMBRE 2020 PAR LE REV. Dr JOËL HERVE BOUDJA
FRANCE :: RéLIGION

FRANCE :: PREDICATION DU DIMANCHE 13 DECEMBRE 2020 PAR LE REV. Dr JOËL HERVE BOUDJA

Textes : Esaïe 61, 1-2a. 10-11 ; 1 Thessaloniciens 5, 16-24 ; Jean 1, 6-8. 19-28

Si nous arrivons à combiner la jeunesse, la beauté, la richesse, la gloire, l'harmonie amoureuse, l'enthousiasme tout au long de notre vie, celle-ci sera réussie nous promettent l'ensemble des médias en ce troisième millénaire. Tel est l'idéal qui nous est proposé.

Et il est faux, archi-faux. Nous sommes saturés d'images idéales et elles sont placées tellement haut, beaucoup trop haut que nous n'arriverons jamais à nous hisser jusque là-haut.

Face à un tel constat soit nous tombons dans la mélancolie et le désespoir de ne jamais pouvoir être heureux puisque ces critères de succès sont inatteignables, soit nous reconnaissons que notre société se trompe à ne présenter que les sommets des rêves et les merveilles comme étant l'acquisition de la plénitude promise. Un peu comme si seuls, les grands de ce monde pouvaient être heureux. Et ceci va tout à fait à l'encontre de notre évangile.

Ce n'est pas un grand de ce monde qui annonce la nouvelle qui va bouleverser ce même monde. Jean-Baptiste n'est pas la star que tout le monde adule et dont les secrets sont dévoilés chaque semaine dans Paris Match, Gala ou Voici.

Il ne signe pas des autographes par milliers, protégés par ses quatre gardes du corps préférés. Et, il ne passe pas à la télé non plus. Non, Jean-Baptiste est un homme parmi d'autres. Une voix qui crie dans un désert. Le désert, c'est un endroit inculte, brûlé par le soleil, où rien ne pousse, où il n'y a aucune vie.

Sans doute connaissons-nous le désert du Sahara, cette immense étendue de sable pratiquement inhabitée ? Mais en Palestine aussi il y a des contrées pratiquement désertiques, lieux de silence et de calme absolu. Et aujourd'hui, dans l'évangile, nous recevons le témoignage d'un homme du désert. On ne trouve pas tous les jours des hommes du désert. Et quand on en rencontre un, on est souvent bouleversé, à la fois par son message et par la façon dont il vit.

En effet, cet homme du désert ne porte pas les marques habituelles du prophétisme ni du messianisme. Il ne répond pas aux critères reçus. Une voix qui chante dans nos lieux intérieurs désencombrés de tout ce qui nous empêche de rejoindre notre essentiel. Une voix simple qui utilise des images que toutes et tous peuvent comprendre : il parle de sandales.

J'ai personnellement toujours eu horreur des sandales, je trouve que ça fait « missionnaire, pasteur, curé ou bonne sœur » mais comme ces quatre catégories de personnes n'existaient pas à cette époque, l'image veut sans doute dire autre chose. Dans la culture juive, il n'y avait rien de plus humiliant que de défaire la courroie des sandales de quelqu'un, c'était réservé au plus petit des esclaves. De cela, il n'en est même pas digne, clame-t-il.

Etonnant. Surprenant. Et pourtant, dans sa simplicité, Jean, sans pour autant s'écraser, se nier, nous convie à faire désert en nous pour entrer dans un mystère qui nous dépasse : celui du Fils de Dieu. Entrer dans un tel mystère, ce n'est pas réaliser un idéal, encore moins se désoler d'être dans l'ordre de l'incompréhensible. Non, entrer dans un mystère, c'est tout simplement se mettre en marche pour commencer à essayer de comprendre.

C'est sans doute la raison pour laquelle, Jean le Baptiste nous dit : au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas. Il ne crie rien de plus. Jean-Baptiste ne dit rien de lui mais tout de Dieu en ne disant rien si ce n'est qu'il est au milieu de nous. Quel paradoxe ! Et c'est de cette manière que nous sommes invités à entrer, en ce temps d'Avent, dans le mystère de Noël. Hier Jean-Baptiste, aujourd'hui l'Eglise disent la même chose : Dieu est là, parmi nous et nous, Eglise ou Jean-Baptiste, nous ne sommes pas Dieu.

A chacune et chacun de Le trouver. Ne nous inquiétons pas, Dieu n'est pas comme ces faux idéaux de notre société, c'est-à-dire inatteignables. Dieu se laisse reconnaître. Il vient à nous. Il frappe chez nous. Il vit en nous. L'Evangile de ce jour ne nous dit rien de plus que cela : Dieu est au milieu de nous. En disant si peu, tout en disant tout, Jean-Baptiste nous rappelle que Dieu ne s'enferme pas dans des images, des idées que nous nous sommes façonnées. Personne ne peut nous imposer une définition de Dieu puisque par définition, Il est au-delà de ce que nous pourrions en dire.

S'Il ne se définit pas, Il se rencontre, Il s'inscrit au cœur d'une relation que nous avons à construire avec Lui. Un peu comme si la voix qui crie dans nos déserts nous disait : il n'y a pas de lieu de Dieu. Dieu n'est pas plus dans une Eglise que chez soi ou en soi. Il est partout mais nous ne le rencontrons personnellement que dans les lieux ou les temps qui nous parlent et correspondent à nos états d'âmes : au cours d'une ballade en montagne pour reprendre un des exemples de la seconde lecture de ce jour, devant l'océan, dans les flammes d'un feu, dans un recoin de son cœur, lors d'une rencontre empreinte d'amitié et de tendresse, dans les mille et une petite choses qui font la beauté de la vie.

Nous sommes invités à devenir comme Jean-Baptiste. En étant attentif, en prenant le temps de découvrir l'autre, l'inconnu, l'étranger, nous dirons aux autres qu'il y a là quelqu'un à voir et à rencontrer. C'est peut-être quelqu'un qui nous apporte une vraie raison de vivre... Frères et Sœurs, Il est grand le désert d'aujourd'hui. Non pas une vaste étendue de sable sans vie humaine. Au contraire.

C'est un endroit très peuplé comme dans nos grandes villes, mais les gens y circulent sans se voir ni s'entendre, ils s'y croisent sans jamais se rencontrer ! Tout le monde court. Chacun est pressé par le temps. Tous essaient d'aller le plus vite possible, l'un à son travail, l'autre à ses occupations, à ses loisirs, ou simplement à rentrer chez lui. Personne ne s'occupe des autres, de ceux qu'il croise en chemin ! D'autres se construisent des petites cellules familiales, des petits ghettos d'amis, à l'abri des regards extérieurs.

Combien de gens âgés ou malades ne vivent-ils pas isolés, surtout pendant la période des vacances, quand tous les autres sont partis ? Surtout pendant le moment des fêtes, où l'on se sent davantage mis à l'écart puisqu'on ne peut plus y participer ?

Chacun est donc replié sur soi-même pour vivre ou pour survivre et le principe devient "chacun pour soi et Dieu pour tous". Oui vraiment la vie d'aujourd'hui peut prendre l'aspect d'un véritable désert, par l'absence de communications ! Mais, dans ce désert d'isolement, des voix se sont levées.

Ce sont quelques personnes non résignées à se laisser broyer par l'anonymat ou les injustices de la société moderne. L'homme ne peut pas, par lui-même, s'approcher de Dieu ! Seul Dieu, parce qu'il est Dieu, peut décider d'aller à la rencontre de l'homme pour se révéler à lui et lui parler.

L'Avent, c'est le temps de l'espérance en ce Dieu qui se met en route pour venir à notre rencontre. Si Dieu est vraiment là, qu'attendons-nous alors pour aplanir la route qui nous conduit à Lui ? C'est cela le temps de l'Avent, ne passons pas à côté.

Amen.

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