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CAMEROUN :: POINT DE VUE CAMEROUN :: IL FAUT RESPECTER L?EQUILIBRE REGIONAL :: CAMEROON
  • Correspondance de : Dieudonné ESSOMBA
  • vendredi 16 octobre 2020 11:00:00
  • 1987

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L’objectif de l’équilibre régional était de créer un État représentatif de sa diversité de manière à éviter une administration qui aurait pu apparaitre à certains comme une colonisation interne. Il faut à cet effet noter que l’emploi public a des caractéristiques très spécifiques qu’ont ne retrouve pas ailleurs :

L’EMPLOI PUBLIC REPRESENTE LE POUVOIR D’ETAT :

Les Camerounais perçoivent l’État à travers ses agents publics qui incarnent de manière concrète sa redoutable puissance, celui qui n’apparaît que sous la forme des brimades, des extorsions, de la soumission et de la distribution des avantages publics. Le policier qui contrôle les véhicules en route, les gendarmes qui fouettent les jeunes au marché, les sous-préfets qui se font servir des chèvres lors des tournées, les magistrats qui mettent les gens en prison ou les Directeurs qui gèrent des crédits ne sont pas des abstractions, mais des hommes concrets et visibles qui jouissent du pouvoir d’État. Les honneurs et les privilèges qui sont attachés à ces postes, marqués par un mode de vie jouissif, de belles maisons, des grosses voitures et toutes les commodités fournies par la vie moderne suscitent la convoitise des communautés ou la fierté de les avoir mis au monde.

L’EMPLOI PUBLIC EST UNE RENTE PERMANENTE qui le distingue des autres formes de salaire. Un agent public le reste à vie, sauf cas de force majeure, indépendamment de ses aptitudes.

L’EMPLOI PUBLIC N’EST PAS UN LIEU DE COMPETENCE :

une administration publique n’est pas un Centre de recherches qui recrute les chercheurs les plus doués destinés à concourir pour des Prix Nobel, ni une entreprise en situation concurrentielle tendue vers des objectifs de résultats, mais une bureaucratie soumise aux règles de procédure et de soumission hiérarchique. On ne demande pas à un sous-préfet d’élaborer une théorie du commandement, à un gardien de la paix d’élaborer des thèses sur la sécurité, à un délégué départemental de l’Éducation de réfléchir sur la Pédagogie. On leur demande de relayer docilement les instructions de la hiérarchie, sans hésitation, ni murmure aux instructions.

Le bon fonctionnaire n’est pas celui qui, par ses aptitudes, est capable de montrer à son Ministre que les choix du Gouvernement sont mauvais, mais simplement celui qui relaie soigneusement les ordres de la hiérarchie et appliquent sans état d’âme la politique du Gouvernement qu’il n’a pas le droit de juger et à qui on ne demande aucune autre expertise que celle qui est utile pour appliquer mécaniquement les instructions. Ici, ce sont des valeurs de soumission, de discipline, de discrétion qu’on regarde. Et il est d’ailleurs symptomatique que le bon agent public soit toujours présenté comme « un bon fonctionnaire discret et effacé, compétent ».

L’agent public s’inscrit donc comme un individu doté d’un pouvoir monstrueux qu’il ne peut pas justifier par un mérite particulier.

Dans ces conditions, il est très peu probable qu’une Communauté aurait accepté une autorité aussi dure, aussi présente et aussi radicale, à moins de se calmer en sachant que ce qu’elle subit chez elle est ce que les siens font subir ailleurs. Ce n’est donc pas par le simple fait de l’État que les Moundang subissent sans rechigner la brimade exercée par un Commandant de Brigade Makia, mais davantage la certitude que les siens font aussi subir la même brimade chez les autres et qu’ils n’ont pas de colère particulière à manifester, étant donné que c’est le sort commun.

En outre, son salaire public s’inscrit, de manière intrinsèque, dans la catégorie des rentes qui l’insère automatiquement dans la logique du partage national. Car ce serait une véritable provocation pour une communauté que de voir la longue file des tribus étrangères aller percevoir cette rente publique chaque mois, alors que les siens sont exclus au motif dérisoire que ses enfants sont « idiots ».

Alors, si les enfants d’une Communauté sont trop idiots pour être aussi sous-préfets, qu’est-ce qu’elle fait ensemble avec les peuples intelligents ? Autant plutôt créer son État, avec ses enfants « idiots » !

Les dirigeants avaient été particulièrement inspirés avec l’équilibre régional : à travers cette pratique, l’État Représentatif a rendu supportable le pouvoir monstrueux des agents publics qui, sans cela, aurait pu apparaître aux Communauté non représentées comme une colonisation interne, et traitée comme tel, c’est-à-dire, par la rébellion ou la prise du pouvoir par la force…

Par sa nature même, l’emploi public ne pouvait être partagé que de manière équitable, et c’est justement ce qu’a réalisé l’équilibre régional dont les résultats sont probants :

  1. L’équilibre régional a fondé la légitimité de l’État de manière solide : en plaçant les ressortissants de chaque tribu dans les rouages du pouvoir, de l’armée et de l’administration, l’équilibre régional leur enlevait l’argument commun que celles-ci utilisent toujours pour s’attaquer à l’État.
  2. l’équilibre régional a assuré une intégration nationale au moins formelle du pays. En intégrant tout le monde dans la Fonction Publique, l’équilibre régional a permis à toutes les tribus d’être présentes sur chaque parcelle du territoire Camerounais, à travers les multiples affectations de fonctionnaires (enseignant, policier, gendarme, médecin, etc.). C’était nécessaire, car toutes les tribus camerounaises n’ont pas de traditions de migration et le risque était d’en laisser quelques-unes claquemurées dans leur territoire tribal. Les mariages intertribaux aujourd’hui célébrés n’auraient jamais pu être possibles sans cette pratique. Par la même occasion, elle a empêché cette situation intolérable dans laquelle une partie des Camerounais allaient traiter des problèmes des autres, comme si ceux-ci étaient des enfants.
  3. l’équilibre régional a joué un rôle décisif sur le plan de la gouvernance, en confinant la corruption. En imposant à chaque région une proportion fixe de places dans l’administration publique, l’équilibre régional a neutralisé le dévoiement du système administratif par l’argent, les manipulations et l’escroquerie et obliger les communautés à exprimer leur venin sur la part qui leur est dévolue, tout en laissant les autres indemnes. Dans un environnement où le faux et les coteries tribales secrètes sont de nature à violenter n’importe quel système apparemment sain, il n’y a aucun doute que les communautés les plus habiles et les plus rusées auraient utilisé cette situation pour confisquer l’État et créer une colonisation interne.
  4. l’équilibre régional a permis d’irriguer toute la Nation des ressources de l’État à travers les salaires des agents publics. Un fonctionnaire qui gagne son argent ne le partage pas dans la tribu où il travaille, mais plutôt avec sa famille et son ethnie. Ce sont ses gens qui bénéficient de la redistribution, sous forme de scolarité, de soins de santé ou de financement des deuils. En outre, les rares villas qu’on trouve dans les campagnes sont pour l’essentiel le fait des élites locales et personne ne peut nier leur rôle dans la constitution du sentiment national, de source d’enrichissement et de paix, à l’inverse d’une situation où on aurait une concentration excessive de belles maisons dans certaines zones et une absence totale dans d’autres.
  5. Enfin, l’équilibre régional a permis l’éclosion des élites dans chaque localité, ce qui a joué un rôle important dans l’incitation des enfants à faire l’école, car ils lisaient dans la vie aisée de ces élites leur propre avenir.

UN FAUX PROCES A L’EQUILIBRE REGIONAL

On ne saurait critiquer l’équilibre régional sans incorporer la spécificité de l’emploi public, le but poursuivi lorsqu’il fut institué et ses résultats. Et il est de fait évident qu’en dehors de quelques symboles moraux ou historiques, la seule chose qui incarne de manière visible et concrète la Nation camerounaise est bel et bien la bureaucratie camerounaise. Dans cette bureaucratie se trouve résumée la Nation camerounaise telle qu’elle est dans ses tares et ses forces.

Sa mission était de bâtir la Nation et c’est ce qu’il a fait. Son but n’était pas de résoudre les problèmes d’emplois, ni les problèmes de développement qui relèvent des politiques économiques. Les accusations contre la pratique n’ont aucun fondement :

  1. On l’a accusé de niveler le pays par le bas, ce qui n’a aucun sens puisque l’équilibre régional ne s’applique que sur les emplois publics qui n’ont jamais présenté le label de compétence dans aucun pays dans le monde. La compétence, c’est bien autre chose que de d’assurer les missions aussi routinières et procédurières que celles d’un sous-préfet à Okola, d’un instituteur à Badjengo ou d’un gardien de la paix à Mindourou.
  2. On l’a également accusé de n’avoir pas développé les régions, mais cela n’était pas sa mission. D’ailleurs, cela aurait été totalement contraire à la logique même qui avait permis sa mise en œuvre, à savoir créer une Fonction Publique à l’image de la Nation, sans que les fonctionnaires apparaissent comme agissant au nom de leurs communautés respectives. Les missions de développement n’appartenaient pas aux fonctionnaires en tant que membres de leurs communautés, ceux-ci devant d’ailleurs parcourir l’ensemble du territoire pour mieux montrer que la Fonction Publique était nationale. Il revenait à l’État, représentant des intérêts collectifs, d’élaborer des politiques de développement et de les mener à travers les budgets d’investissement, public.
  3. On l’a enfin accusé de détruire la Nation camerounaise, ce qui n’a aucun sens puisqu’il fut précisément conçu pour en faire une, aucune nation camerounaise n’ayant jamais existé auparavant.
  4. On l’a accusé de favoriser la fraude, mais c’est l’inverse ! Sans l’équilibre régional, le pays serait tombé entre les mains des gens qui ont le pouvoir et l’argent. Le Cameroun ne se présenterait plus de manière harmonieuse et aurait explosé il y a longtemps.

COMMENT SORTIR DE L’EQUILIBRE REGIONAL ?

En réalité, ceux qui combattent l’équilibre régional sont essentiellement mus par des préoccupations strictement individuels ou communautaristes. Ils s‘imaginent qu’en levant ce verrou, ils vont davantage renforcer leur présence dans l’État, voire s’en approprier.

Mais c’est une grossière erreur ! Le Cameroun ne tient que par l’équilibre régional ! Supprimer ce pilier, c’est entraîner l’effondrement immédiat du système sociopolitique.

Et quand le Cameroun va sombrer dans la guerre civile, personne ne viendrait demander si les gens qui entraient à l’ENAM avaient les meilleures notes, mais simplement pourquoi certaines communautés ont été marginalisées. C’est la pratique dans le monde entier : les reproches adressés aux dirigeants ne porteront jamais sur le niveau de compétence des fonctionnaires, mais uniquement sur le souci d’intégrer tout le monde dans le dispositif de la prise de décision.

Parce que c’est cela seul qui compte. Et pour sortir de la guerre, personne n’évoquera les notes obtenues dans les concours, mais la participation de tous. Pourquoi ? Parce que la représentation équitable est une exigence pour l’existence même de la Nation, alors que la compétence est un critère de gestion. Avant de gérer, il faut d’abord s’assurer que le pays existe.

On l’a vu avec les Anglophones. Quand ils ont pris les armes, personne n’a demandé les notes que les étudiants anglophones avaient dans les concours. On compte le nombre des Anglophones dans les rouages de l’État et on tranche.

On ne saurait donc supprimer l’équilibre régional dans un Cameroun unitaire, parce qu’il s’agit du seul mécanisme de régulation de la compétition intercommunautaire sur les emplois publics, laquelle compétition s’intensifie à l’extrême avec le rationnement.

Pour en sortir, il faut absolument sortir de l’État unitaire et adopter un modèle fédéral. En effet, Le Fédéralisme résout le problème de l’équilibre régional en trois niveaux :

  1. Les emplois de proximité qui représentent le plus grand volume d’emplois publics reviennent aux États Régionaux : enseignants, personnel soignant, services sociaux de base, infrastructures de proximité, sécurité régionale, etc. Cela fait déjà 70% d’emplois publics réservés à chaque Région
  2. Ensuite, pour le personnel de l’État Fédéral, certains métiers sont recrutés par conscription dans chaque État Régional, au prorata de sa population, comme l’armée.
  3. En troisième lieu, certains concours fédéraux se font sur le personnel déjà actif des États Régionaux. Par exemple, l’État Fédéral ne peut recruter les médecins qu’au travers d’un concours lancé parmi les médecins des États Régionaux.

Ce modèle ne laisse plus que 10% d’emplois donnant lieu à la compétition au niveau fédéral. On n’a plus besoin d’équilibre régional puisque la répartition équitable des agents publics est réalisée dans la structure même de l’État.

Vous ne pouvez pas supprimer l’équilibre régional en restant dans l’État unitaire. Le Gouvernement et ses partisans ont décidé de rester dans l’État unitaire, ils doivent respecter l’équilibre régional parce que c‘est le seul pilier qui maintient encore la survie de cet État.

On ne peut pas vouloir quelque chose et son contraire.

Il faut donc l‘appliquer à la lettre, sans concession, ni justification.

16oct.
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