World news CAMEROUN :: Je suis camerounais, mon bailleur est un sorcier bameka :: CAMEROON CAMEROUN INFO - CAMEROUN ACTU
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CAMEROUN :: FRANCAISCAMER Je suis camerounais, mon bailleur est un sorcier bameka :: CAMEROON
  • Le kongossa : Florian Ngimbis
  • lundi 14 septembre 2020 12:30:00
  • 2300

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J’ai connu vieux monsieur, un bameka, fils de l’Ouest camerounais. Je précise qu’il était bameka pour narguer ceux qui en ces temps troubles se proclament plus camerounais qu’autre chose. Ceux qui hier acquéraient prébendes et faveurs au nom de leur appartenance ethnique et qui aujourd’hui, prévoyant peut-être des temps sombres, lancent à ceux qui leur rappellent d’où ils viennent: qu’est-ce que la tribu vient chercher ici?

A l’époque où j’ai connu le vieux bameka, il était propriétaire d’une minicité à Bonas. Minicité est le nom que l’on donne aux clapiers et autres bouges que des marchands de sommeil pompeusement baptisés “promoteurs immobiliers” louent à des étudiants malmenés par la précarité et la crise du logement à Yaoundé.

Le vieux bameka, en plus d’être riche – du moins le disait-on, était pingre. L’Harpagon des Grassfields se promenait dans un tacot mangé par la rouille qu’on avait baptisé Tétanos Mobile. Comme chaussures, on ne lui connaissait que de vieilles espadrilles plusieurs fois passées sur le billard d’un cordonnier qui les avait renforcées mieux que leur créateur. Ses pauses-déjeuner étaient des moments épiques, on le voyait sortir de la poche intérieure de sa veste fripée des poignées d’arachides grillées qu’il accompagnait de bâtons de manioc et d’eau fraîche. Ses mastications puissantes semblaient avertir ceux qui auraient le malheur de le juger du sort qui les attendait.

A cause de l’inadéquation entre ses moyens et son mode de vie, le vieux était accusé de pratiquer la sorcellerie. Il faut le savoir, les enrichissements suspects ne sont pas rares sous nos latitudes. Mais bien sûr, en fonction de l’origine et du mode de vie du Crésus, on considérera qu’il s’agit soit d’un vieux sorcier ayant sacrifié une partie de sa famille et entourage, maintenus en esclavage mystique dans de vastes champs de café sur les contreforts du Mont Bamboutos ou au contraire, d’un jeune et dynamique homme d’affaire, devenu milliardaire en faisant heu… des affaires…

Pourtant, je l’ai dit, le vieux Baméka avait une boutique, épicerie austère mais toujours approvisionnée, devenue de fait une véritable institution dans le quartier. Le Vieux aurait pu écrire sur le fronton « Nul n’entre ici s’il n’a de nkap », mais dans sa légendaire sobriété, il s’était contenté d’un laconique « PAS DE CREDIT », probablement visible depuis la lune. Autant personne ne croit à l’histoire du plateau d’arachides source de la fortune du magnat de Bandjoun, aucun étudiant ne semblait accréditer la thèse selon laquelle le vieux bameka serait devenu un monstre de l’immobilier et vendant des galettes rassies et de l’huile en détail à des étudiants fauchés.

A l’époque, bien qu’étudiant et locataire dans la minicité du vieux, à ces accusations de sorcellerie, je ne prête aucun crédit. Les jaloux sont aussi vieux que le monde, Caïn, Esaü et autres personnages de science-fiction…

Un jour pourtant, coup de tonnerre: deux étudiants dont on ne peut soupçonner la collusion (l’un est drogbatiste et l’autre étofïste) affirment avoir aperçu chacun, le vieux bameka en train de « féticher » dans la cour de la minicité à une heure où les gens qui ne se reprochent rien dorment du sommeil des justes.

Euye!

Les jours passant, d’autres témoignages affluent et les détails se font plus précis. On dit l’avoir vu presque nu, en pleine nuit, déambulant dans la cour intérieure, vêtu d’un pagne ressemblant fortement au drapeau de la magie noire et débitant des phrases sibyllines.

L’affaire est troublante, sachant que le vieux vit à l’autre bout de la ville. Mais bon, moi quoi? Je continue d’arpenter la colline de Ngoa Ekelle à la quête d’un savoir hypothétique.

Deux semaines après les premiers “événements”, les mises en garde fusent. Les anciens de la cité me “convoquent”.

  • Petit, ne joue pas les surpris. On sait que c’est toi qui monte sur la fille du bailleur.
  • Donc…
  • Donc tu n’es pas au courant de toutes les histoires de sorcellerie qui courent sur le père là?
  • Moi quoi sur ça?
  • Toi rien. On te dis juste que tu n’es pas le premier gars de la petite là. Le premier est devenu fou, le deuxième a un pied et demi à cause d’un bendskin, personne n’a revu le troisième. Quand tu vas tremper ton biscuit et te retrouver l’instant d’après en train de cueillir le café dans le Mungo tu vas confirmer.

Euye!

Ce que je ne vous ai pas dit, c’est que le vieux bameka avait une fille. Un laideron, hercule femelle dont le seul atour était une formidable paire de fesses. Je vois d’ici les critiques: sexisme, body shaming blabla. Vous ne l’avez pas vue, moi si, donc, vous me la bouclez!

Le vieux officiait dans son épicerie du lundi au samedi épaulé par son épouse. Le dimanche, il se faisait remplacer par sa fille. Pour l’élu de l’entrecuisse de cette dernière, c’était jour de marché, l’occasion de faire provision de spaghettis et de conserves sans payer un sou et en ricanant devant la grosse plaque “PAS DE CREDIT” installée par le vieux.

Les moralisateurs, prière de passer votre chemin. Si la vie d’étudiant est difficile, celle d’étudiant camerounais est pire. Qui n’a jamais été purgé par les haricots caillouteux du restaurant n°1 de Yaoundé I peut se permettre de me juger.

En apprenant le sort supposé de mes prédécesseurs, un combat se livre dans mon esprit. D’une part mon cerveau disons “logique” me dit qu’aucun vagin n’est assez grand pour m’y voir disparaître et réapparaître dans un champ de café dans le Mungo. De l’autre, mon hémisphère cérébral bantou me souffle que ce n’est pas parce que je ne crois pas en la sorcellerie qu’elle n’existe pas.

Je pense à mes délicieuses assiettes de spaghettis-sardine du dimanche et ma décision est vite prise:

Je continue!!!

Les jours passent. Le murmure du kongossa s’amplifie. J’ai l’impression que les autres habitants de la cité me regardent bizarrement. Comme un mort, ou comme un vivant en sursis.

14sept.
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