CAMEROUN :: QU’EST-CE QUE L’UNITE NATIONALE ? Par l’Honorable Professeur Joseph KANKEU :: CAMEROON
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CAMEROUN :: POINT DE VUE CAMEROUN :: QU?EST-CE QUE L?UNITE NATIONALE ? Par l?Honorable Professeur Joseph KANKEU :: CAMEROON
  • Correspondance : Honorable Professeur Joseph KANKEU
  • mardi 26 mai 2020 12:17:00
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CAMEROUN :: QU’EST-CE QUE L’UNITE NATIONALE ? Par l’Honorable Professeur Joseph KANKEU :: CAMEROON

La fête de l’unité nationale n’a pas été célébrée cette année à cause de la pandémie du coronavirus. Dans le silence de cette journée du 20 mai 2020, nous avons mené quelques réflexions sur l’unité nationale que nous voulons partager à travers leur publication.

La recherche de l’unité n’est pas un phénomène seulement biyaiste ou contemporain. Dès l’antiquité, cette idée fonde et donne du sens à l’action politique. Dans La politique d’Aristote, il souligne que Socrate assigne à la cité l’unité comme fin essentielle. « L’unité la plus parfaite possible constitue le bien suprême ». Platon considère également l’unité comme fondement de sa République. « La cité, écrit-il, se développe en restant une et non multiple ». Même Machiavel n’échappe pas à la recherche de l’unité lorsqu’il écrit Le Prince. C’est bel et bien l’unification de l’Italie qu’il cherche à obtenir. Dans le domaine religieux, dès lors que l’on affirme l’existence d’un Dieu unique, l’idée d’unité est toujours présente. L’unité humaine semble donc être le reflet de l’unité divine et est d’ailleurs aperçue comme un tout, moralement cohérent et organiquement institutionnalisable.

Il paraît ainsi fondamental de créer la communauté politique sur la recherche du bien commun. Son Excellence Paul Biya, à travers ses multiples discours à la nation camerounaise depuis 1982, s’inscrit dans cette tradition de la théorie et de la pratique politique de l’unité. L’unité de la République telle qu’elle ressort de l’article 1er alinéa 2 de la Constitution du 18 janvier 1996, implique aussi l’unité de la nation camerounaise. Cette Constitution n’envisage qu’une seule nation camerounaise, c’est-à-dire en réalité, un unique sujet

collectif dépositaire historique de la souveraineté. D’autre part, l’unité de la nation est indissoluble et en tant que reflet de la patrie commune, indivisible. C’est cette nation qui légitime l’existence et l’exercice du pouvoir et qui constitue notre premier cercle d’identification. Elle est tout à la fois, un principe spirituel, une âme collective comme disait encore Ernest Renan à propos de la nation française au cours d’une conférence prononcée en Sorbonne le 11 mars 1882. L’existence d’une telle nation est un plébiscite de tous les jours. En effet, on parlera ici, de la conception subjective de la nation qui prévaut au Cameroun. La notion et son incarnation dans la République forment le modèle politique sur lequel se fonde l’histoire constitutionnelle du Cameroun depuis le 1er janvier 1960.

L’indépendance est nationale, la souveraineté est nationale, l’assemblée est nationale etc. Dès l’article 1er alinéas 5 et 6 de la Constitution du 18 janvier 1996, le constituant a même prévu un drapeau national et un hymne national. L’unité nationale doit être présentée non comme une unité linguistique ou religieuse, mais comme l’œuvre de l’intelligence et de la volonté des camerounais. Il s’agit d’une quête permanente. En tout cas, comme le laissent entendre les historiens et les géographes qui ont étudié le Cameroun, les populations de notre pays se divisent en deux grands groupes : les Bantous et les Semi-Bantous au Sud, les Soudanais et les Foulbés au Nord. Cet univers de la diversité est à l’origine de certaines demandes socio-politiques qui ont abouti à l’adoption dans la Constitution du 18 janvier 1996, de la forme de l’Etat unitaire décentralisé. La loi n° 2019/024 du 24 décembre 2019 portant Code Général des Collectivités territoriales décentralisées s’inscrit dans cette logique. La décentralisation protège, en effet, la République. Si la définition des droits et des dispositifs sociaux qui doivent être identiques sur l’ensemble du territoire national, est indiscutablement l’affaire de l’Etat, la construction des liens et des repères sociaux est d’abord l’affaire du local. Elle représente un atout pour le vivre-ensemble. Toutefois, le principe d’indivisibilité de la République marque les frontières de l’autonomie locale desdites Collectivités Territoriales Décentralisées.

Toutes ces précisions apportées, nous parlerons du contenu matériel de l’unité nationale qui ne peut se comprendre qu’à travers notre patrimoine culturel commun (I) et notre citoyenneté camerounaise (II).

I. UN PATRIMOINE CULTUREL COMMUN

La culture germe du vécu des camerounais et est appelée à résister à l’épreuve du temps. La culture camerounaise est si riche et si variée. Elle va de la manière d’être à la manière d’agir en passant par la façon de vivre, de penser, de se nourrir, de se vêtir, de parler etc. qui diffèrent d’une tribu à l’autre. Or il existe autant de tribus que de cultures dans notre pays. Le propre de la culture est de dire l’homme dans les limites d’un village, d’un arrondissement, d’un département ou même d’une région. L’univers de la culture devient dès lors l’univers de la diversité. Et comme l’a écrit feu le Professeur Marcien Towa, il s’agit de la « diversité naturellement des intérêts matériels, diversité aussi des goûts, cela va sans dire diversité des croyances, des opinions, c’est tout à fait évident, diversité des niveaux de vie, des niveaux de savoir, de savoir-faire, diversité des habitudes, des mœurs etc. ».

Malgré cette diversité, on parle d’identité culturelle camerounaise. Il est complètement absurde de prétendre que le Cameroun, de par sa diversité ethnique, de par son histoire et sa géographie, n’ait pas d’identité culturelle. Cette identité culturelle est une réalité et repose sur cette histoire et cette géographie particulières. Elle repose sur cette diversité ethnique, linguistique, économique et même artistique. Feu François Singat Kuo va l’exprimer autrement : « notre configuration sociologique milite pour une identité culturelle éclectique ».

La plus grande richesse du Cameroun réside incontestablement dans sa diversité culturelle et dans le dialogue de cette diversité. Dès lors, on peut se demander à quoi servirait de bâtir un Cameroun unifié, fier et fort si c’est pour diluer voire même perdre ces spécificités respectives dans l’aventure. La culture est l’âme d’un peuple, centenaire sinon millénaire, et des échanges avec d’autres ne suffisent pas pour l’altérer. Au contraire, l’identité culturelle a tendance à se renforcer au contact avec d’autres. Et pour paraphraser Jean Jaurès, « Un peu d’internationalisme éloigne de la nation, beaucoup d’internationalisme y ramène ».

Notre patrimoine culturel commun se matérialise aussi à travers nos deux langues officielles d’égale valeur que sont le français et l’anglais. Et, découlant de son souci de construction d’une nation unie, inclusive et bilingue, option de tout un peuple qui constitue une expérience unique en Afrique, le Président de la République, Son Excellence Paul Biya, va créer par Décret, le 23 janvier 2017, la Commission Nationale pour la Promotion du Bilinguisme et du Multiculturalisme. Cette commission, dont les missions apparaissent clairement dans son appellation, œuvre dans l’optique de maintenir la paix, de consolider l’unité nationale du pays et de renforcer la volonté et la pratique quotidienne du vivre-ensemble des populations.

La langue, qu’elle soit orale ou écrite, est le lien social par excellence. Et c’est ici que nous invitons chaque camerounais à maîtriser d’abord sa langue maternelle pour mieux se pénétrer de sa culture ethnique afin d’en extraire les universaux culturels. Lesquels universaux culturels sont destinés à ses autres

compatriotes par volonté d’échange et de complémentarité. C’est à partir de ce niveau que le français et l’anglais, nos deux langues officielles, peuvent être sollicitées, pour permettre à ces universaux culturels d’être universellement connus. On aura ainsi non seulement dépassé le tribalisme, mais on l’aura tué. Notre intégration culturelle passe par notre intégration linguistique. Les deux sont indissociables.

II. UNE CITOYENNETE CAMEROUNAISE

C’est Cicéron qui, à Rome, établit le lien entre la chose publique (res publica) et cette nouvelle figure de l’individu que les Révolutions du XVIIIème siècle nommeront citoyen. La naissance de la République moderne s’accompagne de celle du citoyen. La citoyenneté est cette capacité reconnue aux camerounais de jouir des droits et libertés fondamentaux, des droits sociaux garantis par la Constitution. Elle permet aussi aux camerounais de participer aux affaires publiques directement ou par l’intermédiaire des représentants élus. La citoyenneté donne enfin aux camerounais le devoir d’accéder aux charges publiques.

La citoyenneté vise ainsi une dialectique de l’homme et de la cité, de la liberté et de la responsabilité. Dans cet ordre d’idées, l’individualisme est le prisme par lequel le citoyen s’accomplit pour mieux assurer le service de la chose publique. Etre citoyen, c’est avoir conscience d’être un être de liberté, mais en même temps la vigile de l’intérêt général. Or, il n’y a pas d’intérêt général sans la conscience assumée d’une collectivité de destin.

Il devient évident que les saccages des ambassades du Cameroun à Paris et à Berlin le 26 janvier 2019 revendiqués par un groupuscule de camerounais dénommé "Brigade Anti-Sardinards" constituent des saccages de leur propre

demeure ; que les actes de violence perpétrés par des camerounais contre le Président de la République, Son Excellence Paul Biya, en court séjour privé à Genève en Suisse, les 25 et 29 juin 2019 sont des actes perpétrés contre leurs auteurs mêmes au nom de la souveraineté nationale dont aucune fraction du peuple ne peut s’en attribuer l’exercice. C’est tout le peuple camerounais qui exerce cette souveraineté nationale par l’intermédiaire du Président de la République.

En cette période d’intenses luttes contre la propagation du coronavirus dans notre pays, le véritable défi que nous avons tous à relever, c’est une citoyenneté responsable qui consiste à se protéger et à protéger autrui. Et là, le chef de l’Etat a été formel dans son adresse à la nation le 19 mai 2020 : « N’oublions pas que la négligence d’une seule personne peut nuire gravement à l’ensemble de la communauté ».

Le rôle des citoyens dans la construction du Cameroun est essentiel, voire décisif. Ils en sont les premiers bénéficiaires et doivent en être les premiers artisans. Mon pays ! Qu’il ait tort ou raison, c’est mon pays. En ce sens, la citoyenneté est synonyme de patriotisme et permet une certaine transfiguration. Elle est un état de l’individu en République. En accord avec cet état, le constituant de 1996 l’a autrement exprimé dans le préambule de la Constitution : « La liberté et la sécurité sont garanties à chaque individu dans le respect des droits d’autrui et de l’intérêt supérieur de l’Etat ». Cette dynamique citoyenne ne peut se faire que dans la démocratie qui s’exerce de plus en plus aujourd’hui chez nous en regroupant les intérêts similaires d’un maximum de citoyens afin de démultiplier leur poids politique respectif et de parvenir, en conjuguant leurs forces, à exercer sur les autorités publiques, des pressions qui sont alors bien plus efficaces.

*L’Honorable Professeur Joseph KANKEU est Chargé de mission permanent au Secrétariat Général du Comité Central du RDPC

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