CAMEROUN :: DÉLIVRANCE DE LA CNI : L’échec de Mbarga Nguélé :: CAMEROON
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CAMEROUN :: SOCIETE
  • Repères : Arthur L. MBYE
  • mardi 16 juillet 2019 00:37:00
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CAMEROUN :: DÉLIVRANCE DE LA CNI : L’échec de Mbarga Nguélé :: CAMEROON

Se faire délivrer une carte nationale d’identité est aujourd’hui une véritable gageure. Au-delà des tracasseries qui prolongent les délais de production, les trafics entretenus autour de la procédure privent de milliers de Camerounais de cette pièce d’identité.

Et dire que le projet de sécurisation la nationalité camerounaise (Senac) date de… 1994. Pratiquement 25 ans après, la délivrance de la carte nationale d’identité (CNI) se trouve au centre de toutes les polémiques, de toutes les escroqueries et arnaques, de tous les trafics ou de toutes les frustrations. Et on a beau changer de partenaire technique chargé de «la fourniture d’un nouveau système d’identification ayant pour principal objectif la production de titres d’identité sécurisés et infalsifiables », rien n’y fait. Ni Thalès ni Gemalto n’ont réussi à faire de la délivrance de la CNI une procédure qui fonctionne sans anicroche. Tant les tracasserions jonchent le chemin qui mène à l’obtention de la CNI.

«Quand tu arrives devant la mairie, tu donnes tes 2 500 FCFA et on part légaliser ton acte de naissance sans même s’assurer qu’il est authentique ou bien si c’est une fabrication de Kumba. Le portail des camerounais de Belgique. Quand tu arrives devant le tribunal de 1ère instance, tu donnes tes 2 500 FCFA et tu reviens le lendemain pour récupérer ton certificat de nationalité (même si tu n’es pas Camerounais hein). Et enfin, au lieu de 2 800 FCFA comme c’est prévu par l’Etat, tu viens avec tes fap kolo et tu glisses ça dans la poche du policier qui est chargé de vous établir les récépissés», se désole un usager.

D’aucuns l’assimilent à un concours. «J’ai enfin réussi le concours de la patience. Parce que quand tu arrives dans un poste de police, on ne veut même pas savoir si tu es occupé ou bien si tu as profité de ta pause pour venir récupérer ton récépissé. J’ai enfin réussi le concours de la maîtrise. Parce que quand je voyais comment on insultait les parents des gens là-bas, j’avais vraiment envie de me mettre en colère mais j’ai pensé à ma carte d’identité. J’ai enfin réussi le concours de la ‘’camerounité’’ si je peux dire, parce que toutes les personnes que j’ai rencontrées étaient des gens qui voulaient simplement confirmer qu’ils sont des Camerounais.»

Les dysfonctionnements sont aussi le lot de ceux qui veulent se faire établir une CNI. Le cas de G. E. B. est emblématique. En 2014, il se fait établir pour la première fois une CNI. On lui délivre un récépissé. Mais lors du retrait de sa pièce d’identité, il constate une erreur sur sa date de naissance et le signale. En guise de réponse, il lui est demandé de déposer une requête à laquelle il doit joindre sa CNI. Las d’écrire les requêtes, l’étudiant de l’université de Yaoundé IISoa décide de se faire établir une nouvelle CNI. Mais il va déchanter : la carte n’a jamais été produite au motif d’une double identité. Depuis lors, il n’a cessé d’adresser des requêtes au délégué général à la Sûreté nationale (DGSN).

En vain. Car les fonctionnaires de police, au vu et au su de tous, ont décidé de profiter de ces dysfonctionnements et autres turpitudes des usagers pour entretenir une mafia autour de la délivrance de la CNI. G. E. B. a, au gré des multiples requêtes initiées, multiplié des rendez-vous au centre de production. «Je ne compte pas le nombre de fois où j’ai dû offrir le repas de midi aux différents policiers qu’on m’a présentés pour la résolution de mon problème. Et puis un jour, l’un d’entre eux m’a demandé 250.000 francs si je voulais avoir ma carte immédiatement, à défaut que je suive la procédure normale. Faute d’argent, je reste sans CNI jusqu’aujourd’hui», désespère-t-il. Si son avenir est désormais hypothéqué, d’autres avec leur puissance financière ont pu se sortir du piège. Nadège M., malgré sa double identité, a réussi à se faire établir une CNI et un passeport en déboursant 400.000 francs.

Un cas qui n’est pas unique. Tant le prétexte de la double identité offre l’extraordinaire opportunité à ceux qui manipulent les données de se faire beaucoup d’argent. «A l’époque, le patron français a proposé une solution à ce problème qui concerne même les gens les plus insoupçonnés. L'info claire et nette. Il suggérait d’auditionner tous ceux qui sont nés plus d’une fois parfois pour des raisons pertinentes afin de ne retenir qu’une date de naissance. Les responsables camerounais ont rejeté à dessein cette proposition», souffle un ancien de Sacel. Bien plus, de fortes odeurs de corruption ont empesté la signature du contrat de Gemalto, qui a remplacé Thalès. Un expert ayant été associé au processus de sélection de ce partenaire souffle que le Cenadi, informaticien de l’Etat, «a élaboré des termes de référence contraignants dans le souci de voir l’Etat garder la haute main sur certains aspects du projet. Mais des collaborateurs du DGSN, en intelligence avec Gemalto, ont censuré certaines exigences avant de soumettre le dossier à sa signature».

Et en limitant les contraintes du cahier de charges de Gemalto, c’était la voie ouverte à tous les tripatouillages et autres trafics favorisés par les doublons. Surtout que, susurre un expert, «des collaborateurs du DGSN ont pris le soin d’écarter des experts n’appartenant pas à la DGSN, qui maitrisent pourtant mieux le système que les policiers». Conséquence, la nouvelle CNI n’est pas si sécurisée que ça, même si le DGA de Gemalto, entre-temps racheté par Thalès, bluffe : «C’est ce qui se fait de mieux au monde. Au-delà des carences, les délais de production s’éternisent. Au lancement du projet, Dominique Baya, le SG/DGSN claironnait pourtant : «Quant aux délais de délivrance des titres, il est à noter qu’un citoyen qui sollicite une carte nationale d’identité, par exemple depuis Kousseri, Idenau, Campo ou Mouloundou, pourra l’obtenir dans un délai maximal de deux semaines». Or, aujourd’hui des usagers attendent pour certains depuis cinq ans.

16juil.
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