CAMEROUN :: Violence, Tabou systémique et Production de parias à Yaoundé :: CAMEROON
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CAMEROUN :: POINT DE VUE
  • Correspondance : CL2P
  • vendredi 17 mai 2019 08:00:00
  • 1899

CAMEROUN :: Violence, Tabou systémique et Production de parias à Yaoundé :: CAMEROON

La violence génocidaire qui sévit dans les régions anglophones du Cameroun, si ce n’est pas le cas, le génocide de basse intensité subis par les Camerounais ordinaires en raison de l’état des infrastructures sociales dégradées dans le pays, fait exploser le mythe selon lequel l’indépendance du Cameroun ainsi que celle de nombreux pays francophones d’Afrique, résultait d’un collectif des lumières et de la rationalité, de la « mission voulue civilisatrice » et/ou du « fardeau de l’Homme blanc ».

En effet, au CL2P, nous sommes conscients que les indépendances n’étaient autre chose que des changements cosmétiques dans les modes de domination, où la bourgeoisie nationale locale dite «Évolués», théorisée par des savants tels que Frantz Fanon, Achille Mbembe et de nombreux romanciers et cinéastes du pays, a remplacé le maître colonial qu’ils respectent d’ailleurs toujours comme un dieu et continuent à imiter ; démontrant ainsi une forme de racisme intériorisé et la continuation des politiques coloniale anti-noire malgré les indépendances. En pratique et par conséquent, si les indépendances ont semblé être un signe de progrès racial, les dirigeants, comme ceux que nous avons en Afrique centrale – une des sous-régions politiques les plus arriérées du monde – ne font que reproduire un élitisme néocolonial très préjudiciable aux indigènes.

Aussi, l’indépendance n’a pas empêché une caste de cyniques et des personnes opportunistes et dominées par des mécanismes de fétichisme et de complexe mimétique du maître colonial de se regrouper, puis se reproduire et monopoliser le pouvoir. Ce monopole de la violence est même devenu un quasi compromis pour se maintenir au pouvoir .

Vue sous cet angle la crise anglophone n’est que l’extension logique et la manifestation extrême de cette forme de pouvoir et de cette politique génocidaire. Car dans la pratique, la violence sert à tracer la frontière entre la structure du pouvoir constituée en un système de castes et le camerounais ordinaire relégué au rang de parias, ce que Achille Mbembe appelle «la nécropolitique », où le souverain décide qui doit vivre et qui doit mourir au nom de paix et toujours dans un présent perpétuel.

C’est une théorie également développée par des penseurs tels que Hannah Arendt, notamment sur comment le régime totalitaire fonctionne sur la propension à créer une population superflue. Ce moyen de violence s’articule autour d’une structure organisationnelle qui transforme l’État en loi du plus fort et la bureaucratie rien de moins qu’en fonctionnaires présentés en « grands serviteurs » de la violence.

Cette politique «nécropolitique», cependant, n’a jamais osé dire son nom. C’est précisément en réalité ce tabou systémique qui a perdu le régime de Yaoundé cette fois-ci.

Il suffit de remonter aux débats sur les plateaux de télévision au Cameroun – pas si longtemps que cela – où toute volonté exprimée de dialogue dans la crise anglophone était une source d’ennuis et de procès en tous genres pour ses auteurs…Le dictateur camerounais et ses partisans semblent en la matière avoir la mémoire non seulement courte et sélective, mais véritablement défaillante lorsqu’ils nous vendent unilatéralement un dialogue conditionné aujourd’hui.

C’est d’ailleurs tout le problème de ce pays plongé dans une impunité génocidaire qui n’augure d’aucun réel apaisement, si la nécessaire médiation n’est pas coordonnée par des instances internationales, avec au préalable la désignation d’un représentant spécial de l’Onu sur la crise anglophone et le retour de la paix au Cameroun.

Parce que le pouvoir génocidaire de Yaoundé à hélas perdu toute crédibilité sur le sujet, à force de nier systématiquement l’ampleur des exactions et des crimes de sang perpétrés par ses milices, puis de réprimer sauvagement y compris les populations civiles et les leaders d’opinion favorables dès le début au règlement pacifique de la crise anglophone à travers un dialogue inclusif.

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir été longuement prévenu!

Le Comité de Libération des Prisonniers Politiques – CL2P

http://www.cl2p.org 

17mai
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