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Cameroun, L’interpellation de Kamto : > Charles De gaulle :: CAMEROON
CAMEROUN :: POINT DE VUE
  • Correspondance : Ndjama Benjamin, ndjama@yahoo.com
  • mercredi 07 novembre 2018 11:02:00
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Cameroun, L’interpellation de Kamto : > Charles De gaulle :: CAMEROON

On était en mai 68, La Sorbonne était occupée, les bureaux vides, les usines fermées ! Paris sous les gaz lacrymogènes et les combats de rue ! La vieille France tremblait sur ses bases et « l’homme du 18 juin » s’apprêtait à s’enfuir à Baden-Baden » sous la huée des potaches. C’est sur ces entrefaites que le ministre de l’Intérieur Raymond Marcellin s’en vint à l’Elysée proposer la tête de Jean-Paul Sartre accusé d’être l’instigateur du désordre qui gagnait la société. « On n’arrête pas Voltaire », lui répondit le général de Gaulle encore lucide et soucieux de culture malgré la gravité de la situation.

Il nous revient que Kamto a été arrêté et mis en résidence surveillée. Il a organisé une manifestation publique le jour où le chef de l’Etat prête serment. Quel courage ? A pu s’exclamer un commentateur. Courage, audace, haute idée, sens des responsabilités ? On pourra spéculer à souhait sur les soubassements psychologiques de l’initiative. J’ai commencé la rédaction de ce texte avant même l’arrestation du célèbre professeur de droit car je la voyais venir. La rumeur circulait déjà sur une probable interpellation. L’évolution des évènements m’a obligé à reformuler certaines phrases, à supprimer certaines, à ajouter d’autres. Paul Atanga Nji a-t-il été le Raymond Marcellin de toute cette histoire ? Est-il allé à voir le chef pour demander l’autorisation d’arrêter Kamto s’il récidivait? Tout porte à le penser si on s’en tient à ces mises en garde. Et si c’était le cas pourquoi le président Biya n’a pas eu le reflexe Gaullien de répondre à Atanga Nji : <<on n’arrête pas voltaire>>

D’une communication enflammée à une autre, atanga nji a accusé le professeur Kamto de multiplier des provocations, de poser des actes dangereux en essayant d’organiser un mouvement insurrectionnel. Il a brandi à cet effet la loi contre le terrorisme. Toujours dans un ton menaçant, il a tenu à rappeler au professeur Kamto Qu’il n’allait tolérer aucun désordre. Il a rappelé à souhait qu’aucun écart de comportement ne devait être toléré car nul n’est au-dessus de la loi. Pour montrer un peu plus sa musculature à qui ne l’avait pas suffisamment vue il a tenu à remettre à jour la formule de Thomas Hobbes qui définissait l’Etat comme un monstre froid. On a pu constater en faisant le tour des multiples interventions du va-t-en guerre que le monstre froid possédait aussi le sens de la formule comme il en ressort de ces propos non dépourvus de lyrisme. << il faut qu’il sache (parlant de kamto) que chaque fois que quelqu’un a tenté de se mettre en marche de la loi, il est isolé par le peuple, il devient marginal, il vivra son sort tristement dans un coin isolé>>.

Kamto l’a royalement ignoré en refusant tout simplement de lui répondre. Peut-être estimait-il un candidat à la présidentielle discute avec un autre candidat et non un ministre en fonction. Le professeur d’université a tout simplement continué à multiplier des interventions en se montrant plus ferme et radical au fil des discours. En même temps il restait courtois et légaliste comme tout bon juriste en réaffirmant à haute et intelligible voix son opposition radicale à la violence. Atanga Nji gardien de l’ordre, au service du monstre froid est finalement allé de la parole menaçante aux actes en mettant la main sur voltaire ? Oui nous parlons de voltaire car Kamto en est un. Des voix se sont élevées ces dernières semaines pour déplorer les attaques contre l’éminent juriste venant parfois de parfaits abrutis.

Bahebeck et Charly Gabriel ont rappelé pour la défense de Kamto qu’on lui devait du respect du fait de son statut de professeur. Nous pensons aussi qu’il était important au regard des écarts de langage dont sa personne était la cible de rappeler les égards que nous devons à la notabilité professorale. Même s’il est vrai le titre de professeur s’est beaucoup banalisé ces dernières années au Cameroun. Les plateaux de télé sont de plus en plus inondés d’individus sans épaisseur, à qui on donne <<du professeur>>. Personne n’a vu leurs travaux dans une revue scientifique prestigieuse. On dira de ces gens ce que de Gaulle disait d’un intellectuel trop critique à son endroit.<<Il est professeur à la télé

et journaliste à l’université>>.Ils sont parvenus au professorat en bénéficiant d’arrangements politiques. La chronique parle à suffisance de cet enseignant d’université habitué de vision 4, (bon parleur au petit écran mais peu productif au niveau scientifique), dont l’accession au professorat s’est accélérée étrangement après sa participation à un colloque sur le Chantal Biyaisme . Était-ce une simple coïncidence ? On peut en douter. L’accès au grade de professeur est très politisé dans les pays du tiers-monde.

Si Kamto mérite la célébration du peuple et peut être considéré à juste titre comme un Voltaire ce n’est pas tellement du fait de son statut de professeur (car le titre s’est galvaudé) c’est davantage parce que sur le terrain de la science, il fait partie dans son domaine, des meilleurs, du moins en Afrique.

On nous demeura sur quoi on s’appuie pour établir une hiérarchie entre professeurs. Nous sommes allés de critères trop simples. Le premier et le plus couramment utilisé dans le monde consiste à se demander si les individus à qui ont donne <<du professeur>> peuvent justifier d’une production scientifique. Dans le monde Universitaire on ajoute souvent deux autres critères. Son article a t-il été publié dans une revue respectée ? Son article a-t-il fait l’objet d’une relecture par les pairs. Il possible aujourd’hui lorsqu’on cherche un article dans le monde universitaire d’utiliser les logiciels qui ne font cibler que les articles qui ont fait l’objet d’une relecture par les pairs.

Nous avons dit de Kamto qu’il était un voltaire. Et nous disons très clairement que les voltaires ne sont pas très nombreux dans notre intelligentsia. Pour s’en convaincre commençons par des techniques d’investigation simples. On peut partir d’une recherche sur google scholar spécialisé sur les revues scientifiques. On peut aussi très simplement aller sur Amazon pour voir si un individu a publié des livres dans d’autres maisons d’édition que les médiocres écuries de l’Afrique.

Une technique plus sérieuse pour investiguer sur un universitaire Camerounais serait de visiter les bibliothèques des grandes universités du monde. Cette technique permet de savoir si un africain est lu et étudié en dehors de l’Afrique. Etre lu et étudié en dehors de l’Afrique est la preuve évidente du rayonnement mondial d’un cerveau. C’est un indicateur du talent. C’est la

preuve qu’on est sorti du ghetto car du regard de l’occident, l’Afrique est un ghetto. Il se dit dans les milieux sévères qu’elle n’avait rien apporter.

J’ai fait une enquête sur 7 individus en introduisant leurs noms dans le moteur d’une grande université européenne, l’université libre de Bruxelles. Les grandes universités possèdent chacune un stock considérable de livres et d’articles sur tous ceux qui comptent dans le monde de la science. Pour faire la comparaison entre les intellectuels et les mettre dans une hiérarchie il suffit d’entrer dans le moteur de recherche d’une grande université occidentale et introduire leurs noms. Quand quelqu’un est talentueux et travailleur, on a des informations sur des livres et articles qu’il a publiés. S’il ne l’est pas on n’ aura aucune information. Lorsqu’on ne trouve aucune information sur un individu on se dit de deux choses l’une, soit il n’a jamais publié, soit il n’a publié que dans de médiocres revues du tiers-monde.

Voici ce que j’ai trouvé en visitant le moteur de recherche de l’université libre de Bruxelles sur quelques universitaires camerounais choisi au hasard.

Mathias Nguini Owona : 0 livre, 0 article

Mouangue Kobila: 0 Livre, 0 article

Messanga Nyamding : 0 livre , 0 article

Kontchou Kouomegni Augustin : 1 Livre 1 article

Joseph Owona : 6 Livres, 1 article

Kamto Maurice : 16 Livres ( il est souvent l’unique auteur et parfois le livre est co-écrit) , 15 articles (il est parfois l’unique auteur , parfois l’article est co-écrit)

Achille Mbembe : 17 livres ( il est souvent l’unique auteur et parfois le livre est co-écrit) 117 articles ( il est souvent l’unique auteur , parfois l’article est co-écrit).

Il apparaît très justement de cette petite enquête que les Camerounais les plus lus et les plus étudiés en dehors de l’Afrique sont Kamto et Achille Mbembe. Ce dernier étant très largement le plus connus et très certainement le plus talentueux.

Si on devait faire des recherches similaires dans d’autres universités dans le monde occidental, on aurait des résultats similaires. Il y a donc professeur et professeur. Ils ne se valent pas. Kamto fait partie des meilleurs. N’en déplaise à Joseph Owona.

Les blancs (comme on parle trivialement dans le quartier africain) ont découvert très tôt le génie de Kamto et ont tenu à le souligner. Paul Isoart Professeur de droit à la faculté de Nice préfaçait en ces termes la thèse de doctorat de Maurice Kamto, Pouvoir et droit en Afrique noire : << Lorsque Maurice Kamto m’a proposé le sujet de sa thèse, j’avoue avoir hésité avant de donner mon accord. La recherche apparaissait ambitieuse par son ampleur donc risquée. Un étudiant même exceptionnellement doué comme l’est l’auteur de cet ouvrage allait-il maîtriser deux concepts aussi discutés que le droit et le pouvoir pour en outre les utiliser au profit de la compréhension du constitutionnalisme africain ? Mes craintes n’étaient pas fondées. M. Kamto a su parfaitement assimiler et exploiter une masse impressionnante d’ouvrages et d’articles pour offrir au lecteur une remarquable synthèse multidisciplinaire…>>

Toujours dans la même thèse Gérard Cognac Professeur à l’université de Paris I(Panthéon Sorbonne) écrivait ceci dans l’avant-propos : << Il fallait être téméraire pour s’attaquer dans sa thèse de doctorat aux problèmes les plus délicats de la technique, de la philosophie et de la sociologie du droit. Il fallait l’être aussi pour ne fixer à une exploration des systèmes politiques d’autres limites que les frontières incertaines de cette zone immense que l’on a pris l’habitude d’appeler l’Afrique noire. Il fallait être tenace pour rédiger un volumineux ouvrage qui pourrait facilement se dédoubler en deux ouvrages : l’un sur les concepts du pouvoir dans l’Afrique précoloniale, l’autre sur les systèmes politiques et constitutionnels de l’Afrique indépendante…Sa belle intelligence , sou goût de l’effort le promettent à une belle et je l’espère très féconde carrière universitaire>>

La lecture de cette thèse de doctorat est vivement recommandée. Elle représente sans aucun doute l’une des productions les mieux travaillées qu’on puisse trouver sur les systèmes politiques africains.

07nov.
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