Assemblée nationale : Le SDF chante et danse au Palais des Verres (Vidéo)
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Le parti d’opposition a lancé l’opération « Blocus » qui vise à imposer le débat sur la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Des chants et des pas de danse en séance plénière de l’Assemblée nationale. Ce 23 novembre 2017, les députés du Sdf offrent une adaptation de la chanson populaire, « Paul Biya, Paul Biya, Paul Biya... ». La suite donne ceci : « le pays va mal, le pays va mal... » La réplique du président de la Chambre est immédiate. Derrière le micro, Cavaye Yeguié Djibril chante à son tour, et donne de la voix. Il a repris la chanson à son compte, avec des paroles différentes, que voici : « le pays va bien, le pays va bien ... le Sdf va mal. »

Le  Pan chante ainsi depuis le perchoir, à sa place habituelle. Son couplet résonne dans l’hémicycle, amplifié par les hauts parleurs. Pourtant, il finit par abdiquer face aux hommes et aux femmes qui continuent de chanter en signe de défi. Leurs voix, plus nombreuses, laissent entendre un sursaut de détermination. En posture d’harangueur, plusieurs députés sont   regroupés à la tribune et chantent derrière les micros coupés.

Il y a Jean-Michel Nintcheu, qui porte sous sa veste un t-shirt imprimé de l’effigie de Che Guevara, figure emblématique des luttes révolutionnaires dans le monde. Il y a aussi Simon Fobi Nchinda et Ngala Esther Ntala. D’autres les encadrent et reprennent en chœur le refrain. En posture de danseur, l’honorable Deffo Oumbe Sangong fait valoir ses talents. Au sein de  cette joyeuse compagnie, plusieurs membres brandissent des feuilles et des tiges tirés d’un bouquet de fleurs.

Adopted

Le spectacle n’arrête pas pour autant Cavaye. Il engage un passage en force pour faire adopter le projet de loi portant loi de règlement de la République pour l’exercice budgétaire 2016. Le Pan parle au micro et déclare : « Article 1 adopté, article 2 adopté » Puis il conclut : « Adopted », pour déclarer adopté l’ensemble du texte. En même temps qu’il prononce les dernières syllabes, Cavaye se saisit de son marteau en bois et frappe contre le socle. La sentence est dite. La loi de règlement est adoptée, sans discussion générale préalable.  

Le ministre des Finances, Alamine Ousmane Mey, est pourtant venu défendre le texte face aux députés, après l’étape de la Commission des finances et du budget. Dans le vacarme produit parles députés du Sdf, aucun autre projet de loi n’est adopté, alors que trois autres attendent. Le président de l’Assemblée nationale met un terme à la séance plénière. Certains députés sont restés debout depuis la reprise, captivés par le spectacle qui se déroule sous leurs yeux. Il y a en qui ne sont même pas arrivés à leur place. Tout s’est  passé en quelques minutes.

Ce sont les minutes du 2ème et dernier round du bras de fer entre le Sdf et le président de la Chambre. Dans le premier round, par lequel tout a commencé, l’honorable Luc Koa a lu  le rapport de la Commission des  finances et du budget qui a étudié le projet de loi portant loi de règlement de la République en 2016. Après cet exposé, le président du groupe parlementaire Sdf, Banadzem Joseph Lukong, demande et obtient la parole. Sur la tribune, l’élu de la nation fustige le silence de la Représentation nationale depuis le déclenchement, il y a une année, de la crise sociopolitique et sécuritaire qui cause des morts dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Une  personne est encore tombée la veille. L’honorable Banadzem déclare que le Sdf ne laissera pas la séance plénière se poursuivre en ignorant totalement ce problème. Cavaye Yeguié Djibril annonce un vote pour trancher. L’honorable Banadzem réplique en signifiant fermement qu’il ne  s’agit pas d’une requête soumise à appréciation, mais d’une exigence. Plusieurs députés du Rdpc élèvent la voix pour contester. Un brouhaha gagne la salle au point où la séance  est suspendue par Cavaye Yeguié Djibril. Les députés du Sdf ne sortent pas, mais se mettent à chanter pour raccompagner leurs collègues qui prennent la porte. Pendant la pause, les positions demeurent tranchées. La reprise ne permet pas de reprendre les travaux.

Cavaye a finalement quitté l’hémicycle, puis le Palais des verres de Ngoa-Ekelle. Les députés des autres partis ont fait pareil : le Rdpc, l’Udc, l’Upc, le Mrc et l’Undp. Aucune solidarité n’a été affichée à l’endroit du Sdf qui a plutôt reçu les moqueries de certains élus.

Pidgin

Même après le départ de tout le monde, les élus de ce parti de l’opposition ont encore occupé l’hémicycle pendant un moment. Ils ont poursuivi le chant et la danse, enchaînant un autre couplet tout aussi populaire et remanié pour la cause. Les paroles disent : « How many people Paul Biya go kill, ôôôôô you go kill we tired, ôôôôô you go kill we tired, how many people Paul Biya go kill... » Traduction du message délivré en pidgin: « Combien de personnes Paul Biya va-t-il encore tuer. Il va nous tuer jusqu’à se fatiguer. »

Voilà pour cette journée à l’Assemblée nationale où le Sdf est passé à une nouvelle étape de son opération baptisée « Blocus ». Elle vise à empêcher la tenue de la session parlementaire consacrée à l’adoption du budget de l’Etat  pour l’année 2018. Une revendication est posée sur la table : l’Assemblée nationale doit d’abord ouvrir le débat sur la  crise sociopolitique et sécuritaire dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Le Sdf  avait commencé par boycotter la séance d’ouverture, le 14 novembre dernier.

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