Grogne des militaires : Insidieuses manoeuvres de déstabilisation ?
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Pour inédit, le mouvement d’humeur des casques bleus camerounais de la Minusca l’aura été à plus d’un titre. Mais au-delà, ledit mouvement semble plutôt résulter d’un profond malaise au sein de l’armée plus encline depuis quelque temps à l’embourgeoisement de ses responsables à divers échelons, au détriment des hommes de rangs.

FORT DE CE POSTULAT, on comprend aisément que ces derniers aient réussi la prouesse de passer outre les mailles du filet des services de renseignement qui, bien qu’informés du mouvement qui couvait, n’ont pu le réfréner permettant ainsi aux militaires contestataires d’étaler au grand jour l’ignominie caractérielle de leur hiérarchie. Ce d’autant plus qu’il est incompréhensible que cette dernière ait signifié à l’Union africaine la tension qui régnait sans toucher en retour quelque mot aux contestataires sur les mobiles du retard pris pour le paiement de leurs primes et émoluments.

Du coup, on peut imaginer que ce fut plutôt un sauf-conduit savant pour endormir davantage les contestataires. Sinon, d’où vient-il que la même Union africaine ne se soit guère reconnue dans la somme de 6 milliards de F Cfa clamée à l’occasion par le porte-parole du gouvernement qui de fait, ne pouvait disposer pour le cas d’espèce d’informations fiables ? Une évidence que n’aura très certainement pas appréhendée le Mindef, premier interlocuteur aussi bien de l’Ua que de l’Onu, dans le cadre des missions de paix et de sécurisation qu’effectuèrent ces casques bleus camerounais en Rca. Aussi est-il loisible de croire que ce dernier aurait simplement soufflé à son homologue de la communication un important différentiel majoré de 5 milliards de F Cfa par rapport à celui reconnu par l’Union africaine, pour couvrir la spoliation de fait de cet important différentiel.

Cloisonnement malveillant

Analyse faite, il ressort plutôt que c’est à dessein que les fonds entourant cette opération de maintien de la paix étaient soumis à une opacité de gestion. Mieux, sachant l’armée camerounaise assimilée à la grande muette, ceux commis à leur gestion ne pouvaient guère s’imaginer la voir sortir ainsi de ses gongs pour porter leurs frustrations légitimes audevant de la scène. Mal leur en pris, tant il est vrai qu’au cloisonnement de l’information y afférente, les militaires contestataires opposèrent un mouvement d’humeur d’envergure que d’aucuns assimilèrent à une tentative de coup de force. Si cela avait été, il aurait été bien difficile aux chefs de l’armée d’opposer quelque riposte à ces lésés plutôt gonflés à bloc. Fort heureusement, une telle idée ne leur avait pas traversé l’esprit, ce qui aurait été la preuve patente de la démission de fait du Mindef et si ce n’est pire, de son incapacité à maîtriser les troupes pas plus que les hauts gradés de l’armée auxquels il a concédé une fonctionnarisation des plus préjudiciables. Et ce n’est pas anodin qu’au plus fort de cette crise larvée, le Mindef ait brillé par son absence et un mutisme plutôt coupable, même s’il bénéficia de l’entregent de son homologue de la communication pour être disculpé, non sans indument rejeter tous les torts à l’Union africaine. Un artifice qui ne fut malheureusement pas suffisant, pour les mêmes militaires qui ont tôt fait de lui faire porter le chapeau de leur désastreuse condition.

Indexation

Démontant conséquemment cet artifice, ces derniers n’ont pas hésité à l’indexer de manière claire en relevant notamment que si promptitude il y eut avec leur mouvement d’humeur, c’est que le pouvoir a été irrémédiablement pris de panique, non sans envisager le pire. Toutes choses qui, si elles avaient été, auraient relevé de la faute du Mindef qui n’a à aucun moment su anticiper ou tout au moins, saisir le Chef de l’Etat par ailleurs chef suprême des armées, non plus à anticiper un paiement tardif, mais à l’assurer en conséquence pour se prémunir d’une telle frayeur au plus fort d’une situation sécuritaire déjà tendue du fait de la menace terroriste que représente Boko Haram. Mais cela, les cupides de nos forces de défense n’y ont pas pensé, préférant de loin «affamer les hommes de troupe pour se remplir les poches», de l’avis même de ces contestataires du reste délestés d’une partie de leur dû. Peut-être entendaient- ils ainsi les pousser à la faute, pour définitivement s’arroger leurs primes et émoluments ?

Manque de pot, les militaires contestataires ne tombèrent pas dans ce piège grossier qui pouvait ainsi offrir quelque porte de sortie inespérée à une hiérarchie militaire qui doit nécessairement rendre compte et peut-être même rendre gorge. Certes nous n’y sommes pas encore, mais à l’allure où vont les enquêtes à ce sujet, le principal mis en cause est bien évidemment le Mindef et ses affidés qui «profitent du flou artistique entretenu à dessein pour flouer l’Etat et le délester d’importantes sommes qui prennent la route des paradis  fiscaux ».

Bouillonnement

Avec le succès que connut ce mouvement de grogne, l’heure est littéralement au bouillonnement au sein de nos forces armées, notamment dans les rangs où les hommes de troupe sont déterminés à crever l’abcès purulent de l’enrichissement illicite des chefs. Aussi devrait-on s’attendre à brève échéance à la fin du mutisme récurrent de l’armée, désabusée qu’elle aura été de nombreuses années durant, par les fortes disparités entre les hommes de troupe pourtant au-devant de la scène quand vient l’heure de défendre l’intégrité territoriale, mais peu récompensés en retour. Plus grave, quand par extraordinaire quelque bataillon réussit un acte de bravoure, ce ne sont guère les éléments qui en tirent profit, mais plutôt leurs chefs dont la couardise sur le terrain des hostilités est pourtant connue de tous.

Devant cette exacerbation des frustrations de ces derniers, il urge à défaut d’élaguer, de promouvoir à l’occasion l’action sur le terrain ou ce qui en tient lieu. Une option qui aura le mérite de diluer les disparités décriées fort à propos par les hommes de troupe. Toutes choses qui, si elles étaient aplanies, restaureraient le mutisme de bon ton de la grande muette, sans en faire en réalité un bouillonnement intestinal permanant, porteur de tous les dangers. Nul doute que Paul Biya l’aura vite compris, en réagissant aussi promptement qu’il put. Mais en aura-t-il toujours l’opportunité quand on sait ce qu’il advint de la Côte d’Ivoire avec feu Robert Guei ?

© Aurore Plus : Muna Dimbambe

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