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© Camer.be : Paul Moutila
- 30 Jul 2026 00:14:45
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Cameroun - Paul Biya absent : le gouvernement se contredit
Paul Biya est absent du Cameroun depuis 50 jours. Le gouvernement multiplie les versions contradictoires : séjour privé, travail à distance, congé annuel de 80 jours. Qui dit vrai ? (153 caractères)
Alors que le président Paul Biya, 93 ans, est absent du Cameroun depuis le 7 juin 2026, le gouvernement et le parti au pouvoir multiplient les déclarations contradictoires sur la nature et la durée de son séjour en Suisse semant le doute dans l'opinion et chez les observateurs.
52 jours. C'est le temps que Paul Biya, président du Cameroun depuis 1982, a passé hors de son pays. Parti le 7 juin pour un « court séjour privé en Europe », le chef de l'État de 93 ans n'est toujours pas rentré.
Son absence est désormais la plus longue de son histoire. Et plus les jours passent, plus les explications officielles s'emmêlent.
Un haut responsable affirme qu'il est en « très bonne santé » et qu'il « travaille » depuis la Suisse. Un autre ministre, du même parti, explique qu'il est en « congé annuel » et qu'il pourrait légalement s'absenter jusqu'à 80 jours. Le porte-parole du gouvernement, lui, persiste à parler d'un « séjour privé ».
Trois versions. Une seule réalité. Et une question qui fâche : qui dit vrai ?
52 jours d'absence : un record qui interroge
Le 7 juin 2026, Paul Biya quitte Yaoundé pour la Suisse. Officiellement, il s'agit d'un « court séjour privé en Europe ». Cinquante jours plus tard, le chef de l'État n'a toujours pas regagné le Cameroun.
Ce séjour bat tous les records. « Absent de Yaoundé depuis le 7 juin, Paul Biya n'a toujours pas regagné le Cameroun. Cela fait de ce séjour en Suisse entouré de secrets et au cours duquel aucune activité officielle n'a été signalée le plus long qu'il ait jamais passé à l'étranger », écrit Jeune Afrique.
Rien d'anormal en apparence Paul Biya a l'habitude de longs séjours à l'étranger. Mais cette fois, le contexte est différent. Le président vient d'être réélu pour un huitième mandat en octobre 2025. Les défis sont nombreux : crises sécuritaires aux frontières, pression sociale grandissante, et une opinion publique de plus en plus critique.
« Très bonne santé » : le démenti de Mvondo Ayolo
C'est Samuel Mvondo Ayolo, directeur du Cabinet civil de la présidence, qui a rompu le silence. Interrogé par Jeune Afrique, il a fermement démenti les rumeurs d'hospitalisation. « Paul Biya n'a jamais été hospitalisé en Suisse », a-t-il assuré, affirmant que le président est en « très bonne santé ».
Pour prouver sa vitalité, il a même raconté que Paul Biya avait invité ses proches à déjeuner dans un restaurant à Évian, en France. Il a également affirmé que le président continue de travailler sur plusieurs dossiers et qu'une « liaison permanente avec Yaoundé » est maintenue.
Mais ce démenti contredit directement les informations de Jeune Afrique, qui affirme que le chef de l'État a été « pris en charge dans une clinique privée de Genève » depuis le 7 juin, après un malaise survenu lors de la fête nationale du 20 mai.
Fame Ndongo : « Aucune vacance du pouvoir »
Le 21 juillet, Jacques Fame Ndongo, ministre d'État et secrétaire national à la communication du RDPC, est monté au créneau. Sa ligne : fermeté. « Il n'y a aucune vacance de pouvoir au sommet de l'État », a-t-il martelé.
Qualifiant les accusations de vacance de « barbarisme juridique, voire politique ou logique », il a rappelé qu'aucune disposition légale ne fixe une durée maximale d'absence hors du territoire pour le chef de l'État. Selon lui, le président suit « méticuleusement les dossiers que lui soumettent ses collaborateurs, de visu ou par les moyens électroniques ».
Une déclaration qui n'a pas convaincu l'opposition. Le MRC a ironisé sur un « Cameroun qui serait devenu le premier pays au monde gouverné en télétravail clandestin ».
Owona : « Paul Biya a droit à 80 jours de congé »
C'est la déclaration qui a mis le feu aux poudres. Grégoire Owona, ministre du Travail et secrétaire général adjoint du RDPC, a comparé le président à un simple salarié.
Sur sa page Facebook, il a écrit : « Paul Biya, élu par le peuple camerounais et payé par lui, est un travailleur qui a droit à son congé annuel. Son employeur est tenu de le lui accorder ». Et d'ajouter : « Dans aucun pays au monde, on ne peut priver un salarié ou/et un travailleur, fût-il président de la République, de ses congés ».
Mais c'est la conclusion qui a fait bondir : ce congé pourrait durer « 80 jours légalement ».
En une phrase, Owona a transformé un « court séjour privé » en un congé de près de trois mois. Une contradiction frontale avec la communication de la présidence.
Trois versions, une cacophonie
Comment un appareil d'État aussi centralisé peut-il produire des déclarations aussi contradictoires sur un sujet aussi critique ?
- Version 1 (Présidence) : « Court séjour privé » le président est en Europe pour des raisons personnelles, il travaille à distance.
- Version 2 (RDPC) : « Pas de vacance du pouvoir » le président gouverne normalement, sa présence physique importe peu.
- Version 3 (Ministre du Travail) : « Congé annuel de 80 jours » le président est en vacances, comme n'importe quel salarié.
« Au départ c'était un court séjour privé et maintenant c'est un congé annuel. Franchement c'est du grand n'importe quoi », commente un internaute sur Camer.be. Un autre renchérit : « Lorsque les motifs du séjour changent au fur et à mesure, c'est du maquillage ».
Ce que la présidence ne dit pas
Au-delà des contradictions, c'est ce qui n'est pas dit qui interpelle. La présidence ne donne aucune date de retour. Elle ne fournit aucune preuve de l'exercice effectif du pouvoir. Elle ne répond pas à la question centrale : qui commande vraiment ?
« Sur l'exercice du pouvoir, en revanche, la présidence se tait. Elle ne dit rien de la durée. Cinquante jours d'absence ne sont pas expliqués, ils sont contournés », analyse Cameroonweb.
À Yaoundé, c'est Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, qui « gère les affaires courantes ». Officiellement, Paul Biya continue de signer des décrets. Mais la publication de décrets portant la mention de Yaoundé alors que le président séjourne à Genève soulève des questions.
L'opposition monte au créneau
L'opposition ne cache pas son inquiétude. Le MRC, par la voix de son vice-président Mamadou Mota, pose une question qui résume l'angoisse générale : « À partir de combien de semaines d'absence physique l'exercice de la magistrature suprême devient-il une vue de l'esprit ? Quarante-cinq jours loin du territoire national, ce n'est pas un séjour, c'est un exil de fait ».
Le SDF, de son côté, dénonce une gestion de l'État en « pilotage automatique ». Le député d'opposition Jean Michel Nintcheu a même appelé la Cour constitutionnelle à déclarer la vacance de la présidence.
Une crise de confiance
Au-delà des querelles politiciennes, c'est la confiance des citoyens et des chancelleries qui est en jeu. Comment croire un gouvernement qui change de discours toutes les semaines ? Comment prendre au sérieux une présidence qui ne communique pas directement ?
« Monsieur Owona a beaucoup d'humour. Et aussi le cynisme malicieux de se foutre de notre gueule avec un large sourire », commente un internaute.
L'absence de Paul Biya n'est pas en soi un problème les chefs d'État voyagent. Mais l'absence de transparence, les contradictions et le mutisme des autorités créent un climat d'incertitude qui fragilise l'institution présidentielle.
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