Cabral Libii dénonce le vide juridique de l'absence de Biya
CAMEROUN :: POLITIQUE

Cameroun - Cabral Libii dénonce le vide juridique de l'absence de Biya

Cabral Libii dénonce le vide juridique de la Constitution camerounaise qui ne limite pas la durée d'absence du président. Il appelle les Camerounais à s'inscrire sur les listes électorales avant le 31 août 2026. (150 caractères)

Alors que Paul Biya a franchi le cap des 50 jours d'absence, le député Cabral Libii pointe une faille majeure de la Constitution camerounaise et lance un appel à la mobilisation citoyenne.

Le président camerounais Paul Biya a quitté Yaoundé le 7 juin 2026 pour un « court séjour privé en Europe ». Plus de 50 jours plus tard, il n'est toujours pas rentré. Une absence qui bat son propre record de 49 jours établi en 2024 et qui plonge le Cameroun dans une interrogation institutionnelle inédite.

Le député et leader du Parti Camerounais pour la Réconciliation Nationale (PCRN), Cabral Libii, a tiré la sonnette d'alarme. Il dénonce un « vide juridique » dans la Constitution camerounaise, qui ne fixe aucune limite à la durée d'absence d'un président hors du territoire et n'oblige pas le gouvernement à justifier un tel séjour. Pour l'opposant, cette lacune expose le pays à une crise de légitimité. Et sa solution ? Une mobilisation citoyenne massive avant la date butoir du 31 août 2026.

Où est Paul Biya ? Que dit vraiment la Constitution ? Et pourquoi cette absence pourrait-elle redessiner l'avenir politique du Cameroun ? Plongée au cœur d'une controverse qui agite le pays.

Le record d'absence qui inquiète

Samedi 26 juillet 2026, cela faisait exactement 49 jours que Paul Biya avait quitté le sol camerounais. Un délai qui égalait son précédent record d'absence, celui de 2024, qui avait déjà suscité une vive tension avant son retour discret à Yaoundé. Le lendemain, le cap des 50 jours était franchi. Un seuil symbolique qui a ravivé les spéculations sur l'état de santé du chef de l'État âgé de 93 ans.

Parti avec son épouse Chantal Biya pour un séjour dont on ignore toujours la durée et le lieu précis – il séjournerait actuellement dans un hôtel en Suisse – le président n'a plus fait d'apparition publique depuis son départ. Le gouvernement, par la voix du ministre de la Communication René Emmanuel Sadi, a démenti une éventuelle hospitalisation, mais aucune preuve visuelle crédible n'est venue calmer les rumeurs.

Cabral Libii : « La Constitution ne dit rien »

C'est dans ce contexte de flou total que Cabral Libii est monté au créneau. Le député et leader du PCRN qualifie l'absence de plafonnement de la durée du séjour du président à l'étranger de « vide juridique ». Selon lui, la Constitution camerounaise est muette sur deux points essentiels : la durée maximale d'absence autorisée et l'obligation pour le gouvernement de justifier cette absence.

« La Constitution ne dit rien sur le temps qu'un président peut passer hors du territoire. Elle n'oblige personne à dire pourquoi il est parti, ni quand il revient », résume-t-il en substance. Une lacune qui, pour l'opposant, n'est pas anodine : elle crée un espace d'opacité propice à toutes les interprétations et à toutes les inquiétudes.

Vacance du pouvoir : le débat juridique qui divise

L'analyse de Cabral Libii rejoint celle d'autres voix de l'opposition et du monde juridique. L'avocat Christian Ntimbane Bomo estime ainsi que le Conseil constitutionnel peut désormais constater la vacance de la présidence pour « démission implicite ». Son raisonnement s'appuie sur l'article 6 de la Constitution, qui prévoit la vacance pour cause de décès, de démission ou d'empêchement définitif. Pour Me Ntimbane Bomo, l'absence injustifiée et prolongée de son poste de travail – Yaoundé étant le siège des institutions – équivaut à un abandon de poste.

Le député Jean-Michel Nintcheu a également appelé le Conseil constitutionnel à constater la vacance du pouvoir. Le Social Democratic Front (SDF) estime que le pays est passé en mode « pilotage automatique », tandis que le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) parle de « télétravail ».

Le camp présidentiel : « Le Lion n'est pas parti »

Face à ces offensives, le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), le parti au pouvoir, tente de rassurer. Christophe Mien Zok, directeur de la propagande du RDPC, a écrit dans un éditorial daté du 15 juillet : « Le pouvoir n'est pas vacant. Le Lion n'est pas parti ». Selon le secrétaire national à la communication du RDPC, « il n'y a pas de vacance du pouvoir, et le président est au travail », où qu'il se trouve.

Mais cette communication, jugée insuffisante par l'opposition, n'a pas apaisé les esprits. L'Union Démocratique du Cameroun (UDC) estime que « la stabilité d'une République ne peut reposer sur le silence ou les suppositions » et appelle à l'ouverture d'un chantier institutionnel pour encadrer les absences prolongées du chef de l'État.

Une révision constitutionnelle inachevée

Le débat prend une dimension particulière à la lumière de la révision constitutionnelle adoptée le 14 avril 2026. Celle-ci a réintroduit le poste de vice-président, précisément pour garantir la continuité de l'État. Mais ce vice-président n'a jamais été nommé. « Le remède est devenu le problème », résume amèrement un analyste.

Pour Cabral Libii, cette situation illustre parfaitement les limites du système actuel. Combler le vide juridique qu'il dénonce nécessiterait une loi. Mais le député est lucide : sous l'actuelle Assemblée nationale, où le RDPC détient une majorité écrasante, l'adoption d'un tel texte est hautement improbable.

L'appel à la mobilisation citoyenne

Face à ce qu'il perçoit comme une impasse institutionnelle, Cabral Libii a choisi une autre voie : l'appel à la mobilisation citoyenne. Il exhorte les Camerounais à s'inscrire sur les listes électorales avant la date butoir du 31 août 2026.

« Pour éviter cette domination [du RDPC], les Camerounais doivent se faire enregistrer et participer aux élections », a-t-il déclaré. Un message qui résonne comme un appel à un sursaut démocratique. L'inscription sur les listes électorales est en effet la condition sine qua non pour peser sur les prochaines échéances électorales.

Une crise aux multiples facettes

L'absence de Paul Biya n'est pas qu'une question juridique. Elle est aussi politique, sociale et symbolique. Elle révèle les fragilités d'un système hyper-centralisé, où tout repose sur un homme. Elle interroge sur la continuité de l'État et la légitimité des décisions prises en l'absence du chef. Elle alimente les rumeurs et les tensions dans une opinion publique déjà éprouvée.

L'absence prolongée du président soulève également la question de la place de la Première dame. Chantal Biya est décrite par plusieurs médias comme « de plus en plus impliquée dans la gestion des dossiers de l'État ». Son nom reviendrait dans certaines nominations et décisions autrefois réservées au président, renforçant l'idée que l'accès au chef de l'État passerait désormais par elle.

Quelle issue pour le Cameroun ?

À l'heure où ces lignes sont écrites, aucune date de retour n'a été communiquée. Le flou persiste. La controverse, elle, s'intensifie. Que se passera-t-il si l'absence se prolonge encore ? Le Conseil constitutionnel sera-t-il saisi ? La rue finira-t-elle par s'emparer du sujet ?

Une chose est sûre : les déclarations de Cabral Libii ont remis sur le devant de la scène une question fondamentale : la Constitution camerounaise est-elle adaptée à une situation d'absence prolongée du chef de l'État ? Pour l'instant, la réponse est non. Et c'est bien là que réside le danger.

Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp 

Lire aussi dans la rubrique POLITIQUE

Les + récents

partenaire

canal de vie

Vidéo de la semaine

évènement

Vidéo


L'actualité en vidéo