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© Camer.be : Avec Moussa Njoya
- 29 Jul 2026 11:56:09
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Cameroun - Affaire Zogo : l'avocate qui défend Ngoh Ngoh
Alors que le capitaine Effoudou accuse Ferdinand Ngoh Ngoh d'être le commanditaire de l'assassinat de Martinez Zogo, l'avocate de la partie civile prend sa défense. Moussa Njoya interroge ces comportements paradoxaux.
Alors que le capitaine Effoudou désigne Ferdinand Ngoh Ngoh comme le commanditaire de l'assassinat du journaliste Martinez Zogo, Me Félicité Zeiffman, avocate de la partie civile, vole au secours du ministre d'État. Une prise de position qui interroge sur le rôle et l'indépendance des avocats des parties civiles dans cette affaire hors norme.
Le 24 juillet 2026. Après trois ans de silence, le capitaine Effoudou Awussi Kenneth Romuald, ancien officier des renseignements à l'État-major particulier du président Paul Biya, brise l'omerta. Depuis son exil en Europe, il accuse Ferdinand Ngoh Ngoh, ministre d'État et secrétaire général de la présidence, d'être le commanditaire de l'assassinat de Martinez Zogo.
Mais la surprise ne vient pas seulement de ces accusations. Elle vient de la réaction de Me Félicité Esther Zeifman, avocate de la famille de Martinez Zogo. Celle-ci a littéralement volé au secours du ministre d'État, déclarant que « l'on ne condamne pas un homme sur des rumeurs recyclées ». Une sortie qui, pour le moins, interroge sur l'indépendance des avocats de la partie civile.
Pourquoi l'avocate de la famille Zogo prend-elle la défense de celui que l'on accuse d'être le commanditaire du crime ? Quel intérêt ont les lanceurs d'alerte à écarter systématiquement les pistes impliquant Ferdinand Ngoh Ngoh ? Moussa Njoya, dans une tribune qui fait date, pose des questions qui dérangent.
Le capitaine Effoudou brise l'omerta
Le 24 juillet 2026 restera une date marquante dans l'affaire Martinez Zogo. Ce jour-là, le capitaine Effoudou, ancien chef du bureau des renseignements à l'État-major particulier du président Paul Biya, a accordé une interview choc de 27 minutes au journaliste Morgan Palmer. Trois ans après les faits, il a décidé de parler.
Ses accusations sont d'une extrême gravité. Il met nommément en cause le ministre d'État Ferdinand Ngoh Ngoh, qu'il accuse de tentative de coup d'État et d'être le commanditaire de l'assassinat de Martinez Zogo. Il affirme avoir fui le Cameroun pour sauver sa vie après avoir dénoncé ces agissements.
Me Zeiffman : une avocate qui défend l'accusé
La réaction de Me Félicité Esther Zeifman, avocate de la famille de Martinez Zogo, a surpris plus d'un observateur. Dans une déclaration publique, elle a estimé que les accusations visant Ferdinand Ngoh Ngoh étaient « infondées » et a appelé à ne pas condamner un homme sur des rumeurs.
Moussa Njoya, dans sa tribune, s'interroge sur l'intérêt d'une telle sortie. Il rappelle que le rôle d'un avocat de la partie civile est de « maximiser les chances de réparation des dommages subis par ses clients ». Il ajoute : « Le rôle d'un avocat de la partie civile ne saurait être de disculper, par avance et sans aucune enquête préalable, telle ou telle autre personne ».
Un paradoxe juridique et éthique
La position de Me Zeiffman soulève des questions fondamentales sur le rôle des avocats dans les affaires criminelles. En droit camerounais, la partie civile est « toute personne qui se prétend lésée par un crime ou par un délit » et qui se joint à l'action du Ministère public dans le but d'obtenir des dommages-intérêts.
En prenant publiquement la défense de Ferdinand Ngoh Ngoh, l'avocate de la famille Zogo semble oublier que son devoir premier est de servir les intérêts de ses clients. En écartant une piste, même improbable, elle réduit les chances de voir la vérité éclater et, potentiellement, les chances d'obtenir réparation.
Les lanceurs d'alerte : une cohérence en question
Moussa Njoya ne s'arrête pas à l'attitude de Me Zeiffman. Il s'interroge également sur le comportement de certains lanceurs d'alerte qui, depuis le début de cette affaire, mettent un point d'honneur à innocenter Ferdinand Ngoh Ngoh et Modeste Mopa chaque fois qu'ils sont évoqués.
Ces lanceurs d'alerte se présentent comme des activistes du « changement » et prétendent rechercher « la vérité, toute la vérité et rien que la vérité ». Pourtant, ils déploient une énergie considérable pour discréditer les témoignages et les pistes qui impliquent ces personnalités.
« La question qu'on est alors en droit de se poser est celle de savoir : pourquoi des gens qui prétendent rechercher la vérité peuvent-ils déployer autant d'énergie pour écarter des pistes d'enquête ? », interroge Moussa Njoya.
Les intérêts cachés derrière la quête de vérité
L'auteur de la tribune va plus loin. Il s'interroge sur ce que gagnent ces lanceurs d'alerte à ce que « telle ou telle autre personnalité du régime Biya ne soit pas indexée dans cette affaire ».
La question est d'autant plus pertinente que Ferdinand Ngoh Ngoh est l'un des hommes les plus puissants du Cameroun. Ministre d'État, secrétaire général de la présidence, il est considéré comme le numéro deux du régime. L'impliquer dans l'assassinat d'un journaliste aurait des conséquences politiques majeures.
Une affaire qui ne cesse de rebondir
L'affaire Martinez Zogo est un feuilleton judiciaire qui n'en finit pas de connaître de nouveaux rebondissements. Chaque semaine apporte son lot de révélations, de témoignages et de controverses. Le procès, qui se tient devant le tribunal militaire de Yaoundé, a vu défiler des dizaines de témoins, dont certains ont livré des témoignages accablants.
Les déclarations du capitaine Effoudou, bien que non vérifiées, ont relancé le débat autour du commanditaire du crime. Et les réactions qu'elles ont suscitées, notamment celle de Me Zeiffman, ont ajouté une couche supplémentaire à cette affaire déjà complexe.
La quête de vérité et ses obstacles
La vérité dans l'affaire Martinez Zogo semble se heurter à de nombreux obstacles. Les contradictions des témoins, les pressions politiques, les intérêts personnels et les stratégies juridiques des différentes parties rendent l'enquête particulièrement difficile.
Les interrogations soulevées par Moussa Njoya sont légitimes. Elles rappellent que, derrière la quête de vérité, se cachent parfois des intérêts bien compris. Et que la manifestation de la vérité ne peut passer par l'ocultation de certaines pistes, fussent-elles les plus improbables.
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