Église de réveil : fidèles retrouvés enchaînés
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Lors d'une opération de contrôle des lieux de culte clandestins, le sous-préfet de Yaoundé IV a découvert des femmes et des mineurs retenus enchaînés sous prétexte de « guérison spirituelle » un scandale qui secoue le Cameroun.

Des femmes et des enfants enchaînés à l'intérieur d'une église. À Yaoundé. En 2026.

C'est la scène de stupeur à laquelle ont été confrontés, ce mercredi, les agents du sous-préfet de Yaoundé IV, Elvis Akondi Mbahangwen, lors d'une opération de contrôle dans le quartier Nkoldongo. Une opération de routine, une campagne d'assainissement des établissements religieux illégaux. Et puis, l'irréparable : des chaînes, des corps entravés, des visages marqués par la peur.

L'émotion est vive au Cameroun. Les masques tombent sur certaines pratiques observées dans les églises dites de réveil. Mais au-delà du choc, une question s'impose : comment une telle barbarie a-t-elle pu se cacher si longtemps derrière le voile de la foi ?

Une opération de routine qui tourne au cauchemar

C'est une opération de contrôle comme il en existe des centaines au Cameroun. Dans le cadre de la campagne de régularisation et d'assainissement des établissements religieux, le sous-préfet de Yaoundé IV mène une descente dans plusieurs lieux de culte du quartier Nkoldongo.

L'objectif : identifier et sanctionner les églises exerçant en dehors du cadre légal, sans les autorisations officielles requises par le ministère de l'Administration territoriale.

Mais en pénétrant dans les locaux de cette église de réveil, les équipes administratives et les forces de l'ordre sont confrontées à un spectacle insoutenable. Des femmes et de jeunes enfants sont privés de leur liberté de mouvement la plus élémentaire, retenus au sol ou à des structures fixes par des chaînes métalliques.

« L'image a suscité une vive émotion au Cameroun »

Des « cures spirituelles » sous les chaînes

Selon les premiers éléments recueillis, ces personnes étaient soumises à ces traitements dégradants sous prétexte de cures spirituelles, de séances d'exorcisme ou de rituels de « délivrance » visant à guérir des maladies ou à chasser des démons.

Une pratique qui n'est pas isolée. Depuis plusieurs années, les dérives des églises de réveil ces mouvements évangéliques pentecôtistes issus du protestantisme anglo-saxon sont dénoncées par les autorités et les associations de défense des droits humains. Extorsion de fonds, emprise psychologique, séquestration, violences physiques : les témoignages s'accumulent.

Mais rarement une affaire n'avait atteint ce degré d'horreur.

Le contexte : le meurtre d'une fillette et la chasse aux églises illégales

Cette découverte intervient dans un contexte particulièrement tendu. Le 8 juillet 2026, le gouvernement camerounais a annoncé une vaste offensive dans le milieu des églises de réveil. Pas moins de 1 400 d'entre elles seront fermées dans les prochains jours.

La décision du ministre de l'Administration territoriale, Paul Atanga Nji, fait suite au meurtre, fin juin 2026, d'une fillette de 11 ans à Yaoundé. L'auteure présumée du crime, une fidèle d'une église de réveil, a déclaré avoir agi sous l'influence « d'un prophète ». Ce dernier lui aurait fait croire que le sacrifice d'un enfant pouvait l'aider à sortir de ses difficultés financières.

La fillette a reçu 17 coups de couteau, selon les conclusions d'un médecin légiste. La suspecte est depuis aux arrêts.

« Le crime est proscrit par la loi et par les textes sacrés » , a rappelé Paul Atanga Nji. « La foi ne peut plus s'affranchir de la loi » .

Le sous-préfet Elvis Akondi Mbahangwen : un homme déterminé

L'homme qui a découvert l'indicible n'est pas un novice. Elvis Akondi Mbahangwen, sous-préfet de Yaoundé IV, s'est déjà illustré par sa fermeté contre les dérives religieuses. En février 2025, il avait ordonné la fermeture de 188 églises illégales dans son arrondissement.

Cette fois, c'est un cran au-dessus. Face à la gravité de la situation, il a immédiatement ordonné la libération et la prise en charge des victimes. Une enquête judiciaire a été ouverte pour déterminer les responsabilités pénales des dirigeants et du personnel de cette congrégation, qui devront répondre de faits de séquestration, de maltraitance et d'exercice illégal d'une activité religieuse.

Une enquête pour séquestration et maltraitance

Les chefs d'accusation sont lourds. Séquestration. Maltraitance sur mineurs. Exercice illégal d'une activité religieuse. Privation de liberté.

Les autorités camerounaises se veulent fermes : les contrôles systématiques vont se poursuivre de manière rigoureuse. Les fermetures définitives de structures clandestines vont s'intensifier sur l'ensemble de la municipalité.

L'objectif : protéger les populations et mettre un terme définitif aux abus commis sous le couvert de la foi.

Une éclosion anarchique qui inquiète

Le phénomène n'est pas nouveau. Depuis une trentaine d'années, le nombre d'églises évangéliques ne cesse de croître sur le continent africain. Au Cameroun, le ministre a reconnu une forme d'anarchie dans le secteur, favorisée par le « principe de la tolérance administrative » qui a vu naître des centaines de lieux de culte dans les quartiers populaires, sans aucune autorisation légale.

Certaines de ces églises sont de véritables entreprises commerciales déguisées en lieux de culte. D'autres, comme celle de Nkoldongo, cachent des pratiques criminelles.

La foi ne peut plus être un bouclier

Cette affaire est un signal d'alarme. Elle révèle les failles d'un système qui a trop longtemps fermé les yeux sur les dérives de certains établissements confessionnels. Elle rappelle aussi que la liberté religieuse, valeur fondamentale, ne saurait servir de paravent à l'exploitation et à la violence.

Les fidèles enchaînés de Nkoldongo sont aujourd'hui libres. Mais combien d'autres, ailleurs au Cameroun, attendent encore d'être délivrés ?

Jusqu'où peut aller la dérive sectaire sous couvert de religion ?

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