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© Camer.be : Toto Jacques
- 15 Jul 2026 01:35:19
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CAMEROUN :: Colonel Otoulou : « Ils ont planifié le meurtre » :: CAMEROON
Devant le Tribunal militaire de Yaoundé, le Colonel Jean-Pierre Otoulou, ancien commandant de la Légion de gendarmerie du Centre, a déroulé le fil d'une enquête où chaque preuve numérique et chaque confrontation ramène au domicile de l'homme d'affaires Jean-Pierre Amougou Belinga.
Le 14 juillet 2026, le Tribunal militaire de Yaoundé a basculé. Le Colonel Jean-Pierre Otoulou, ancien commandant de la Légion de gendarmerie du Centre, est entré à la barre et a livré une déposition fleuve qui a fait voler en éclats la stratégie de défense de Jean-Pierre Amougou Belinga et de son bras droit, Bruno Bidjang.
Devant une salle comble, le haut gradé a décrit une traque méthodique, des confrontations qui ont fait craquer les accusés, et un pacte financier scellé au domicile même du puissant homme d'affaires. Au centre du récit : un message WhatsApp envoyé par Bruno Bidjang à Paul Daisy Biya annonçant un « Jour J » où il serait « sans pitié » pour Martinez Zogo. Et des caméras de surveillance qui ont retracé les allées et venues de Justin Danwe, le directeur des opérations de la DGRE, vers l'immeuble Ekang d'Amougou Belinga.
Une traque sans traces, des spécialistes identifiés
L'enquête du Colonel Otoulou commence par un constat : l'enlèvement de Martinez Zogo, le 17 janvier 2023 devant un poste de gendarmerie dans la banlieue de Yaoundé, a été exécuté avec une « précision chirurgicale ». Aucune trace de vidéosurveillance utilisable. Aucun témoin direct.
Face à ce brouillard, le colonel a rapidement orienté ses recherches vers des profils spécifiques : des hommes formés aux opérations spéciales. C'est l'interpellation du directeur des opérations de la DGRE, Justin Danwe, et de son complice Ebo, qui a ouvert la voie vers les commanditaires.
Le double jeu d'Amougou Belinga : du mépris à la confrontation
Au début de l'enquête, Jean-Pierre Amougou Belinga affiche un mépris souverain face aux enquêteurs. Selon le témoignage du colonel, l'homme d'affaires déclare avec arrogance : « Moi, quand un enfant me dérange, je le fouette et je lui donne l'argent ».
Il nie toute implication, prétendant simplement que Justin Danwe est un ami qui lui fournit des renseignements. Mais la stratégie de défense s'effondre lorsque le Colonel Otoulou ordonne une confrontation directe et immédiate entre l'homme d'affaires et l'officier de la DGRE.
Justin Danwe craque : « Je change ma déclaration »
Acculé par les questions du gendarme, Justin Danwe craque. Devant son complice, il lâche : « Mon colonel, je change ma déclaration. Je connais très bien M. Amougou ».
Le Colonel Otoulou détaille alors au tribunal le pacte financier conclu directement au domicile d'Amougou Belinga, où les deux hommes ont planifié l'opération pour « faire taire » Martinez Zogo en échange d'une avance sur solde.
Les preuves s'accumulent. La gendarmerie a pu retracer, grâce aux caméras de surveillance, les déplacements secrets de Danwe vers l'immeuble Ekang d'Amougou Belinga pour lui rendre compte du bon déroulement de l'enlèvement.
Bruno Bidjang et le message « sans pitié »
Le rôle de Bruno Bidjang, directeur général du groupe de presse d'Amougou Belinga, a également été mis à nu. Lors de son arrestation, le colonel exige qu'il déverrouille son téléphone. À l'intérieur, les enquêteurs découvrent un message particulièrement lourd de sens envoyé à Paul Daisy Biya : « Le jour J, ça sera sans pitié pour Martinez ».
Interrogé sur la signification de ce mystérieux « Jour J », Bruno Bidjang tente de se défendre. Il affirme qu'il faisait référence à une future incarcération légale, prétendant qu'Amougou Belinga disposait de puissants appuis dans l'appareil judiciaire.
Mais pour les enquêteurs, la proximité fusionnelle entre les deux hommes décrits par le colonel comme « l'ongle et le doigt » ne laisse planer aucun doute sur la complicité de Bidjang dans la préparation du drame.
Le téléphone disparu de Melissa Amougou Belinga
La déposition du Colonel Otoulou s'est également attardée sur la disparition suspecte d'un téléphone iPhone appartenant à l'épouse d'Amougou Belinga, Melissa. Selon l'enquête préliminaire, Ogodigo Pamela Prisca, employée au domicile de la famille, a déclaré avoir reçu ce téléphone de sa patronne le jour de l'interpellation de Jean-Pierre Amougou Belinga. Elle l'a remis temporairement à Albertine Ntete puis l'a restitué, le soir même, à Melissa Amougou Belinga, à la demande de cette dernière.
Les enquêteurs indiquent que leurs tentatives pour récupérer ce téléphone afin de procéder à son exploitation technique sont restées sans succès. Melissa Amougou Belinga ne se serait pas présentée aux convocations et le téléphone n'aurait pas été remis aux enquêteurs. Pour le Colonel Otoulou, cette disparition soudaine au moment des interpellations démontre une volonté manifeste de dissimuler des preuves compromettantes.
Le renvoi du procès : une suspension stratégique
À 17h10, après ces révélations fracassantes qui resserrent l'étau autour d'Amougou Belinga et de Bruno Bidjang, le tribunal a prononcé le renvoi de la cause aux 03 et 04 août 2026. Cette suspension, demandée par la défense de l'État, permettra de poursuivre le contre-interrogatoire du Colonel Otoulou et d'entendre de nouveaux témoins clés.
Dix-sept personnes sont renvoyées devant le Tribunal militaire dans cette affaire. Parmi elles, Jean-Pierre Amougou Belinga, l'ancien patron de la DGRE Maxime Eko Eko, Justin Danwe et Bruno Bidjang.
Martinez Zogo, directeur de la radio Amplitude FM, avait été enlevé le 17 janvier 2023. Son corps, nu et mutilé, a été retrouvé cinq jours plus tard. Il dénonçait la corruption au sommet de l'État.
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