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© Camer.be : Toto Jacques
- 11 Jun 2026 13:04:51
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Bell en larmes : « Si l'Afrique a 10 places et le Cameroun n'y est pas, je pleure » :: CAMEROON
Joseph Antoine Bell, gardien légendaire des Lions Indomptables, brise le silence avec une émotion brute : l'absence du Cameroun à la Coupe du Monde 2026 n'est pas une accident c'est l'aboutissement d'une chute que personne ne veut regarder en face.
Il a retenu ses larmes aussi longtemps qu'il a pu.
Puis il a parlé.
Joseph Antoine Bell, l'homme qui gardait les buts quand le Cameroun faisait trembler le monde, n'a pas pu se taire davantage. Pas cette fois. Pas quand l'Afrique envoie dix équipes à la Coupe du Monde et que le Cameroun n'en fait pas partie.
« Je m'excuse de lancer comme ça un cri. »
Un cri. D'un homme de 70 ans. Qui se souvient d'une époque où le Cameroun était le football africain.
Et qui ne comprend toujours pas comment on en est arrivé là.
De pionniers à absents : la chute qui ne dit pas son nom
Il y a des mots qui font mal parce qu'ils sont vrais. Ceux de Joseph Antoine Bell, prononcés avec la voix de quelqu'un qui se retient depuis trop longtemps, font partie de ceux-là.
L'ancien gardien emblématique des Lions Indomptables n'a pas simplement réagi à une élimination sportive. Il a prononcé un réquisitoire. Calme dans la forme. Dévastateur dans le fond.
L'occasion : l'absence du Cameroun à la Coupe du Monde 2026, organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique. Pour la première fois de l'histoire, le football mondial alloue dix places aux équipes africaines. Dix. Un record absolu. Et le Cameroun, pionnier du football africain sur la scène mondiale, n'y figure pas.
Le pionnier qui se souvient
Pour comprendre pourquoi les mots de Bell résonnent aussi fort, il faut remonter le fil de l'histoire.
Quand le Cameroun a participé à sa première Coupe du Monde en 1982, l'Afrique ne disposait que d'une seule place dans la compétition. Une seule. Et le Cameroun était là.
Quand les quotas africains ont été portés à deux, puis trois, puis cinq, le Cameroun a été présent à chaque étape de cette progression. Mieux : il en a été l'un des artisans, en montrant au monde que le football africain méritait sa place à la table des grandes nations. Les Lions Indomptables de 1990, avec leur quart de finale retentissant en Italie, ont changé à jamais la perception du football africain à l'échelle planétaire.
Bell était là. Il a tout vécu.
« Quand il y avait un seul représentant africain à la Coupe du Monde, le Cameroun prétendait qu'il pouvait être celui-là. Il a contribué pour qu'il y en ait trois, cinq... »
Aujourd'hui, l'Afrique a dix représentants. Et le Cameroun regarde la télévision.
La phrase qui résume tout
Ce qui rend la déclaration de Bell particulièrement cinglante, ce n'est pas l'émotion bien que réelle et palpable. C'est le diagnostic.
En une formule, il identifie le mal profond : « Il faut arrêter de nous raconter qu'on est en reconstruction sans avoir jamais dit quand on a été détruits. »
Cette phrase mérite qu'on s'y arrête. Elle pointe l'hypocrisie d'une communication institutionnelle qui utilise le mot « reconstruction » comme un bouclier narratif sans jamais assumer la responsabilité du délabrement qui aurait rendu cette reconstruction nécessaire. Quand a-t-on détruit ? Qui a détruit ? Personne ne répond.
La « reconstruction » devient ainsi un mot-valise commode, une promesse permanente qui ne s'accompagne d'aucun bilan, d'aucun calendrier, d'aucune responsabilité.
Le temps du déni
Bell ne s'arrête pas à l'émotion. Il pointe une attitude : le refus collectif des dirigeants du football camerounais de « regarder en face la décrépitude, de regarder en face la chute ».
C'est un constat sévère. Et partagé par de nombreux observateurs du football africain. Le Cameroun dispose pourtant d'un vivier de talents indéniable. Des joueurs camerounais évoluent dans les plus grands championnats européens. La matière première existe.
Ce qui manque, selon Bell et selon nombre d'analystes, c'est la volonté institutionnelle de construire sérieusement : une formation de qualité, une gouvernance transparente, un projet sportif crédible à long terme et non des déclarations d'intention recyclées entre chaque échec.
Un symbole continental devenu un avertissement
L'absence du Cameroun à la Coupe du Monde 2026 n'est pas seulement une déception nationale. C'est un signal pour tout le continent.
Le football africain a progressé. D'autres nations Maroc, Sénégal, Côte d'Ivoire, Ghana ont su professionnaliser leurs structures, investir dans leurs académies, construire des projets cohérents. La concurrence continentale s'est intensifiée. Et le Cameroun, qui avait une longueur d'avance historique, a laissé les autres le dépasser.
Bell ne demande pas la pitié. Il demande la lucidité.
« Si je vous dis que ça ne me fend pas le cœur, c'est que je mens. »
Un homme de cette stature qui pleure pour son pays ce n'est pas de la faiblesse. C'est la mesure exacte de ce qui a été perdu.
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