Yaoundé : la capitale qui envahit les Camerounais de honte
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Yaoundé : la capitale qui envahit les Camerounais de honte :: CAMEROON

Insalubrité chronique, axes routiers dévastés, inondations récurrentes et aéroport d'un autre siècle : Yaoundé, vitrine supposée du Cameroun, est devenue le symbole vivant d'une gouvernance urbaine à l'abandon.

Il suffit d'une pluie pour transformer Yaoundé en piège.

Les rues se noient. Les ordures flottent. Les voitures s'immobilisent dans des ornières que personne ne comble. Et le lendemain matin, la ville reprend sa respiration difficile, comme si de rien n'était jusqu'à la prochaine averse.

C'est ça, Yaoundé en 2026. Pas une ville en développement. Une ville en régression.

La question que tout le monde pose à voix basse, certains médias décident enfin de la crier : qui est responsable ? Et surtout pourquoi ça dure ?

YAOUNDÉ, CAPITALE À L'ABANDON : ENQUÊTE SUR UNE DÉCRÉPITUDE ORGANISÉE

Elle devrait être une vitrine. Un symbole de ce que le Cameroun est capable d'accomplir. Au lieu de cela, la capitale politique du pays s'enfonce chaque année un peu plus dans un état de dégradation que ses propres habitants ont cessé de décrire parce que les mots, disent-ils, ne suffisent plus.

Une ville sous les eaux, sous les ordures, sous l'obscurité

Chaque saison des pluies, le scénario se répète avec une précision tragique. Les quartiers inondent. Les axes secondaires disparaissent sous l'eau boueuse. Les caniveaux, mal entretenus ou inexistants, débordent en quelques heures. Et les habitants, habitués à cet enfer saisonnier, adaptent leurs trajets, leurs horaires, leur vie entière non pas parce qu'ils ont trouvé des solutions, mais parce qu'ils ont perdu espoir d'en trouver une autre.

À cela s'ajoute l'insalubrité visible, documentée, photographiée des dizaines de milliers de fois sur les réseaux sociaux, sans jamais déclencher une réponse structurelle sérieuse. Les dépôts sauvages d'ordures prolifèrent dans des quartiers entiers. L'éclairage public est défaillant, transformant des avenues entières en zones d'insécurité nocturne.

L'aéroport : la honte internationale

Pour tout visiteur étranger arrivant à l'Aéroport International de Yaoundé-Nsimalen, le message est immédiat. Les infrastructures, vieillissantes, contrastent violemment avec les standards des hubs continentaux modernes Kigali, Abidjan, Addis-Abeba, Nairobi. Ce que le visiteur voit n'est pas seulement un bâtiment. C'est une métaphore de l'ambition nationale différée.

Les chantiers-esbroufe : quand les caméras décident du calendrier des travaux

L'une des constantes les plus cyniques de la gestion urbaine yaoundéenne est ce phénomène bien documenté par les observateurs locaux : les chantiers qui surgissent précisément lors de visites officielles, de sommets internationaux, ou de périodes d'attention médiatique accrue avant de s'interrompre aussi subitement qu'ils ont commencé.

Des axes routiers sont inaugurés en fanfare. Les pelleteuses arrivent, les cameras aussi. Puis les cameras repartent. Et les chantiers, souvent, avec elles.

Ce n'est pas de la négligence. C'est un système.

La question du commandement : maire, maires d'arrondissement, État central qui décide ?

L'une des particularités les plus paralysantes de la gouvernance de Yaoundé est la confusion institutionnelle qui règne sur son administration. La Communauté Urbaine de Yaoundé (CUY), les sept mairies d'arrondissement, les délégations régionales des ministères techniques, et la présidence elle-même exercent des compétences qui se chevauchent, se contredisent, et surtout se renvoient mutuellement la responsabilité.

Résultat : personne ne décide. Ou plutôt, quand quelqu'un décide, l'autre bloque. Et dans cet espace d'inaction institutionnalisée, la ville se dégrade.

Les Agents de Développement Communautaire (ADC) sont régulièrement pointés du doigt pour leur immobilisme opérationnel. L'exécutif municipal est accusé de manquer de vision managériale réelle. Et les autorités administratives supérieures, qui pourraient trancher, semblent préférer l'ambiguïté qui leur préserve les marges de manœuvre politiques.

L'incivisme comme bouc-émissaire commode

Il est habituel, dans les discours officiels, d'invoquer l'incivisme des usagers pour expliquer l'état de la ville. Les citoyens jettent leurs ordures. Les conducteurs détruisent la voirie. Les commerçants envahissent les trottoirs.

Ces constats ne sont pas faux. Mais ils sont instrumentalisés.

L'incivisme est réel. Mais il prospère dans un vide : celui de l'absence d'infrastructures adaptées, de collecte des ordures insuffisante, de signalétique inexistante, de sanctions jamais appliquées. Le comportement des citadins est en partie le reflet de ce que la ville leur offre ou ne leur offre pas.

Ce que Yaoundé aurait pu être et peut encore devenir

Yaoundé n'est pas condamnée. Elle dispose d'atouts réels : un positionnement géographique central, une population jeune et instruite, une diaspora active, et une économie de services en croissance. Des villes africaines dans des situations comparables ont opéré des transformations spectaculaires en moins d'une décennie avec de la volonté politique, de la transparence budgétaire et une gouvernance cohérente.

Ce dont Yaoundé manque n'est pas l'argent. Les budgets existent. Les coopérations internationales existent. Ce dont elle manque, c'est d'une chaîne de responsabilité claire, d'élus qui répondent de leurs actes, et d'une presse assez libre pour les y contraindre.

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