Maurice Djiongo « Comment Sortir du pouvoir-propriété privée pour une rotation accélérée »
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L'article a fait l'effet d'une déflagration sur la toile. En affirmant que « le pouvoir n’est pas une propriété privée », Maurice Djiongo a ouvert une brèche dans le débat sur la succession au Cameroun. Face aux réactions passionnées suscitées par sa proposition d'une « succession à trois pôles », l'auteur de l'essai Changer le Cameroun par la philosophie a accepté de répondre aux questions de Camer.be. Entre rigueur statistique, loi de Gauss et "sérum" politique, il explicite sa doctrine pour une transition pacifiée en 2026.
 
L'ARCHÉOLOGIE DU POUVOIR (1991-1992)

Maurice Djiongo, pour comprendre le Cameroun de 2026, vous nous ramenez trente-cinq ans en arrière, au « laboratoire » de 1991-1992. Pourquoi ces événements constituent-ils, selon vous, la seule base de données politique fiable ?

Parce que pour prendre une décision d'État sérieuse, il faut s'appuyer sur des faits, pas sur des émotions. En 1991-1992, le Cameroun a vécu une expérience unique que je décompose en trois étapes scientifiques : Le temps de la parole (Analyse qualitative) : Pendant les « villes mortes », chaque Camerounais, chaque groupe a dit textuellement ce qu’il reprochait aux autres et ce qui était vital pour lui. C’est la phase de collecte de données : on écoute les besoins profonds.
1.    Le temps du classement (La Tripartite) : Lors de la Conférence Tripartite, ces paroles se sont transformées en forces organisées. Les classes politiques se sont créées, constituant les colonnes d'un grand tableau statistique de la nation.
2.    Le temps du calcul (Les données quantitatives) : L’élection présidentielle de 1992 est venue nous fournir les données chiffrées de l’anthropologie politique nationale. Les archives de la Cour Suprême sont une mine d'informations suffisante pour l'analyse.
Comme on nous a enseigné, les statistiques sont le premier levier d'une prise de décision. Ignorer ces données, c'est piloter à l'aveugle. Ces événements nous ont donné la "carte d'identité" réelle du Cameroun politique.
 
LA GÉOPOLITIQUE DES TROIS PÔLES

Votre doctrine repose sur trois piliers identifiés dès 1991. Pouvons-nous analyser en détail le comportement et l'identité politique de chacun de ces blocs ?

Absolument. Il ne s'agit pas de jugements de valeur, mais de décrire des faits observés. Chaque bloc a sa propre « personnalité » politique :

A. Le Bloc de la Continuité (Centre, Sud, Est)
●    Comportement (Villes Mortes) : Opposition frontale au boycott. Des réseaux locaux de résistance au mot d’ordre ont permis de maintenir le fonctionnement de l'administration.
●    Attitude (Tripartite) : Soutien sans réserve à la concertation sous l'égide de l'État. Garant de la légitimité institutionnelle.
●    Données chiffrées (1992) : Une adhésion massive au RDPC : 94,8 % dans le Sud, 71 % dans le Centre et 68,5 % dans l'Est.
●    Positionnement : Un ancrage profond dans la stabilité et la défense de l'ordre établi.

B. Le Bloc de l'Exigence Réformiste (Ouest, Littoral, NO, SO)
●    Comportement (Villes Mortes) : Foyer d'une mobilisation contestataire intense pour exiger une réforme des méthodes de planification centrale.
●    Attitude (Tripartite) : Contestation active pour une ouverture démocratique réelle et une décentralisation.
●    Données chiffrées (1992) : Cohérence validée par les scores de John Fru Ndi : 86,3 % (NO), 67,7 % (Ouest), 60,1 % (Littoral) et 51,6 % (SO).
●    Positionnement : Demande constante de réformes et de partage du pouvoir.

C. Le Bloc de l'Arbitrage Stratégique (Adamaoua, Nord, Extrême-Nord)
●    Comportement (Villes Mortes) : Position intermédiaire et prudente. Observation du rapport de force.
●    Attitude (Tripartite) : Rôle de « pivot ». Utilisation du dialogue pour défendre des intérêts régionaux spécifiques.
●    Données chiffrées (1992) : Vote pluraliste. Bello Bouba l'emporte dans l'Adamaoua (64 %) et le Nord (50,4 %). À l'Extrême-Nord, bien que le socle de Paul Biya résiste (47,7 %), l'opposition dépasse les 50 %.
●    Positionnement : Négociation stratégique. C'est le bloc "faiseur de roi".

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