VIE CHÈRE : Le spectre des émeutes de la faim de février 2008
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Les mises en garde répétitives du Groupement Inter-Patronal du Cameroun à l'endroit du gouvernement sur une éventuelle hausse des prix des produits de première nécessité, et l'arrêt des activités d'importations et de production, créent la psychose au sein de la communauté des consommateurs, dans un climat socio-politique extrêmement fragile. 

«Nous voulons éviter les évènements de février 2008», prévenait le 1er octobre 2021, Magellan Kamgaing Kamseu, le président de la Ligue camerounaise des consommateurs (LCC), lors d’une intervention au siège du GICAM à Douala. C'était à l'occasion d'une rencontre entre le ministre du Commerce Luc Magloire Mbarga Atangana et le secteur privé, relativement à la hausse des prix des produits d'importation et du fret. Le président de l'association consumériste attirait ainsi l'attention des entreprises membres du GICAM sur le risque de graves troubles à la paix sociale dans l'éventualité d'une hausse généralisée des prix des produits de consommation sur le marché par les entreprises camerounaises, pour répondre à l'inflation internationale. Ce, face à la virulence des propos de certains chefs d'entreprises du fait de cette situation conjoncturelle. 

«Les gens de Yaoundé sont dans leur bureau. Ils n'ont que leur stylo pour signer des papiers. Leur légitimité ne tient que par leur signature. C'est nous qui avons le pouvoir réel», avait alors lancé séance tenante, un patron membre du GICAM. Cette seule sortie reflète le degré d'animosité de certains opérateurs économiques, prêts à tout pour le gain. Le gouvernement est régulièrement affiché au sein du groupe patronal comme le mauvais partenaire public qui n'a jamais impulsé le secteur privé, ou appuyé les doléances des groupements patronaux. Louis Paul Motaze, le ministre des Finances, Issa Tchiroma Bakary, de l'Emploi et la Formation professionnelle, Gabriel Mbairobe, en charge de l'Agriculture et du Développement rural, ou Emmanuel Nganou Djoumessi des Travaux publics, ont tour à tour été pris à partie verbalement par des chefs d'entreprise membres du GICAM, lors de leur passage dans les murs de ce mouvement patronal, à Douala. 

Des patrons qui parfois méconnaissent les interventions de l'Etat en faveur du secteur privé, ou n'ont aucune maîtrise des mécanismes à eux offerts. Ce 12 novembre 2021, c'est Achille Bassilekin lll, le ministre des Petites et moyennes Entreprises qui recevra les quolibets des membres du GICAM, concernant derechef le sujet portant sur l'inflation des prix des produits d'importation, du fret, et le ras-le-bol des entreprises camerounaises face à cette envolée des valeurs. 

Sortant de son discours, Célestin Tawamba, le président du GICAM, a personnellement harangué ses membres, à l'occasion de la cérémonie officielle de lancement de la Semaine mondiale de l'entrepreneuriat au Cameroun: «Vous êtes l'avenir de ce pays. C'est vous qui soutenez ce pays. Sans vous le Cameroun ne peut pas faire grand-chose», s'est-il exprimé sous des applaudissements nourris de jeunes entrepreneurs visiblement conquis. Que cache en réalité ce type de déclaration ? Le GICAM voudrait-il s'ériger en contre-pouvoir idéologique contre l'Etat du Cameroun ? Les propos de quelques membres de ce regroupement d'hommes d'affaires ne frisent- ils pas l'appel à la résistance ? Malgré la volonté du président du GICAM d'éviter l'augmentation des prix des denrées de consommation, la situation semble virer progressivement vers une paralysie des marchés. 

Le GICAM a en effet décidé de procéder à l'arrêt des activités d'importations et de production dès le 1er janvier 2022, «pour les entreprises qui ne sont plus en mesure de s'ajuster ». Tout en demandant la tenue urgente d'une concertation entre le gouvernement et le secteur privé. Le GICAM propose par ailleurs, «pour compenser les surcoûts des matières premières des consommables et du fret», l'augmentation limitée des prix de vente, les allègements fiscaux, des subventions ponctuelles, des mesures d'accompagnement spécifiques, et la réactivation et/ou le maintien en 2022 des mesures exceptionnelles instaurées en 2021. 

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