CAROLUISE: UNE GRAINE EST TOMBEE DANS UN SILLON D'AIRAIN PAR L'ECRIVAIN CALVIN DJOUARI
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FRANCE :: CAROLUISE: UNE GRAINE EST TOMBEE DANS UN SILLON D'AIRAIN PAR L'ECRIVAIN CALVIN DJOUARI

Lorsque j’entends mon téléphone sonner certains matins, si ce n’est pas un appel qui vient de Facebook, c’est très souvent un numéro du Cameroun qui s’affiche – et Dieu seul sait comment la personne a fait pour obtenir mon numéro de France -,

c’est toujours pour m’annoncer un événement. « Mon écrivain… Telle chose vient de se produire… Il faut déjà écrire. » On ne me donne pas le temps de collecter les informations. La personne veut que je m’en tienne à ce qu’elle dit.

Et si après quatre heures, il s’aperçoit qu’il n’y a toujours aucune publication à ce sujet, il m’interpelle à nouveau, cette fois avec un ton dur… « Il y a telle chose et tu n’écris pas ? Telle personne a déjà fait un article… Mais ce n’est pas la bonne information… C’est ce que je te dis qui est la vérité." Et quand je lui fais observer que lui-même peut aussi écrire, une colère le gagne, et les invectives commencent, à la manière camerounaise : « Tu es même quelle qualité d’écrivain ? » Pour ce qui est du drame de Buea, il m’a fallu quelques jours pour calmer mes esprits après avoir vu les images bouleversantes de cette tragédie.

Pour toute question liée à ce genre de drame, j’aime à priori dire : que peut faire l’écriture face à un enfant qu’on assassine et qui est déjà dans l’outre-tombe ? Que peuvent faire les intellectuels d’un pays comme le nôtre, quand ils apprennent qu’une enfant n’avait rien fait à personne et qu’elle s’était prise une balle dans la tête ? Rien... Elle avait son petit sac d’écolière avec quelques livres ; en début d’année, elle apprenait encore à lire. Les drames des enfants au Cameroun sont légion.   Avant que je ne publie cette chronique, un autre enfant tombera quelque part au Cameroun. Pas toujours d'une balle, mais peut-être de diarrhée ou de famine.

Ce n’est pas la famine ou un enfant à tuer qui manquera dans notre pays. Jamais avant, la violence et la misère, le désespoir jusqu’au drame des pauvres ne s’étaient montré en direct et entré par une si belle porte au sommet du mont Cameroun. Un enfant criblé de balles et son assassin tué sur-le-champ devant ses camarades se refusant de porter secours à un compagnon d'arme, émeut. Ce n’était jamais arrivé dans ce pays. Ce pays sent mauvais.   Dans le corbillard qui s’est rendu au cimetière, il y avait deux corps : l’enfant et le gendarme. La population les a accompagnés, terrifiée chacun dans son tombeau. D’ailleurs, le sujet n'est pas d'actualité.

On ne parle pas d’enfant mort en plein mois de décembre qui arrive chaque jour. Puisqu’un enfant qui meurt avant l’âge de quatre ans, supprime à la société tout ce qu’il a consommé jusque-là. La vie continue et on est passé à autre chose. On dirait que dans ce pays une danse de vampire se joue avec du sang d’enfants.

La petite Caroluise était une jolie petite enfant qui traçait son chemin. Elle allait rejoindre ses camarades avec elle étudiait le civisme pour défier les générations maudites par les sillons du bien. Elle inspirait et illuminait. Elle y allait, en espérant trouver un mieux-être. Seule sa maman comptait pour elle. Ses aînés camerounais de tout bord, qui ne pouvaient répondre à ses besoins, avaient provoqué l’insécurité dans la région.

Elle n’avait que cette tête pour tout bien. Bon nombre d’habitants de son quartier la voyait passer tous les matins devant le portail. Sa maman la regardait avec fierté et sérénité ce matin sans savoir qu’elle la voyait pour la dernière fois, sa fille chérie.

Elle a quitté sa maison pour un petit court voyage où ceux qui étaient censés la protéger l’attendaient pour lui mettre une balle dans la tête. Fini son noël, ses grandes vacances triomphantes où maman et fille, priaient pour que l’année nouvelle. La fillette de 4 ans que la mère accompagnait n’avait rien fait de mal à personne. Un pays qui n’aime pas les enfants n’est pas un pays au grand cœur.

Dire que ces sortes de personnes pullulent dans notre pays n’est pas un mauvais langage. Ce pays n’aime pas les enfants.   Une petite fille qui meurt au mont Cameroun une balle à la tête sera remise au char des dieux. Les esprits la feront grandir et se chargeront de régler tous ceux qui ont provoqué son malheur. Ceux qui le peuvent ont fait voyager leurs enfants à l'étranger, les autres s'offrent un dépaysement immobile se débrouillent au pays et finissent par balle. Dans la vie, on protège les plus petits. Regardez les animaux, ils n’ont pas de cerveaux, mais ils se conduisent mieux que nous en société. Regardez les fourmis magnans ou une termitière ou encore une ruche d'abeille.  

Les soldats sont autour pour protéger les laves ou les plus petits. Revenons sur les circonstances du drame. Une famille conduite par un chauffeur tente de traverser une barrière de gendarmerie, il ne parvient pas à convaincre le gendarme à ce poste. Ce dernier, qui ressent quelque chose de louche, demande au conducteur de véhicule de descendre. Mais il refuse d’obtempérer.

L’incompréhension et l’inquiétude augmentent. Le chauffeur tente une manœuvre osée. La région anglophone en ce moment, même si on ne l'a pas officiellement dit est une région en état d’urgence accrue. On dirait même en état de guerre. La vigilance est redoublée. Les gendarmes comme les policiers ont reçu des consignes. Mais l’homme anglophone, en ce moment, a la tête dure. Je crois que je dois finir par me convaincre que là-bas, on ne sait pas ce qu’on fait. Il va tenter une manœuvre pour comprendre une minute plus tard qu’un cauchemar l’attend et qui va le marquer toute sa vie. La petite fille crie ! " Ma tête, ma tête ! " Lorsque la mère se penche vers sa fille, c’est une coulée de sang qui se dépose entre ses mains, c’était son dernier cri. Le petit crâne de l’enfant avait éclaté. Était-ce une tentative de fuite ? Toujours est-il que cela va causer la perte d’une vie. Il eut fallu que les deux protagonistes défendissent un peu l’humanisme pour éviter tout ça. Une histoire qui endeuille toute une ville. Je dirai tout un pays.

C’est tragique. Ce nouveau drame nous plonge dans la colère de ce que nous avons déjà eu jusque-là. La mère de l’enfant est inconsolable. La consoler était une autre torture. Les hommes en tenue viennent encore de provoquer une autre haine. Je ne suis pas psychologue pour expliquer le comportement d’un chauffeur, mais généralement dans nos pays africains, ce sont les personnes les plus mal éduquées quand ils ne sont pas en présence de leur hiérarchie. Ils n’ont que leur instinct de violence pour impressionner. Cribler de balles une petite fille, alors qu’une seule gifle aurait suffi à la tuer. Submergée par la douleur, la foule va porter la petite ensanglantée pour présenter la situation chez le gouverneur.

Ce monsieur a connu vraiment ce qu’est une vie politique depuis qu’il a pris la fonction dans cette région. Il a eu à faire à un mouvement inédit. Réussir à calmer une foule en colère, qui tient un enfant ayant reçu une balle dans la tête est une performance héroïque. Parce que dans de telles circonstances, la foule n’a plus d’intelligence, elle agit selon le leader et le plus faible devient fort. Le faire tout seul est une grande habileté politique. On a centralisé le pouvoir, mais on a décentralisé la pauvreté.

Le comportement du gendarme demeure une énigme. On sait que les jeunes ont la gâchette facile. Mais comment a-t-il pu tirer dans une voiture dans laquelle il vient d’apercevoir des enfants ? La vie se pare souvent des homicides cyniques. Cela montre le niveau de culture des hommes en tenue. Il eut fallu qu’il réponde devant la justice afin de justifier son geste.

On aurait écouté sa version des faits. Le gendarme au Cameroun est généralement ceux qui sont les mieux lotis du corps de protection. Il convient de rappeler à ceux qui sont encore sur le terrain, qu’ils ne sont pas en terrain ennemi. Les anglophones ne sont pas nos ennemis, ce sont nos frères en colère et il faut régler cela sans armes. Parlons à présent de cette région. La fureur de la population, les pleurs et supplications de la mère calmée par les proches ont ajouté une dimension encore plus pathétique à ces événements.

Une avalanche d’insultes, d’expressions d’indignation et de colère se sont déversées sur les réseaux à l’encontre de la famille des deux victimes. La population se sent seule ; ceux qui sont appelés à parler pour elle, ne savent plus le faire sans utiliser la répression. Et quand il faut parler elles disent une parole vide de sens. Sud-ouest et Nord-ouest. Dans une région de verdure et de mer qu’est le sud-ouest et le nord-ouest, la nature émerveillée balance le vent et les belles vagues de part et d’autre dès les premières heures de la vie. La splendeur de ces deux lieux rassurait, et même les oiseaux qui chantaient à l’époque sur les arbres, chantaient en dansant.

On a cueilli des richesses au sud-ouest comme on remplit un panier fleurs. Mais dans la plupart de ces régions, les gens meurent pauvres. C’est comme une fierté de voir leur déchéance, les richesses profitent à ceux qui viennent de loin. Tant il y en a, tant ils en prennent. Ils prennent tout, palmiers à huile, thé, papaye, oranges, Cannes, poissons, crevettes, pétroles, les preneurs ne se rassissent jamais. Allez à Tombel, allez à Limbé, allez à Muyuka, et même à Molyko. Vous verrez la pauvreté dans une région qui a la terre la plus fertile du Cameroun. J’y ai passé une partie de mon enfance à Limbé. Une partie de ma famille y réside encore. Et le gendarme qui meurt vivant, méritait-il cette vindicte populaire ?

Même si c’est une personne condamnée, il faut l’exécuter avec dignité. La façon dont on a tué ce gendarme en direct ne doit pas être tolérée. Cet homme a commis une bavure, il méritait un jugement pour connaître les motifs de son geste. Le gendarme a vécu une humiliation, un terrible moment de sa vie, il a été torturé, même son instinct de conservation ne l’a pas invité à s’en fuir. Il s’est laissé tuer. Au lieu de se sauver par tous les moyens, le gendarme a préféré mourir avec courage, il montrait aussi l’esprit chevaleresque d’un homme qui préfère mourir que de s'en fuir tel un lâche. Quelque part, il reste un héros. Mort courageusement après avoir commis une erreur d’appréciation.

La région est une région de crise peut-être avait-il reçu de l’ordre. Ce double crime retombe sur ces ambazoniens et ce gouvernement qui n’arrive pas à mettre fin à cette petite tension passagère. L’irrespect de la vie et de la personne humaine va déjà trop loin dans notre pays. J’avais toujours dit que ces ambazoniens ne savaient pas ce qu’ils faisaient, les risques qu’ils prennent sont considérables, ils ne peuvent pas gagner, ils font une guerre d’ignorance. Cette région n’appartient à personne, c’est la terre Kamerun. Les années à venir verront tous les Camerounais vivre ensemble. Et cela ne recommencera pas. Nous continuerons la route de cette vie en portant cette douleur sur le dos comme une carapace.

Le pays sera en sécurité, et chacun aura sa chance. La petite fille et le gendarme ont donné leur jeunesse et leur vie au service de la paix. Si leur mort peut servir d’exemple pour faire prendre conscience comme mode d’expression pour tous et qu’on voit cette guerre enfin, se terminer, je crois qu’ils ne seront pas morts inutile. Il faudra à la petite fille et au gendarme une sépulture des braves.

Mais c’est des roses qui tombent dans le sol pour rejaillir et fleurir, nous allons vers un ultime éclat qui retombera en pluie lumineuse et laissera bientôt le ciel reblanchir ses nuages de ces deux régions qui ont vu le sang coulé pour rien. Un dernier sursaut de vie, les bras en l’air, une sortie de scène impérieuse. La chute de certaines idées sera magnifique ; il y a des moments où on ne sait plus s’il faut s’arrêter ou poursuivre le chemin avec certains gens. J’ai vu en ce drame une information spirituelle nouvelle. La fin des souffrances. Le sang de la petite Caroline ne coulera pas en vain. Son sang sauvera tout un pays. Ouvrez-les yeux et attendez de voir.

La paix tant espérée sera là. Que Dieu, protège les deux âmes. Oh la petite ! Je me demande bien ce qu’elle a pu dire au ciel ! 

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