Le calvaire des habitants de Melen
CAMEROUN :: SOCIETE

CAMEROUN :: Le calvaire des habitants de Melen :: CAMEROON

Au bord de la route, tout paraît beau, agréable à la vue au lieu-dit « ancien marché Melen ». Aux encablures de 9h le 02 février dernier, nous nous frayons un chemin pour aller à la découverte de cette partie du quartier Melen, située dans l’arrondissement de Yaoundé 6e. Dernières les étals et les commerces, se cache une zone accidentée et insalubre. Le couloir emprunté est parsemé de cailloux et de pierres. Ils ne facilitent pas l’accès. Les maisons sont perchées sur de petites collines et plusieurs habitations peinent à garder un équilibre. Celles-ci, pour la plupart, sont construites en matériaux provisoires, notamment en planches, bambous, piquets. Le spectacle donne des frissons. 

Les toitures sont poreuses et ne retiennent plus de l’eau en cas de pluie. Les riverains n’aiment pas la saison des pluies. Une fois à l’intérieur des maisons, le sol qui tient lieu de pièce principale est parsemé de plusieurs gros trous. Les portes et fenêtres de ces lieux n’ont pas assez résisté aux intempéries. «L’année dernière, je ne parvenais plus à fermer la porte de cette maison, elle s’est un peu affaissée. Il a fallu qu’on change la position de la serrure», explique Juliette Agui, habitante du coin. A en croire des riverains, les constructions sont anciennes et la zone était un marécage. 

L’aménagement s’est fait sans aucun drain. Les rigoles existantes ont été creusées par la furie des eaux de pluie. Elles font circuler les eaux usées des ménages et des toilettes traditionnelles. Une odeur nauséabonde s’y dégage. La zone empeste. Ces rigoles ne sont pas curées. Les insectes ont créé des gîtes larvaires. Les ordures ménagères ne sont pas en reste. Un cocktail que certains habitants regardent avec impuissance et dégoût. 

Mairie de Yaoundé 6e

Rendue à la mairie de Yaoundé 6e, le magistrat municipal répond : « nous ne sommes pas informés de la situation de Melen. C’est vous qui nous informez qu’il y a des maisons qui peuvent s’effondrer là-bas, c’est d’ailleurs votre rôle. Nous avons pris acte de la situation ». Selon Jacques Yoki Onana, le quartier Melen n’est pas le seul dans cette situation. « Nous ne pouvons pas chasser tous les habitants de Melen et reconstruire leurs maisons. Ce que nous pouvons faire c’est un travail d’assainissement et de sensibilisation. Nous allons voir dans quelles mesures construire des rigoles car lorsque les rigoles sont absentes, les eaux causent de nombreux dégâts », ajoute-t-il. 

Melen accueille aujourd’hui de nombreux ressortissants des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest qui ont fui la guerre. L’on retrouve évidemment les autochtones, et les autres tribus. D’après la population, le grand banditisme a considérablement reculé à Melen. Néanmoins, il y est décrit un phénomène qui ne les laisse pas indifférent : « Ce que nous pouvons déplorer c’est la vie de débauche qui salit l’image de ce quartier. Lorsque tu dis à quelqu’un que tu vis à Melen, on pense directement à Mini-ferme, une zone où on retrouve des belles de nuit. Ces filles sont accompagnées de bandits et des fumeurs de chanvre. Ce qui fait que lorsqu’il est 23h, ceux qui rentrent à cette heure sont parfois agressés. Melen est entouré de prostituées. Donc élever les enfants dans ces conditions n’est pas chose facile », se lamente Désiré E., riverain. Malgré cette situation, beaucoup reste dans ce quartier car vivre à Melen est peu coûteux. « Moi je reste ici parce que le loyer est moins cher et je suis proche de mon lieu de service. Avec 100fcfa je suis au travail et je n’ai pas encore de personne à ma charge », dixit Désiré E.

Histoire

« Je suis ici à Melen depuis 1975 », révèle un riverain. Melen en langue Ewondo signifie une plantation de palmerais. D’ailleurs, lorsqu’on jette un regard, une série de palmiers bordent l’un des côtés de la route qui relie le lieu-dit «Ancien marché Melen » au « Carrefour Gp ». C’était une brousse dans laquelle on cultivait les palmiers et le cacao. Plus loin se trouvait également un marécage. Les premiers habitants de ce quartier étaient en majorité les ressortissants des régions du Centre et du Sud. « Nous étions d’abord du côté de Polytechnique. Lorsque l’Etat a voulu construire cette école, nous sommes venus acheter le terrain ici », raconte Maurice Minkoulou, propriétaire d’une parcelle de terrain et autochtone de ce quartier. Melen a donc évolué et de nombreuses personnes se sont installées. 

Le relief de Melen est très accidenté. Il y avait de petites collines ici et un marécage plus bas. Les occupants de ce quartier ont construit leurs maisons en matériaux provisoires car nous vivions dans la pauvreté, la précarité. C’est pourquoi aujourd’hui nous constatons que Melen est un quartier délabré et les constructions sont dans un piteux état. Aucun plan de construction n’a été établi. Dès lors que quelqu’un disposait de sa parcelle de terrain, il essayait juste de trouver une forme plate pour poser sa maison sans prendre en compte la place des rigoles et des habitats voisins », note le chef de bloc. Ce qui cause de nombreux accidents et met les habitants de ce quartier en danger. « Je vis ici depuis pratiquement dix ans. On grimpe les collines à longueur de journée, nous sommes déjà habitués. Sauf qu’il y a parfois des petits accidents avec les enfants qui courent de partout », déplore un habitant de ce quartier. 

Lire aussi dans la rubrique SOCIETE

Les + récents

partenaire

Vidéo de la semaine

évènement

Vidéo

L'actualité en vidéo