Un condamné à vie demande la grâce présidentielle
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Ibrahim Garba, alias Ibrahim Kellou en prison depuis 18 ans en prison clamer toujours son innocence.

«C’est un grand honneur pour moi de venir auprès de votre Grandeur par la présente correspondance. Tout d’abord, je voudrais m’acquitter d’un devoir, celui de vous présenter mes excuses pour l’entorse que je fais à votre temps, si précieux en ce moment crucial où vous êtes préoccupé à oeuvrer pour que la paix et la stabilité, ainsi que la santé puisse régner dans notre cher et beau pays, le Cameroun.»

C’est par ces mots que le détenu Ibrahim Garba, alias Ibrahim Kellou, alias Ibrahim a entamé sa dernière correspondance adressée au chef de l’Etat, Paul Biya en fin d’année dernière. La correspondance qui a pour objet "demande de grâce présidentielle", est une ultime démarche du détenu en vue de recouvrer sa liberté. «Excellence, vous êtes à présent l’unique dépositaire du droit de grâce. Raison pour laquelle je viens très humblement aux pieds de votre grandeur, non pas pour remettre en question la décision de la justice, mais pour me plonger dans l’océan de votre miséricorde, afin que je puisse bénéficier de votre grâce», implore Ibrahim Kellou.

L’affaire remonte à janvier 2003 quand Ibrahim Kellou est interpellé et incarcéré principalement pour détournement et complicité de détournement. Selon l’extrait des minutes du greffe de la Cour suprême du Cameroun qui a rejeté en août 2017 son pourvoir en cassation de sa condamnation à vie, Ibrahim Kellou a été jugé coupable de détournement et de complicité de détournement d’une somme de 798 573 200 Fcfa au préjudice de la Sodecoton en complicité avec Ndoumoukoudou Victor, de regrettée mémoire, Guertoufa Armed, Oussoumanou alias Kourouma, Mamadou Bouba et autres.

Il avait été reproché dans le même temps à Ibrahim Kellou d’avoir été dépourvu d’une carte nationale d’identité lors de son interpellation et d’avoir fait usage d’un faux passeport établi sous une fausse identité, entre autres. Il sera déclaré au terme de cette procédure en instance dans les tribunaux du Mayo-Rey à Tcholliré, non coupable de recel de malfaiteurs. Mais en revanche, les juges vont le déclarer coupable de faux et usage de faux, de coaction de complicité de détournement de deniers publics et d’escroquerie, de défaut de carte nationale d’identité. Pour tous ces motifs, il va écoper de la peine d’emprisonnement à vie et condamné solidairement à payer à la Sodecoton la somme de 798 573 200 Fcfa en réparation du préjudice subi.

Ibrahim Kellou va immédiatement faire appel de sa condamnation à la cour d’appel du Nord. L’instance judiciaire va confirmer sa condamnation à vie. Sans hésiter, il saisit alors la cour suprême du Cameroun pour un pourvoi en cassation. Il n’obtiendra malheureusement pas gain de cause car l’instance judiciaire va rejeter une nouvelle fois son pouvoir en août 2017. Depuis lors, Ibrahim Kellou n’est plus accroché qu’une éventuelle grâce présidentielle du président de la République. Une grâce qu’il implore dans sa correspondance au chef de l’Etat. Dans cette correspondance, s’il avoue ne pas remettre en cause la décision de la justice, encore moins la contester, il apporte des éléments d’explication au chef de l’Etat pour clamer son innocence, décriant au passage ce qu’il qualifie de nombreuses violations des droits dans sa procédure.

INNOCENCE

«De retour au pays en janvier 2003, j’ai été interpellé et mis en cause, puis condamné à vie sans que le motif de ma culpabilité ne soit établi et sans preuve alors que la loi du 27 juillet 2005 portant Code de procédure pénale dans sa structuration au chapitre III parlant des preuves dans l’article 307 dit : "la charge de la preuve incombe à la partie qui a mis en mouvement l’action publique". Chose qui n’a pas été prouvée alors que l’expert, Monsieur Danwe Luc dûment commis par cette procédure par le procureur, lors de son audition devant la cour a déclaré sous serment que la responsabilité de ce détournement incombe à tous les responsables de la Sodecoton. Excellence, j’ai été condamné par le premier juge parque l’auteur principal du détournement a déclaré m’avoir vu à l’hôtel Bénoué à Garoua en mars 2002, date à laquelle je me trouvais à l’étranger, car je suis rentré au mois d’août 2002 par un vol d’Air France… …J’ai versé au dossier les billets d’avion de Camair qui prouvaient ma sortie du pays et d’Air France qui certifiaient que j’étais bel et bien à l’étranger.

Bien plus, le ministère public, dans sa réquisition a demandé à la Cour d’appel l’infirmation du jugement en première instance et mon acquittement au motif de détournement, car l’article 311 du CPP dit : "le tribunal ne peut fonder sa décision sur la déposition d’un coprévenu à moins qu’elle ne soit corroborée par des témoignages d’un tiers non impliqué dans la cause ou par tout autre moyen de preuve." Raison pour laquelle le ministère public dans le souci d’une bonne administration de la justice, n’a pas manqué de lever la chape de brouillard qui couvre jusqu’aujourd’hui ce dossier et laisse encore la vérité inerte. Nonobstant toutes les dispositions de la loi qui n’ont pas été respectées, ma peine fut confirmée alors que je suis innocent dans cette affaire…» A-t-il écrit au président de la République, Paul Biya. Ibrahim Garba, alias Ibrahim Kellou, alias Ibrahim séjourne actuellement à la prison principale de Tcholliré 2, espace carcéral à l’histoire très célèbre.

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