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CAMEROUN :: Jean Simon Ongola Omgba : Un combat à mener pour la cohésion nationale :: CAMEROON
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  • Mutations : Jean De Dieu Bidias
  • samedi 16 mars 2019 10:04:00
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CAMEROUN :: Jean Simon Ongola Omgba : Un combat à mener pour la cohésion nationale :: CAMEROON

Le député Rdpc s’exprime sur la montée du tribalisme et les enjeux de la session parlementaire de mars en cours.

En tant que député de la nation, comment vivez-vous la flambée
C’est une préoccupation très forte !

Le Cameroun est, de par sa configuration ethnique et tribale, un pays de diversité. Les pères fondateurs du Cameroun ont toujours eu peur qu’un jour ce pays ne bascule dans le tribalisme. J’ai relu avec une attention soutenue les nombreux discours qu’a faits le président Ahidjo en son temps. Il pensait que le tribalisme serait un frein au développement de ce pays. Nous vivons en ce moment une période qui est tout à fait particulière ; il y a une résurgence de ce problème identitaire. Et, les tribalistes sont de toutes les obédiences. Il y en a dans les communautés Fang-Beti, dans les communautés soudano-sahéliennes dans le grand Nord, il y en a chez les Sawa dans le Littoral, etc. La chance c’est que, c’est une infime partie ; l’immense majorité des Camerounais n’est pas tribaliste. Mais, ces personnes qui font de la vindicte tribale leur fonds de commerce sont plus actives que les autres à la fois sur les réseaux sociaux que dans toutes les autres formes de médias. Nous ne gagnons pas à pointer du doigt tel groupe ou tel autre.

La première session de l’année législative 2019 s’est ouverte cette semaine. Est-ce que vous ne pensez pas qu’il faille légiférer sur la question ?
Je ne le pense pas que maintenant. J’ai fait une tribune chez un de vos confrères, dans laquelle j’appelais vivement au Parlement de mener une réflexion sérieuse et approfondie pour qu’on puisse pénaliser les délits qui ont un caractère tribal. Il faut légiférer sur le tribalisme. C’est un problème de société, mais qui peut avoir de graves conséquences sur la cohésion sociale, sur l’avenir du pays. Je pense qu’il faut saisir le taureau par les cornes. Nous condamnons avec la dernière énergie toutes les formes de tribalismes. Nous demandons qu’on légifère sur la question, mais nous disons aussi que l’un des raisons profondes du tribalisme, c’est le manque de justice sociale. Si la gouvernance est désastreuse, s’il n’y a pas d’équité, s’il n’y a pas une meilleure redistribution de la richesse nationale, tout ceci va finir par entraîner ici et là des frustrations. Et, je pense qu’une des solutions qu’on est en train de vouloir prendre, c’est la décentralisation avec la mise en place des régions. Si la décentralisation est bien pensée et bien mise en place, cela va diminuer les frustrations.

Est-ce que vous n’avez pas l’impression que les officiels font un peu l’autruche. Il n’y a pas beaucoup de condamnations claires de la part des plus hautes autorités de l’Etat…
Il y a des condamnations. Je voudrais vous dire que le président Biya a eu des propos prémonitoires sur le sujet. Dans la dernière parution de son livre « Pour le libéralisme communautaire », il dit bien qu’il n’y a pas deux catégories de Camerounais ! Il n’y a pas une catégorie qui est composée de tribus privilégiées et une autre composée de tribus marginales. Il n’y a pas de bons Camerounais, il n’y en a pas de mauvais. Il y a essentiellement un combat à mener pour la cohésion du Cameroun, qui doit pouvoir tirer une véritable richesse de sa diversité.

L’autre grande attente de la session en cours au Parlement, c’est aussi que les députés et sénateurs fassent des propositions dans le sens de la résolution de la crise sécessionniste dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest…
Oui, le Parlement devrait plus que s’intéresser à cette crise. A titre personnel, dès 2016, j’ai été l’un des parlementaires à avoir dit : attention, cette affaire peut nous entraîner à la dérive. Aujourd’hui, cette crise est devenue un problème politique. Dans cette affaire, il y en a qui sont sur des revendications purement politiques ; vous avez une deuxième frange qui est pour l’insurrection ; il y a une troisième frange qui est composée de bandits de grand chemin, qui se livrent à des actes de pillage et à des prises d’otages suivies de demandes de rançons. Je pense que c’est ce mélange-là qui est préjudiciable. J’en appelle aussi à la diaspora dont certains membres ont soutenu ces mouvements depuis le départ. Ils ont à la fois fait l’apologie du terrorisme, et même apporté une contribution financière En ce moment, il s’est constitué un collectif des victimes qui a porté plainte auprès des juridictions américaines via un cabinet, à ceux qui, résidents aux Etats-Unis, au Canada, en Afrique du Sud, en Norvège ou ailleurs, financent le terrorisme dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Cela étant dit, et le président Biya lui-même l’a dit, je pense qu’il est important d’ouvrir un dialogue inclusif et sans tabou, mais avec une ligne rouge qui est l’unité du pays. Je pense que tout le monde est unanime aujourd’hui que tout peut se discuter. En ce moment, 90% des chefs traditionnels de la zone anglophone ne sont plus présents dans leurs chefferies, mais, le dialogue peut s’ouvrir avec les acteurs politiques, le clergé, les chefs traditionnels, la diaspora, etc.

Qu’est-ce qui doit être fait pour que l’appel du chef de l’Etat à déposer les armes de la part des sécessionnistes soit suivi d’effets ?
Il est important de pouvoir mettre en place des outils qui permettent à ce que la main tendue du président de la République entraîne des mesures d’apaisement sur le terrain. Ce n’est pas facile, mais il y a des portes de sortie. Et la première porte de sortie c’est les perspectives d’un dialogue. Et, c’est le gouvernement, c’est le chef de l’Etat seul qui peut avoir la main. Dans cette affaire-là, au départ, le leadership a été approximatif, la gouvernance tout à fait hasardeuse ; ceci a profité à ceux qui étaient arrimés à la revendication historique du fédéralisme. M. John Ngu Foncha a été vice-président du Cameroun et grand chancelier des Ordres nationaux. Dans sa lettre de démission du Rdpc en 1989, il évoquait la perspective d’un retour au fédéralisme. M. Solomon Tandeng Muna, membre du conseil consultatif préparatoire à la Constitution de 1996, avait démissionné de cette instance. Et, dans sa lettre de démission, lui aussi continuait d’évoquer les questions liées au retour fédéralisme. Il ne faut pas qu’on se voile la face, nous avons hérité de deux cultures différentes. Sur le plan sociopolitique, ceux qui parlent de marginalisation, de subordination politique, sociale et même économique, y ont fait la base de leur doctrine. Tous ces problèmes-là doivent être mis sur la table. Dans un premier temps, le gouvernement qui a la main sur la question parce qu’il continue à assurer l’autorité de l’Etat, s’il propose un cessez-le-feu sous ses conditions, celui-ci va être respecté.

Avez-vous le sentiment que les populations anglophones adhèrent au projet de fédéralisme ?
Nous ne pouvons pas dire que les populations, un seul instant, n’aient pas adhéré à ce projet funeste. Elles n’ont simplement pas prévu que les choses allaient dégénérer pour atteindre le niveau de gravité actuel. Je pense qu’il faut bavarder avec tout le monde. Tous ces gens-là ont des référents ; la diaspora doit pouvoir intervenir dans cette affaire, d’autant que c’est des leaders d’opinion.

Est-ce que vous pensez comme le gouvernement et certaines élites qu’il y a une tentative d’ingérence de la part de certaines puissances occidentales dans les affaires en cours au Cameroun ?
Il n’y a pas une tentative d’ingérence, il y a un parti pris flagrant de la part de certains de nos partenaires, notamment les Etats-Unis et l’Union européenne. Ils ont, de manière tout à fait flagrante, pris position sur des questions de politique intérieure du Cameroun. Sur ce qui a été baptisé « marches blanches », les prises de position de ces partenaires ont un caractère éminemment inquisitoire ! Avant l’élection présidentielle de 2018, le vice-secrétaire d’Etat en charge de l’Afrique, M. Tibor Nagy, a indiqué qu’il fallait une élection respectant les règles légales et appelé chaque partie à la retenue. Après cette élection, un candidat s’est autoproclamé. Nous attendions de nos partenaires, à la fois de l’Union européenne et des Etats-Unis, qu’ils condamnent cet acte qu’on peut qualifier d’irresponsable. Ils ne l’ont pas fait. Pire encore, lorsque nos représentations diplomatiques ont fait l’objet d’un saccage absolument honteux dans certaines capitales occidentales, portant atteinte à notre image et sapant l’attractivité de notre pays, nous attendions du diplomate américain et de l’Union européenne, qu’ils condamnent avec la plus grande fermeté ces actes de violence et de vandalisme ; rien n’a été fait. Aujourd’hui, nous voyons atterrir chez nous toute une escadrille de donneurs de leçons. C’est une injure pour le peuple camerounais, de dire que le gouvernement ne prend pas les choses au sérieux dans lagestion de la crise anglophone. C’est un problème sérieux que le gouvernement a pris à bras le corps, et dire qu’il n’est pas sérieux, c’est de la provocation. Les mêmes récriminations sont valables pour l’Union européenne.

16mars
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