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Mais qui sont donc les vrais tribalistes au Cameroun ? :: CAMEROON
CAMEROUN :: POINT DE VUE
  • Correspondance de : BOAYENENGUE Achile
  • mardi 16 octobre 2018 09:22:00
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Mais qui sont donc les vrais tribalistes au Cameroun ? :: CAMEROON

ESSOMBA, AKAME, ETOUNDI votant BIYA ; mais quels patriotes ? Moustafa, Amadou alignés derrière BOUBA, c’est la fidélité à l’alliance nord-sud. FOTSO, TANKEU, NGONGANG votant KAMTO ; au secour ! Encore ces envahisseurs complotant avec leur frère. Le tribalisme des bamilékés ! Eh bien la république est bafouée, l’image du pays est ternie après l’ »auto proclamation » du candidat Maurice KAMTO.

Les dessous de table pour l’anesthésiste avant tout entrée au bloc opératoire, l’enveloppe pour se faire recruter dans l’armée et donner sa vie à la patrie, l’administration au service d’un  candidat ; ne suffisent point à ridiculiser un Etat prébendier. Se laisser intimider par la sarabande de tributaires qui se déploient sur les plateaux pour protester de leur vertu républicaine c’est s’accommoder de la lancinante et inexorable déliquescence de la nation camerounaise.

La primauté du bulletin de vote du « bataillon d’intervention rapide

Seuls les naïfs ou les tributaires du régime peuvent prétendre accorder la moindre crédibilité aux institutions camerounaises et plus largement de la plus part des pays africains. De même que tout observateur de bonne foi ne saurait nier que le MRC et Maurice KAMTO ont durant ces cinq dernières années exploré autant que possible le champ de la collaboration institutionnelle. D’interdictions de manifestations en tabassages multiples, la moisson de cette démarche est bien maigre. Même l’action parlementaire visant la réforme du code électoral est demeurée bredouille.

De fait, face à un régime maximaliste comme celui de Yaoundé, seule la radicalité paie. Tous ceux qui à l’instar de BELLO BOUBA MAIGARI, ou même FRU NDI se sont rapprochés de ce pouvoir « radioactif » ont vu leur audience s’étioler ; laissant orphelins la frange des authentiques contestataires du régime corrompu qui opprime les camerounais depuis 36 ans voire bien plus. L’entrée en radicalité du candidat Maurice KAMTO est non seulement un vaillant coup d’éclat mais aussi une nouvelle salutaire porteuse d’espoir pour la masse désemparée. A n’en point douter il n’y a aucune chance que la machine administrative au service de monsieur BIYA produise un résultat électoral qui ne serve son maître. Pire il n’est pas exclu que la provocation ne soit poussée jusqu’à la relégation du candidat KAMTO à un rang le tenant loin de la position d’opposant principal à BIYA.

En cela, la démarche du candidat KAMTO est pertinente et doit même être renforcée par un autre coup d’éclat. Pourquoi pas embarquer ses lieutenants à Paris, organiser le même jour et à la même heure que le conseil constitutionnel bidon de Yaoundé une proclamation en présence de ses soutiens et la presse ; puis annoncer un retour immédiat sur le Cameroun pour entrer à Etoudi ? Déjà, les nationalistes en peau de lapin de Yaoundé s’affolent, la soldatesque prend position sur la piste de l’aéroport ! Que cela plaise ou pas, le costume de la radicalité sera désormais arboré par KAMTO, un « bamiléké ». Il lui reste alors à déployer une stratégie d’approche pour fédérer à l’intérieur comme à l’extérieur tous les mouvements contestataires dépourvus de figure de prou. Une telle mutualisation permettra de mobiliser les ressources du combat. La ressource financière, la ressource humaine…

KAMTO et la leçon de droit

Tandis que Maurice KAMTO commet un acte politique nécessairement prémédité, sur les plateaux des professeurs OCCULTIS s’aventurent à lui faire la leçon de droit arguant de la violation des articles 113 et 137 du code électoral. La stipulation de l’art 113 décrit la modalité par laquelle le décompte des voix, (un fait juridique public) se déroule et aboutit à l’élaboration d’un (acte juridique public) appelé procès-verbal. Il est loisible aux parties de se prévaloir de cet (acte juridique public).

Les stipulations du même code précisent d’ailleurs la valeur probatoire de l’acte en indiquant que seul le procès-verbal détenu par l’autorité des élections fait foi en cas de litige. Rien n’interdit au candidat de faire une déclaration sur la foi de ce qui est public. C’est pour cela qu’aux Etats-unis, en France par exemple, bien que les juges suprêmes soient aussi l’autorité de proclamation des résultats, l’information du vainqueur est mise à la disposition du public dès la fin des opérations de dépouillement. Parfois sur la base d’un sondage sorti des urnes ou même dès l’atteinte d’un nombre de grands électeurs critique. En aucune façon cela ne fait préjudice à la proclamation postérieure. La proclamation ne fait pas naître l’(acte juridique déjà public) ; simplement elle constitue le formalisme qui en garanti non seulement la validité mais aussi la force probatoire qui déclenchent les effets juridiques liés à une victoire. Prestation de serment, marquage du début du mandat… La déclaration de Maurice KAMTO ciselée au cordeau n’est en rien une proclamation.

En juriste chevronné qui a travaillé sur les textes de ce code, il s’engouffre dans une brèche que bien d’autres devraient exploiter désormais pour contraindre l’appareil d’Etat à cesser la mascarade d’une publication une éternité après le scrutin. Plutôt que de cela, des « éminents » juristes dont aucune référence bibliographique ne renvoie à leur nom font la leçon à l’auteur du (droit processuel du Cameroun) que nous avons utilisé pour parfaire notre connaissance du contentieux administratif camerounais après des études de droit en France.

Les axes du combat futur

Il ne sert à rien d’essayer de se concilier ce pouvoir autiste. Dans une perspective polémologique, l’intérêt du candidat KAMTO et son mouvement est d’accentuer la pression en multipliant les coûts d’éclat jusqu’aux prochaines législatives. Le recours au conseil constitutionnel ne doit alors n’être qu’une tribune pour contester la légitimité du président de la république perpétué grâce au coup d’Etat constitutionnel de 2008, remettre en cause la crédibilité d’une autorité électorale constituée de tributaires du prince puis récuser des juges constitutionnels tout aussi inféodés depuis la réforme de 2008 réduisant leur mandat à 6 ans renouvelables. En somme provoquer un incident de procédure sachant que la décision est connu d’avance. Une rhétorique du refus de la décision du conseil puis une entrée en résistance pacifique avec des coups ponctuels maintiendra à chaud les partisans jusqu’aux législatives véritable rendez-vous du second tour.

De fait la soldatesque garantira à monsieur BIYA sa présidence. Le combat est désormais de le réduire à une présidence honorifique en déplaçant le centre de gravité de l’exécutif vers la primature. Seule une victoire au législative le permettrait. Par ailleurs, la succession pouvant s’ouvrir à tout moment, il faut s’attendre à une fragmentation de l’appareil d’Etat pris en tenaille entre les partisans d’une succession dynastique et les partisans d’une succession démocratique. Dans ces conditions, le MRC fort de sa coalition serait en capacité de s’appuyer sur un morceau de l’appareil d’Etat pour conquérir la fonction suprême.

Il ne s’agit point d’hypothèse d’école. De manière générale dans les pays africains où les despotes ont résisté à la  bourrasque des années 90, leur éviction a été précédée par une dislocation de l’appareil d’Etat qui est en réalité le vrai adversaire des oppositions. A force de tirer sur la corde, le groupuscule de l’apocalypse qui instrumentalise l’administration camerounaise finira bien par la démanteler. La radicalité de Maurice KAMTO est une manière de se mettre en embuscade pour récupérer la mise. N’en déplaise à ceux qui affirment qu’un bamiléké ne gouvernera jamais le Cameroun en jurant bien sûr qu’ils ne sont pas tribalistes !

16oct.
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