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© Camer.be : Paul Moutila
- 02 Jun 2026 14:05:44
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AFRIQUE :: Atepa : « J'ai refusé 400 millions et j'ai obtenu 1 milliard pour le Sénégal » :: AFRICA
Pierre Goudiaby Atepa, architecte et figure publique sénégalaise, révèle comment un contrat d'exploitation du zircon, initialement signé pour 80 millions de dollars sur 50 ans, a été renégocié à plus d'un milliard et dénonce la mécanique de la corruption qui vide l'Afrique de ses richesses.
Le président l'appelle. Il pose une seule question. Et tout bascule.
"Le Sénégal gagne combien dans ce contrat ?"
La réponse du ministre tombe comme un couperet : 80 millions de dollars. Pour 50 ans d'exploitation.
Pierre Goudiaby Atepa, lui, n'en croit pas ses oreilles. Un demi-siècle de ressources naturelles sénégalaises. Bradées. Pour une somme que certaines multinationales dépensent en frais de communication annuels.
Ce jour-là, l'architecte le plus célèbre du Sénégal va entrer dans une salle de négociation avec une seule certitude : il repartira avec un milliard ou il repartira sans rien.
Un contrat qui n'aurait jamais dû exister tel quel
L'affaire commence par un coup de téléphone présidentiel. Pierre Goudiaby Atepa architecte de renommée internationale, conseiller informel des cercles du pouvoir est sollicité pour examiner un contrat d'exploitation du zircon, minerai stratégique présent en quantités significatives sur le territoire sénégalais.
Ce que le président lui soumet le laisse sans voix.
Le contrat, déjà signé, prévoit 50 années d'exploitation pour une contrepartie de 80 millions de dollars. Une durée extraordinairement longue. Une somme extraordinairement basse.
"Monsieur le Président, il y a un problème", dit-il simplement.
Il demande alors la permission de renégocier. Elle lui est accordée.
La mécanique de la spoliation
Avant d'entrer dans le vif du sujet, Atepa prend le soin de poser le décor. Car ce contrat n'est pas une exception. C'est, selon lui, un symptôme.
"Le problème de l'Afrique, c'est la corruption", affirme-t-il. "Certains responsables peuvent brader et attribuer un marché de 1 milliard de dollars en échange d'un simple pot-de-vin de 50 000 dollars."
Le calcul est vertigineux. Un fonctionnaire reçoit 50 000 dollars. Son pays perd, lui, des centaines de millions parfois des milliards en revenus sur des décennies. Ce n'est pas de la négligence. C'est un système.
Un système que des générations d'économistes africains, de journalistes d'investigation et d'organisations comme Global Financial Integrity documentent depuis des années : selon diverses estimations, le continent africain perd chaque année des dizaines de milliards de dollars via les flux financiers illicites liés à l'exploitation des ressources naturelles.
Face à la multinationale : le bras de fer
Atepa entre en négociation avec la société exploitante. Il annonce sa position d'emblée : 1 milliard de dollars.
La réaction de l'entreprise est immédiate. Elle contre-propose 400 millions. Un montant qui, en lui-même, révèle l'étendue du déséquilibre initial : si la société accepte sans sourciller de passer de 80 à 400 millions, c'est que la marge était colossale.
Atepa refuse.
"Je leur ai dit : vous ne pouvez pas me payer. Il n'y a que Dieu qui puisse me payer."
Cette phrase n'est pas une posture rhétorique. C'est un signal clair envoyé à la table de négociation : cet homme n'est pas là pour s'enrichir. Il n'a pas de prix. Et c'est précisément pour cela qu'il est dangereux à affronter.
Trois jours plus tard, la multinationale capitule. Le contrat est signé à plus d'un milliard de dollars.
Ce que révèle cette histoire
L'anecdote racontée par Atepa soulève plusieurs questions fondamentales, au-delà du cas sénégalais.
Première question : comment un contrat aussi déséquilibré a-t-il pu être signé en premier lieu ? Qui l'a négocié ? Avec quelles garanties ? Ces interrogations restent, à ce stade, sans réponse publique documentée.
Deuxième question : combien de contrats similaires n'ont pas eu d'Atepa pour les renégocier ? Le Sénégal n'est pas un cas isolé. Des dizaines de pays africains ont signé, au fil des décennies, des accords d'exploitation minière, pétrolière ou gazière dont les clauses ont été jugées ultérieurement défavorables par des économistes indépendants.
Troisième question : quelle est la portée systémique de ce témoignage ? Atepa ne dénonce pas un individu. Il décrit un mécanisme. Et c'est là que réside la force et la limite de son récit : il offre un exemple concret, mais ne nomme ni les signataires du contrat initial, ni la société concernée, ni les éventuels intermédiaires.
Un signal fort, à l'heure des transitions politiques
Le témoignage d'Atepa intervient dans un contexte africain en mutation. Au Sénégal, comme dans plusieurs pays de la région, les nouvelles générations politiques revendiquent une souveraineté économique renforcée sur les ressources naturelles. La renégociation de contrats miniers et pétroliers est devenue un enjeu électoral majeur.
Dans ce climat, la parole d'un homme qui dit avoir refusé 400 millions pour en obtenir un milliard résonne comme un symbole celui d'une Afrique qui commence, lentement, à valoriser ce qu'elle possède.
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