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© Camer.be : Toto Jacques
- 05 May 2026 14:02:09
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Brenda Biya brise le silence : entre courage et mise en garde, le Cameroun face à ses contradictions :: CAMEROON
En mai 2026, Brenda Biya replonge le Cameroun dans une controverse qu'il n'a pas finie d'absorber. Deux ans après son coming out historique, la fille du président Paul Biya publie de nouvelles déclarations qui fracturent l'opinion publique bien au-delà des frontières camerounaises.
Ce qu'elle a dit, exactement
Le message de Brenda Biya repose sur une tension volontairement assumée. D'un côté, elle qualifie le mouvement LGBTQ+ d'« agenda » un terme généralement mobilisé par les détracteurs de la communauté. De l'autre, elle reconnaît explicitement que certaines personnes naissent « naturellement » homosexuelles, validant ainsi une réalité biologique que le droit camerounais ne reconnaît pas.
Sa mise en garde aux jeunes Camerounais est directe : s'afficher ouvertement expose à une stigmatisation sociale dévastatrice. Ce n'est pas un appel au silence, dit-elle. C'est un constat de survie.
L'Europe applaudit, Yaoundé condamne
Brenda Biya décrit une fracture géographique et culturelle brutale. En Europe, son coming out de 2024 lui a valu des éloges pour son courage. Au Cameroun, la réception a été radicalement différente : insultes, étiquettes, rejet familial et social.
Elle parle d'« hémorragie interne ». Ce lexique n'est pas anodin. Il signale une souffrance durable, incompatible avec le statut de fille de chef d'État qu'elle continue d'occuper lors d'événements officiels. Cette coexistence présence institutionnelle et mise au ban social résume à elle seule le paradoxe camerounais.
L'article 347-1 : la loi qui criminalise et protège à la fois
Le droit camerounais ne laisse aucune ambiguïté. L'article 347-1 du Code pénal punit les relations homosexuelles de six mois à cinq ans d'emprisonnement. Des citoyens ordinaires purgent actuellement des peines pour des faits identiques à ceux que Brenda Biya revendique publiquement.
Aucune réponse officielle n'est venue ni de la présidence, ni du ministère de la Justice. Ce silence institutionnel alimente deux lectures opposées : signe d'une évolution progressive en cours, ou confirmation d'un double standard légal fondé sur le rang social. L'avocate militante Alice Nkom a salué la prise de parole de Brenda Biya. D'autres voix dénoncent une impunité de classe qui rend la loi sélective par essence.
Ce que cette affaire révèle et ce qu'elle va changer
À court terme, l'affaire Brenda Biya cristallise un débat que le pouvoir camerounais ne peut plus étouffer. La liberté d'expression sur l'orientation sexuelle s'impose dans l'espace public, portée par une figure que le régime ne peut ni ignorer ni sanctionner. Les organisations de défense des droits humains disposeront d'un levier rhétorique inédit pour interpeller le gouvernement sur l'application discriminatoire de l'article 347-1.
À moyen terme trois à cinq ans , la question est celle d'un basculement législatif. Les précédents africains montrent que la décriminalisation suit rarement les discours individuels. Elle résulte de pressions institutionnelles accumulées, souvent sous l'effet conjugué de la société civile locale et des partenaires internationaux. Le Cameroun n'est pas à ce stade. Mais le tabou a été rompu par quelqu'un d'intouchable.
La question qui reste ouverte
Brenda Biya affirme ne pas être une victime. Pourtant, ses mots dessinent une solitude profonde celle d'une femme tiraillée entre une identité revendiquée et un environnement légal et social qui la nie. Sa mise en garde est-elle un acte de responsabilité envers une jeunesse vulnérable, ou contribue-t-elle, malgré elle, à perpétuer la peur qu'elle prétend décrire ?
Le Cameroun a produit en mai 2026 une image qu'il ne pourra pas effacer : la fille du président, dans l'impunité totale, dit tout haut ce que la loi punit chez les autres. C'est peut-être là, dans cette fracture visible, que commence vraiment le débat.
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