Silence judiciaire : 45 prisonniers politiques privés d’audience au Cameroun
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Silence judiciaire : 45 prisonniers politiques privés d’audience au Cameroun :: CAMEROON

Quarante-cinq détenus, convoqués pour une audience historique le 9 mars 2026, n’ont jamais été présentés devant leurs juges. La justice camerounaise a opposé une fin de non-recevoir.

Le 9 mars 2026, une audience vidée de ses acteurs

La date du 9 mars 2026 devait marquer un tournant judiciaire. Les 45 prisonniers politiques, incarcérés dans la foulée de la crise post-électorale, étaient inscrits au rôle du tribunal. Leurs avocats, membres du collectif « Défense citoyenne », s’étaient déplacés. L’audience n’a pas eu lieu. Aucune explication officielle n’a été fournie. Me Augustin Nguefack, au micro d’Emmanuel Koko, a exprimé la déception de la défense. Ce collectif, qui regroupe plus d’une centaine d’hommes de loi, s’est officiellement constitué pour coordonner la lutte judiciaire en faveur des détenus. Parallèlement, l’organisation Stand Up for Cameroon, présidée par Edith Kah Walla, tire la sonnette d’alarme sur l’état de santé des prisonniers.

Silence d’audience, l’étouffement politique par la procédure

Cette absence d’audience révèle un blocage systémique. Le pouvoir judiciaire semble incapable ou réticent à traiter les dossiers sensibles issus de la contestation électorale. En privant les 45 prévenus de comparution, l’institution judiciaire prolonge de fait leur détention sans jugement. Cette stratégie du silence vise à étouffer les contestations et à maintenir sous pression les figures de l’opposition. Elle confirme que le système judiciaire est instrumentalisé comme outil de gestion politique de la crise post-électorale, plutôt que comme garant des libertés.

Le collectif Défense citoyenne face à l’inertie de l’État

Le collectif Défense citoyenne structure désormais la riposte. Composé d’avocats engagés, il cherche à forcer les portes de la justice en multipliant les requêtes et en médiatisant les procédures. Leur stratégie est claire : transformer chaque détention en dossier public, documenter les violations et saisir les instances internationales. En face, l’État camerounais utilise la lenteur administrative et l’opacité des greffes comme mécanismes de rétention. Les alertes de Stand Up for Cameroon sur les cas de torture et la dégradation des conditions de détention ajoutent une urgence humanitaire au combat judiciaire. La question des mauvais traitements devient centrale dans le plaidoyer pour la libération.

Torture et santé brisée, l’urgence humanitaire ignorée

À court terme (6-12 mois), l’enjeu est vital. La santé de plusieurs détenus, selon Edith Kah Walla, se détériore rapidement. Le risque de décès en prison pourrait transformer un scandale judiciaire en tragédie nationale. Pour le collectif Défense citoyenne, l’objectif immédiat est d’obtenir des audiences réelles et des libérations provisoires pour raisons médicales. À long terme (3-5 ans), ce procès avorté pose la question de la refonte du système judiciaire camerounais. La capacité de l’État à juger équitablement les prisonniers politiques déterminera sa crédibilité face aux bailleurs de fonds internationaux. L’impunité actuelle des agents pénitentiaires accusés de torture pourrait également nourrir des décennies de contentieux devant les juridictions régionales.

Quand la justice se tait, quel avenir pour le dialogue politique ?

L’absence des 45 prisonniers à leur propre procès soulève une interrogation fondamentale : une justice qui ne juge pas peut-elle encore prétendre au nom de justice ? La réponse déterminera l’avenir du dialogue politique au Cameroun.

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