100 000 F CFA : le prix auquel un militaire a accepté de participer à un meurtre
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Clément Ebo'o Mfoulou, adjudant-chef de l'armée camerounaise, a coordonné la filature et l'enlèvement de Martinez Zogo pour 100 000 francs CFA selon les procès-verbaux versés au dossier du Tribunal militaire où il attend son verdict.

Il venait de Guider. Il avait reçu des ordres. Et 100 000 francs CFA.

C'est, selon les procès-verbaux de l'enquête, la somme pour laquelle l'adjudant-chef Clément Ebo'o Mfoulou a accepté de quitter sa garnison, de rejoindre Yaoundé, de filer un journaliste, de participer à son enlèvement, d'assister à sa torture et d'en filmer les images.

100 000 francs CFA. Moins de 160 euros.

Arrêté dans les premiers jours de l'enquête, Ebo'o Mfoulou est aujourd'hui l'un des accusés qui attendent leur verdict devant le Tribunal militaire de Yaoundé. Son nom s'ajoute à la liste de ceux qui ont transformé un ordre hiérarchique en acte criminel contre la liberté de la presse.

L'affaire Martinez Zogo continue de révéler, procès-verbal après procès-verbal, jusqu'où peut aller une chaîne de commandement quand personne ne dit non.

Un soldat, une mission, un crime

Clément Ebo'o Mfoulou est adjudant-chef de l'armée camerounaise. Il était affecté à Guider, dans la région du Nord. Rien, dans son parcours administratif ordinaire, ne laissait présager ce qui allait suivre.

Selon les éléments versés au dossier judiciaire, il a été recruté par le lieutenant-colonel Danwe pour rejoindre Yaoundé et prendre part à une "mission spéciale". La nature exacte de cette mission lui aurait été progressivement révélée au fil de son intégration dans le commando.

Son rôle, tel que le décrivent les procès-verbaux d'audition, était opérationnel et central : il a coordonné la filature de Martinez Zogo, directeur de la chaîne Amplitude FM, et participé à l'organisation de son enlèvement.

Ce que disent les procès-verbaux

Les pièces du dossier judiciaire établissent plusieurs éléments à charge contre Ebo'o Mfoulou.

Il aurait été présent lors des séances de torture infligées au journaliste. Il aurait filmé ces scènes sur son téléphone. Il aurait ensuite supprimé les vidéos, pensant effacer les traces de sa participation.

Cette décision de filmer puis d'effacer constitue, aux yeux de l'accusation, un indice de préméditation et de conscience criminelle l'accusé savait ce qu'il faisait, et savait que cela ne devait pas être vu.

En contrepartie de sa participation, il aurait perçu 100 000 francs CFA. Un montant dont le caractère dérisoire, mis en regard de la gravité des actes commis, a frappé les observateurs du procès et les associations de défense de la liberté de la presse.

La chaîne de commandement en question

Le cas d'Ebo'o Mfoulou s'inscrit dans une architecture criminelle plus large que l'instruction judiciaire a progressivement mise au jour.

Au sommet, le lieutenant-colonel Danwe, identifié comme l'organisateur du commando et le donneur d'ordres. En dessous, plusieurs militaires et agents recrutés pour des rôles spécifiques : filature, enlèvement, séquestration, torture.

Ce que l'affaire Martinez Zogo révèle, c'est la banalisation de l'obéissance criminelle des hommes en uniforme qui ont exécuté des ordres illégaux sans, apparemment, opposer de résistance. La question de la responsabilité individuelle face à l'ordre hiérarchique est au cœur des débats qui traversent le procès.

Pour les organisations de défense des droits humains et de la liberté de la presse, cette question dépasse largement le seul cas camerounais : elle touche à la culture de l'impunité dans les institutions militaires et sécuritaires lorsqu'elles sont instrumentalisées contre des journalistes.

Un accusé parmi d'autres, un procès qui fait date

Clément Ebo'o Mfoulou a été arrêté dès les premiers jours de l'enquête ouverte après la découverte du corps de Martinez Zogo en janvier 2023. Il est aujourd'hui détenu dans l'attente du verdict du Tribunal militaire de Yaoundé.

Ce procès est suivi de près par Reporters Sans Frontières, la Fédération Internationale des Journalistes et plusieurs associations camerounaises de défense de la presse. Il représente l'un des rares cas en Afrique subsaharienne où des membres des forces de sécurité sont poursuivis devant une juridiction nationale pour le meurtre d'un journaliste.

Le verdict, quelle qu'en soit l'issue, enverra un signal sur la capacité de la justice camerounaise à traiter un crime d'État sans concession, ou sur ses limites face aux intérêts institutionnels en jeu.

Ce que l'on ne sait pas encore

Les procès-verbaux versés au dossier représentent la version de l'accusation. La défense d'Ebo'o Mfoulou n'a pas, à ce stade, fait l'objet de communications publiques détaillées. Le verdict n'a pas encore été rendu.

Il convient également de noter que si les PV d'audition constituent des pièces judiciaires sérieuses, ils ne valent pas condamnation définitive. La présomption d'innocence s'applique jusqu'au prononcé du jugement.

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